POURQUOI ELLE EST DE NATURE TRISTE
motifs; elle avait des pleurs faciles et sans raison; elle était sujette à de fréquentes attaques de nerfs; il y avait d'autre part les préoccupations incessantes de sa grossesse. La lypémanie des femmes grosses s'explique par leurs préoccupations ordinairement de nature triste. Si c'est une femme a sa première grossesse, elle est remplie de terreur à la pensée des souffrances qui doivent mettre fin à son état. Si c'est une femme outragée, au lieu d'une lypémanie, cela devient de la folie homicide, c'est Médée qui rêve de venger dans le sang de ses enfants l'outrage que lui a fait leur père. La femme à l'esprit excitable est par essence prédisposée à la manie puerpérale; son cerveau est en équilibre instable, et, pour un peu, tombe dans la déraison.
En m 'approchant de notre malade, j'avais pris machinalement son pouls : il était remarquablement irrégulier; il y avait folie du cœur comme il y avait folie du cerveau. Toutes les deux, trois ou quatre pulsations, il y avait une intermittence, à intervalles inégaux; c'était, passez-moi l'expression, une irrégularité irrégulière. Le pouls était petit, peu fréquent. J'auscultai le cœur : on n'entendait aucune espèce de souffle, mais l'organe se contractait irrégulièrement. Il n'y avait pas d'hypertrophie, pas de dilatation, pas de souffle, par conséquent pas de maladie cardiaque à invoquer.
Dans l'espèce, l'irrégularité ne pouvait ôtre attribuée qu'à un trouble de l'innervation du cœur. Les nerfs qui président à la contraction de cet organe viennent de deux sources ; les uns du pneumogastrique, les autres de la portion cervicale du grand sympathique ; c'est-à-dire que tous les nerfs du cœur sortent précisément du bulbe et de la portion cervicale de la moelle, de sorte qu'il n'est pas douteux que cette femme n'ait eu ses désordres cardiaques et ses désordres cérébraux que parce qu'il y avait en même temps qu'une hypérémie cérébrale une hypérémie bulbaire. Quanl à la température, notre malade avait dans l'aisselle 36°, 6 le matin el 37°, l le soir ; elle n'avait donc pas de [lèvre : c'était un trouble purement nerveux.
Que fallait-il faire à cette femme? Marcé dit dans son livre sur la folie puerpérale que la femme qui allaite est une femme anémique! et qu'on ne comprend pas que lorsqu'elle sèvre, la CêS-
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sation de la sécrétion lactée puisse produire la folie. Et l'on ne comprend guère, en effet, si l'on admet l'anémie de la femme grosse ou de la nourrice, que la cessation d'une spoliation quotidienne, qui devrait améliorer la crase du sang et rétablir l'équilibre fonctionnel, produise précisément la folie. Mais si l'on se place au point de vue que je crois vrai, à savoir d'une anémie qualitative avec pléthore quantitative, on comprend que si cette femme possède un sang moins riche en globules, comme elle a plus de sang qu'avant d'être grosse ou nourrice, il peut se faire des congestions d'un sang moins riche, mais enfin des congestions, et qu'ainsi cette femme anémique qualitativement, mais pléthorique quantitativement d'une façon absolue, cessant de faire du lait, puisse faire de la folie.
Toutes choses inexplicables dans la doctrine de l'anémie.
Etant donnés cet état général et local de notre malade, qu'avait-on à lui faire? Si l'on supposait, comme c'était, je crois, le cas, que lalypémanie était due à de l'hypérémie cérébrale, il n'y avait qu'à instituer un traitement révulsif ; et c'est ce qui fut fait. On lui appliqua le jour même six ventouses scarifiées à la nuque. Le soir, le pouls était encore irrégulier; mais le lendemain matin il était entièrement revenu à sa régularité normale : les intermittences avaient cessé ; quant à la céphalalgie, elle avait diminué, mais l'insomnie était restée absolue. Ainsi, il y avait eu cette série de faits : 1° céphalalgie lancinante, attaque de folie ; 2° désordres cardiaques se traduisant par l'irrégularité du pouls ; d'autre part, ce fait tout matériel : application de six ventouses à la région cervicale, puis aussitôt diminution de la céphalalgie et, bientôt, retour à la régularité du rhythme du cœur.
Mais la médication ne s'est par bornée là ; à la révulsion cervicale a été ajoutée la dérivation intestinale: on donna à cette malade une bouteille d'eau de Sedlitz. Il y a plus encore, une potion au chloral avait été prescrite qui ne fut pas donnée ; le lendemain, la malade prit 2 grammes du médicament et dormit toute la journée ; hier, l'insomnie avait cessé. Ainsi, par le fait des ventouses, diminution de la céphalalgie, disparition des irrégularités et des intermittences du pouls ; par le fait du chloral,