APPARITION NOCTURNE DU DÉLIRE
disparition de l'insomnie. Aujourd'hui, cette femme est absolument guérie ; il ne restera plus qu'à faire disparaître l'hypérémie mammaire à l'aide de cataplasmes et d'ouate, les seins étant gonflés et douloureux.
Notre malade a donc guéri, et c'est là le fait habituel de la manie puerpérale.
Maintenant, un point de la pathologie célébrale : comment se fait-il que les accidents les plus graves qui puissent troubler les fonctions du cerveau se manifestent surtout la nuit? C'est qu'en réalité, et tout simplement, la nuit n'est pas le jour ; la nuit, c'est l'absence du soleil à l'horizon, l'absence de toutes les excitations d'ordre physique que la présence du soleil provoque dans notre atmosphère, l'absence des excitations extérieures. L'individu est seul avec ses pensées, il n'a plus les excitations d'alentour, les excitations que nous avons ici, par exemple, moi qui vous parle, et vous qui m'écoutez ; au lieu d'avoir des idées extérieures à lui-môme, des idées objectives, des idées provoquées, il n'a plus que des idées subjectives. Alors, chaque pensée se transforme et s'exagère ; le chagrin s'exalte jusqu'à la folie par exagération même du chagrin, de sorte que cette femme qui sait qu'elle a perdu l'honneur, qui se demande constamment ce qu'elle fera de son produit adultérin, cette femme est assez naturellement conduite au suicide, qui mettra fin à ses préoccupations comme à sa vie.
Ainsi se comprend le délire nocturne, et spécialement, chez une femme nerveuse et désespérée, cette attaque de suicide survenant pendant la nuit.
Voici encore un cas de manie puerpérale, observée récemment dans mon service, où l'on voit à la fois la nature lypémaniaque de cette forme de folie, avec tendance homicide, et l'influence de la prédisposition personnelle sur le développement de accidents cérébraux, la femme en question étanl des plus nerveuses et l'une de ses sœurs étant elle-même devenue folle après ses couches.
Tr. Irma, âgée de vingt-neuf ans, entre le 15 mars dans mon service de la Pitié pour y accoucher. Elle est au terme d'une troisième grossesse , qui n'a présenté aucun incident. Elle ac-
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couche au forceps le 28 mars au matin, après vingt-quai reheures de douleurs. La fièvre s'éveille dès le soir. T. axillaire, 38°, 2; T. utérine, 38°, G.
Le 29. Frisson léger dans la journée. Ventre ballonné, surtout dans la région ombilicale. Utérus douloureux. La langue est tremblante et saburrale. Huit ventouses scarifiées. Sulfate de quinine, le, 50.
Le 30. La douleur persiste. Fièvre vive (T. A., 39 degrés; T. U.,
40 degrés). La malade a rendu quelquescaillots dans ses lochies. Le 31. Peau chaude et sèche. Le ventre est indolent. T. A.,
41 degrés. Pouls dicrote. La malade a reçu dans la journée des visites qui l'ont fatiguée. Elle est agitée.
Le 1er avril. Insomnie. Pas de vomissements. Céphalalgie gravative. On voit des anses intestinales distendues se contracter sous la peau de la région ombilicale. On continue le sulfate de quinine, ls,50, et on ajoute une potion cordiale (extrait de quinquina, 4 grammes; alcool, 40 grammes).
Le soir, la malade est très souffrante; elle se plaint de devenir folle. Bourdonnements d'oreille insupportables. On supprime le sulfate de quinine, et on lui donne du café.
Le 2. Très soulagée. T. A., 39°,8. P., 100.
Le soir, à la visite, la malade est silencieuse, mais calme. Elle répond qu'elle ne souffre plus.
A neuf heures du soir, la malade se lève tout à coup en chantant. Elle pousse de grands cris; on n'arrive auprès d'elle qu'après qu'elle a parcouru l'espace de quatre lits. On abeaucoup de peine à la remettre dans son lit. Elle se met à chanter des prières et à invoquer la Vierge Marie. On lui donne 3 grammes de chloral.
Le 3. Toute la nuit a été agitée. La malade n'a pas cessé de chanter ses prières. Au moment de la visite, la malade présente une physionomie remarquable. Le faciès exprime l'extase ; les yeux levés au plafond, fixes, semblent regarder une personne à laquelle la malade s'adresse sans cesse. La voix est monotone, lente, scandée et très distincte. Elle rappelle le chant des litanies. La malade répond aux questions qui lui sont faites avec insistance, mais les lueurs de lucidité disparaissent aussitôt. Quand
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elle semble comprendre les questions qu'on lui pose, les yeux s'abaissent et se fixent sur la personne qui l'interroge. Dans son délire, la malade cherche sans cesse la prière qu'elle veut dire.
Elle demande à plusieurs reprises h la sœur un prêtre afin de ne point mourir en état de péché. Elle veut éviter à tout prix les souffrances du purgatoire. Et, pour que son « pauvre petit enfant » ne soit pas malheureux sans elle, elle veut l'enlever et lui répète souvent : « Viens, meurs avec moi ! » Et elle fait le geste de le serrer violemment entre ses mains ou contre son sein. La première fois que ce mouvement s'est produit, l'enfant était à son sein, et l'on a eu beaucoup de peine à le lui arracher. Souvent elle refuse de le reconnaître et ne veut pas lui donner à teter.
Le soir, même état. La malade chante sans cesse ses litanies.
La pression sur l'abdomen est douloureuse.
Elle a été prise pendant l'après-midi de refroidissement des membres et de lipothymie. Lochies fétides. Le pouls est lent. Pas d'albumine dans les urines. Injection de 1 centigramme de morphine. Hromure de potassium, 4 grammes.
Le 4, matin. Nuit très calme. Insomnie. L'intelligence est revenue. La malade ne se rappelle aucunement ce qui s'est passé. Elle croit cependant se souvenir d'une grande clarté qui est venue frapper sa vue, après quoi elle a perdu connaissance. La voix est enrouée. La température est tombée pendant le jour de l'accès de manie (matin, 38°, 2; soir, 37°, 8).
Le 5. Intelligence intacte. La fièvre s'est réveillée, 39°, 1).
Le 7. Encore quelques cauchemars cette nuit. Insomnie. Le ventre est douloureux. — Sueurs abondantes dans la journée.
Le 9. Cette femme est absolument guérie de ses accidents cérébraux (1).
On remarquera qu'elle prit du sulfate de quinine, qui provoqua rapidement des bourdonnements d'oreille ; que bientôt après clic se plaignit de devenir folle ; mais on remarquera que je le donne à toutes les accouchées <lc mon service dès qu'elles ont des accidents fébriles, cl qu'aucune n'en devient folle. On remarquera enfin la rapidité de la guérison. Il n'en fui pas de même sœur, qui est restée folle.
(l) Observation recueillie pu M. Letulle, Interne de mon service.
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Je ne peux m'empêcher de signaler ici le fait d'une jeune femme, primipare, qui a résumé à elle seule la presque totalité des accidents gravidiques et puerpéraux, car elle n'échappa (grâce à l'accouchement provoqué) à l'albuminurie gravidique, avec éclampsie et anasarque, que pour succomber à une série progressive d'accidents puerpéraux, depuis la manie puerpérale proprement dite, jusqu'à la pyurie, l'abcès périnéphrétique (fait rare, mais qui démontre la tendance pyogénique de l'état puerpéral) et la méningite.
G. Mathilde, âgée devingtetun ans, couturière, est apportée le 16 avril au soir, dans mon service de la Pitié, en état d'éclampsie puerpérale.
Le 17 au matin, je vois la malade pour la première fois et j'apprends que cette jeune femme, primipare, enceinte de sept mois environ, a été subitement prise de convulsions dans la matinée du 16, que les attaques convulsives se sont répétées à plusieurs reprises dans la journée et dans la nuit, interrompues par un coma complet, enfin que depuis quelques heures les convulsions ont cessé sous l'influence probablement d'un lavement de chloral.
La malade cependant reste dans un état semi-comateux. Elle paraît complètement étrangère à ce qui se passe autour d'elle, ne prononce aucune parole et s'agite constamment dans son lit. Les urines renferment de l'albumine en grande abondance. Le pouls est calme et régulier ; la température est de
11 n'y a pas de travail ; le col n'est ni dilaté, ni même effacé.
Une saignée de 300 grammes est faite pour prévenir de nouvelles attaques.
Le soir, la température est à 37 degrés. La malade a repris ses sens; elle est assise dans son lit, répond avec aisance aux questions qu'on lui pose, mais a perdu la mémoire des faits récents. C'est ainsi qu'elle a oublié qu'elle est enceinte, qu'elle est sur le point de se marier (son mariage allait avoir lieu quand elle est tombée malade).
Le lendemain. 18 avril, l'intelligence est entière et la mémoire est revenue complète. La malade se plaint uniquement de quel-