LYMPHANGITE SUPPURER ET PÉRITONITE PURULENTE
pus dans les lymphatiques des cornes utérines. Le 12 avril, une femme, couchée au n° 8, est prise d'une métro-péritonite; elle a de la diarrhée et des symptômes généraux graves ; elle accuse une douleur très vive du côté droit, où nous trouvons à l'autopsie des lésions très marquées. Le 12 avril, une autre femme, âgée de dix-neuf ans, est prise de métro-péritonite ; le mardi elle veut quitter l'hôpital, elle meurt le mercredi.
Il y a là quelque chose de très intéressant ; les accidents commencent par être bénins et finissent avec une gravité exceptionnelle. Je vous disais : Le mieux serait de ne pas recevoir de femmes en couche, parce que nous aurons très certainement une épidémie, et, dans l'espèce, une épidémie mortelle.
La femme qui était au n° 5 de la salle Sainte-Marguerite, et qui a guéri, avait très certainement, comme la femme qui est encore chez nous, les signes d'une inflammation purulente ; on peut donc guérir d'une maladie purulente.
Pour en revenir au n° 1 de noire salle de femmes en couche, entrée le 17 janvier, et qui a guéri en deux mois (1), cette jeune femme était accouchée le 31 janvier; le môme jour, à dix heures du soir, elle fut prise de frissons, puis de douleurs qui allèrent en augmentant pendant la nuit ; elle avait donc une métro-péritonite. A l'heure de la visite, nous trouvâmes une douleur abdominale très vive, surtout marquée à gauche et occupant la totalité de l'utérus et le péritoine qui le recouvre. La malade avait la peau sèche, la figure abattue, le pouls était à L20» Le lendemain, le thermomètre marquait 39°, 2 ; il y avait 132 pulsations et 40 mouvements respiratoires. La peau était chaude, la langue sèche: à gauche, le péritoine était pris jusqu'au diaphragme ; à droite et à gauche, le phrénique élail douloureux. 11 y avait donc eu met ri te, puis métro-péritonite, puis péritonite diaphragmatique. Nous donnâmes à la malade une potion de Todd à 50 pour 100, c'est-à-dire tiers d'alcool, puis 1 gramme de sulfate de quinine. Le 3 février au matin, le
pouls est à 112. la langue sèche, la peau plu- humide; il y a encore de la douleur à la pression dans (nui le petit bassin; on BS1 forcé de souder la malade, et OD retire un plein va<e i Voir, plus haut, \>. tit.
720 LES MALADIES PUERPÉRALES.
d'urine ; la malade est convaincue qu'elle va mourir. Le \ février, le phrénique est moins douloureux, le péritoine l'est également moins; la langue est plus humide; à partir de cette époque, la langue le devient de jour en jour davantage, il y a moins de douleurs, moins d'oppression, et le phrénique droit seul est encore un peu douloureux. On ne trouve pas les signes d'une pleurésie diaphragmatique. A partir du 6 février, la malade trouve qu'elle va de mieux en mieux; le 13 février, il y a toujours un peu de douleur à la pression dans la partie droite du bassin ; cependant la malade entre en convalescence, et le \ 9 elle quitte l'hôpital en très bon état.
On peut donc guérir de ces accidents, bien qu'à l'autopsie de toutes les femmes qui succombent on trouve du pus dans les parties enflammées. Cet état fébrile, qui peut s'appeler une fièvre pyogénique, embrasse la totalité des cas. Il y a un trait commun clans toutes ces affections, la purulence, qui a pour condition protopathique la leucocytose de la femme en état puerpéral. Un autre caractère commun, c'est la tendance à une extension rapide, ce qui tient à l'état de pléthore de la femme enceinte.
Il s'élève ici, messieurs, une grosse question doctrinale : la femme meurt-elle parce qu'elle a du pus dans ses lymphatiques, parce qu'elle a du pus dans ses sinus utérins, parce qu'elle •a une métro-péritonite purulente ; ou bien, au contraire, meurtelle parce qu'elle a une maladie pyogénique?
Yoici ce que je veux dire : Plaçons-nous au point de vue des faits : une femme est morte ; on trouve dans un ou deux lymphatiques de son utérus du pus de quoi remplir un cure-oreilles, le quart d'une cuiller à café. Est-il sensé de croire qu'elle soit morte des méfaits de ce pus? Et comment? Allez plus loin : une autre femme a du pus dans ses lymphatiques utérins et dans ses lymphatiques prévertébraux; on peut en trouver même, comme j'en ai observé cette année, dans la citerne de Pecquet; mais il n'y en a pas dans le sang, et il n'existe ni les lésions ni les signes d'une infection purulente. Mais du pus dans les lymphatiques de l'utérus n'est pas plus méchant que du pus dans les lymphatiques d'une autre région, comme cela se voit, par exemple, dans un érysipèle.