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CONTAGION DANS UN MÊME LIT

la journée. La malade se plaignait de souffrir au niveau des insertions diaphragmatiques droites, et ces douleurs s'exagéraient par la pression. Le pouls était petit, il battait 132 fois par minute; le thermomètre marquait 38°, 4; le lendemain, 15 mars, la malade succombait vers six heures du matin.

A l'autopsie, on trouve dans le péritoine environ un demi-litre de pus mal formé ; ce liquide était surtout accumulé dans le petit bassin et sous la face inférieure du foie. L'utérus était assez bien revenu sur lui-môme. Sa surface interne présentait quelques débris de muqueuse. En pressant sur les surfaces de coupe, on ne voyait sourdre des sinus aucune gouttelette de pus. Une étude plus attentive des cornes utérines fit découvrir à droite, au niveau de l'insertion des trompes et du ligament rond, sur l'utérus, un petit abcès, gros comme une lentille, et développé dans les lymphatiques. Ces lymphatiques, poursuivis le long des vaisseaux uléro-ovariens, présentaient par places quelques petites nodosités purulentes. L'ovaire droit était fortement congestionné, beaucoup plus enflammé que le gauche. Les anses intestinales offraient une vive injection, qui atteignait son plus haut degré vers le cœcum. La capsule du foie était d'un gris sale, terne, par suite du liquide qui l'entourait; le parenchyme était sain. La rate et les reins étaient également sains. La cavité thoracique était un peu rétrécis par suite du refoulement du diaphragme. Les plèvres et les poumons étaient intacts et ceux-ci ne contenaient pas d'abcès métastatiques.

Ainsi, messieurs, dans ce cas les lésions étaient moins avancées, la plèvre était saine, et cependant la malade est morte en trente-six heures ; tandis que, dans le cas précédent, la malade, avec des lésions plus étendues, une plèvre remplie de fausses membranes, a mis six jours à mourir.

Maintenant, ce qu'il y a de plus lamentable, le voici : c'est que cette femme (A. Sophie), qui mourait au bout de trente-six heures de sa fièvre puerpérale, était entrée le 12 mars dans mon service; qu'elle y avait occupé le lil n" 2; que, le 17 mars (trois jours après qu'elle l'avait quitté pour L'amphithéâtre), une autre femme (G. Erneatine) y était venue accoucher, cl que trois jours plus tard celle-ci était prise des mômes accidents (pie la première

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occupante et y succombait en six jours. Il est difficile de ne pas voir là un fait de contagion, et de contagion rapide.

Mais, au lieu de nous arrêter plus longtemps sur des faits qui ont été mortels, laissez-moi vous entretenir maintenant de deux cas de guérison. Et d'abord je vous parlerai de la femme que vous avez pu voir couchée au lit n° 6 dans le courant de février. C'était une jeune fille de dix-sept ans, primipare — on n'est guère enceinte avant cet âge — et qui, entrée le 18 février dans notre service, accoucha après six heures de fortes douleurs. Cet accouchement fut suivi, à dix minutes d'intervalle, d'une hémorrhagie tellement abondante, que la malade en devint exsangue ; il s'écoula près de 3 litres de liquide, et l'hémorrhagienefut arrêtée que par la compression de l'aorte. La délivrance se fit quelques minutes après; l'écoulement sanguin diminua, mais pour durer encore une demi-heure, puis la malade dormit pendant quatre heures. Le lendemain, le 19, le pouls était petit, l'utérus n'était pas douloureux. Le 20, l'état était le même que la veille ; il n'y avait pas d'albumine dans les urines. Le 21, à sept heures du matin, la malade fut prise de frissons violents qui ne cessèrent qu'à trois heures, à la suite de l'application de linges chauds sur tout le corps. L'utérus n'était pas douloureux. Le 22, on appliqua des cataplasmes laudanisés. Le 23, la température s'élevait à 40°, i, le pouls à 132 ; l'utérus était douloureux à la pression dans sa totalité, mais surtout au niveau de ses attaches. Je fis appliquer six ventouses scarifiées sur le bas-ventre ; il s'ensuivit une diminution notable de l'intensité de la douleur abdominale, mais l'inflammation poursuivit sa marche. A quelques jours de distance, nous constations l'apparition d'une double pleurésie. Comme la malade a eu le bonheur de survivre à ces accidents, nous avons pu observer chez elle le développement d'un épanchementpleurétique avec matité, faiblesse du bruit respiratoire, absence des vibrations thoraciques, souffle pleurétique, égophonie typique.

Cette malade a guéri, mais elle y a mis un certain temps. Les accidents se sont développés du côté du thorax le 2 mars, c'est-à-dire neuf jours après le début de l'affection utérine. Le 2 mars, nous constations de la fièvre, de la dyspnée, de la

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