QUATRE-VINGTIÈME LEÇON
Fièvre pyogénique à forme purulente. — Variété possible des formes analomiques de la fièvre puerpérale. — Épidémies successives de fièvre puerpérale à l'hôpital Saint-Antoine. — Fièvre puerpérale des nouveau-nés. — Infection et contagion plus ou moins directe. — Traitement des plilegmasies puerpérales. — Traitement de l'hémorrhagie utérine puerpérale; injections sous-cutanées de solution d'extrait d'ergot et d'éther. — La transfusion du sang et les injections d'éther.
Messieurs,
Par tout ce que nous venons de voir, la femme accouchée est exposée à deux sortes d'accidents de purulence générale : purulence par la fièvre puerpérale, essentiellement, fondamentalement pyogénique; purulence par l'infection purulente. Dans le premier cas, purulence d'emblée et sur place ; dans le second cas, purulence par migration du pus dans le système vasculaire. Dans le premier cas, la fièvre faisant le pus ; dans le second, le pus faisant la fièvre. Dans le premier cas, les accidents généraux précédant la détermination morbide locale ; dans le second, les accidents locaux précédant les phénomènes généraux. Dans le premier cas, les accidents survenant quelques heures ou à peine quelques jours après l'accouchement; dans le second, ces accidents se produisant deux ou trois semaines au moins après la délivrance. La première affection est la production spontanée d'une typhisation dont la réunion des femmes en couche est la condition habituelle ; la seconde est la conséquence du passage du pus dans le sang. On peut donc éviter la première; on ne le peut pour la seconde.
L'infection purulente des accouchées peut résulter de la résorption du pus de la plaie utérine ou du passage dans le sang du pus sécrété par les lymphatiques ou les veines de l'utérus. L'infection purulente peut ôtre ainsi un résultat tardif de la
U% LES MALADIES PUERPÉRALES.
fièvre puerpérale, au cas où la femme a résisté à ses premières atteintes.
Enfin, dans quelques cas heureux de fièvre puerpérale, le mal s'éteint sur place ; les accidents utérins (métrite, lymphangite, phlébite et péritonite) disparaissent ; et, à quelques jours de là, un muscle, une articulation qui s'enflamment et suppurent, viennent témoigner de la nature pyogénique du mal : dans ces cas, qui se terminent parla guérison, les abcès ne sont pas métastatiques, ils ne sont pas dus à une infection purulente par migration du pus dans les vaisseaux sanguins; ils sont à la fièvre puerpérale ce que sont à la variole certains abcès .superficiels de la convalescence de celle-ci : un dernier effort et une dernière manifestation de la tendance pyogénique.
En résumé, l'infection purulente puerpérale existe, mais dans un nombre de cas très restreint, et alors il y a des abcès métastatiques. Dans d'autres cas, au contraire, il s'agit de fièvre pyogénique. De par cette fièvre, la femme accouchée fait du pus, et elle le fait dans l'organe qui actuellement est bien près d'être malade. En effet, l'utérus est un fatigué et un blessé : deux conditions qui font qu'étant donnée l'infection de la fièvre, c'est dans cet organe que vont de préférence se déterminer, comme le disait Gullen, les accidents morbides.
Cette femme est infectée parce qu'elle vit dans un milieu infectieux, milieu infectieux constitué par les émanations, les exhalaisons des femmes en couche. La femme en couche sent mauvais parce qu'il s'écoule de ses parties génitales des lochies, c'est-à-dire un liquide dans lequel se trouvent du sang, des leucocytes en abondance, du pus. Tout cela se répand dans l'atmosphère. Ainsi Bright a trouvé dans des salles de maternité des globules de pus accrochés aux aspérités des murailles. On comprend que la chose s'accroche également aux narines, qui ne sentent pas seulement, mais absorbent. On peut résister pendant un, deux ou trois mois à ces exhalaisons ; puis, sous une influence indéterminée, parce que la constitution médicale actuelle est mauvaise (I), vous voyez dans une salle de maternité
(1) Voir plus loin, p. 7oG, la coïncidence entre l'apparition des accidents puerpéraux dans mon service et le mauvais état de la constitution médicale.