PRÉCAUTIONS NÉCESSAIRES
Il insiste beaucoup sur ces dernières; pour lui un des agents de contamination les plus actifs étant le personnel, et surtout le personnel médical (1).
La salle n'est jamais remplie, vingt lits à peine sur vingt-huit sont ordinairement occupés; ce qui permet de reposer la literie et d'atténuer la viciation de l'air.
Chaque femme à son entrée prend un bain. Aussitôt après la délivrance, et pour éviter les secousses, elle est transportée sur un chariot du lit de misère à celui qu'elle doit occuper clans la salle. Celui-ci est disposé de la façon suivante : sous le drap est placé un paillasson de balle d'avoine séparé du matelas par une toile cirée imperméable. Ce paillasson ne sert jamais que pour une seule malade ; la balle d'avoine est brûlée et l'enveloppe lessivée. Le matelas n'est jamais souillé ; cependant il est renouvelé chaque mois.
Le linge souillé ne séjourne jamais dans la salle. M. Siredey commence toujours sa visite par la salle des accouchements. A ce moment le nombre des élèves est moindre, et d'autre part on ne transporte pas de germe morbide des autres salles dans celle des femmes en couche.
Les femmes sont touchées aussi peu que possible avant et surtout après l'accouchement; on emploie pour graisser les mains l'huile phéniquée, qui est renouvelée pour chaque femme.
Les personnes qui pratiquent le toucher doivent préalablement laver leurs mains dans une solution antiseptique : mélange d'acide phénique, d'essence de thym et d'eau alcoolisée. On veille particulièrement à la propreté des ongles.
11 est interdit aux élèves du service d'assister aux autopsies, de toucher aux pièces anatomiques, de disséquer ; ou bien ils doivent redoubler de précautions.
La chose est très légitime de rapprocher ces précautions si judicieuses de l'abaissemenl considérable du chiffre mortuaire. 11 n'est pas douteux, pour quiconque sait associer deux idées ou comparer deux faits successifs et logiquement enchaînés, que la mortalité moindre est la conséquence des précaulions prises : et,
(i) Voir plus haut, leçon L.wx. p. 758 el 766, des faits conflrmatifa de oetté opinion,
784 LES MALADIES PUERPERALES.
pour ma part, je n'hésite pas à faire honneur à M. Siredey des heureux résultats de ses minutieuses précautions hygiéniques.
Mais peut-être la question est-elle posée d'une façon incomplète par M. de Beurmann. Il ne s'agit pas seulement, en effet, et exclusivement de la mortalité dans les services de maternité, mais des affections puerpérales survenues dans ces milieux. Or, la statistique administrative ne nous donne que les décès, mais ne nous fournit pas les cas de maladie puerpérale chez des femmes accouchées à l'hôpital, et qui sont sorties guéries de leurs accidents puerpéraux et nosocomiaux au bout d'un temps plus ou moins long, et après en avoir été plus ou moins gravement mises en péril.
La question tout entière est donc celle-ci : Y a-t-il dans les maternités, et sur un nombre donné de femmes accouchées, plus d'accidents puerpéraux que l'on n'en observe sur un même nombre de femmes accouchées chacune isolément, soit en ville, soit dans un service d'hôpital ordinaire; que ces accidents puerpéraux aient été ou non suivis de mort? Eh bien, la question ainsi posée est facilement résolue, et résolue contre les maternités.
Voici, par exemple, la relation d'une petite épidémie puerpérale observée dans mon service de la Pitié. Cette épidémie se manifesta peu après le développement d'une péritonite traumatique survenue chez une femme opérée de céphalotripsie. C'est le 14 janvier que cette femme subit la céphalotripsie pour un rétrécissement rachitique du bassin; quarante-huit heures plus tard, le 16 janvier, elle mourait de péritonite. Cette femme fut opérée dans une chambre à part, dont elle ne sortit que pour aller à l'amphithéâtre d'autopsie, et cette chambre est séparée de la salle de maternité par une cloison (1).
(1) Voici l'observation résumée de la malade qui fut l'occasion de cette épidémie puerpérale :
Une jeune femme de vingt-deux ans, Marie Pic, entre le 20 décembre 1878 à la salle Notre-Dame. Elle est enceinte de plus de huit mois; la grossesse n'a rien présenté d'anomal, mais an toucher on reconnaît une déformation du bassin; l'os iliaque droit, projeté en dedans, entraîne un rétrécissement dn détroit supérieur; la ligne innominée de ce côté est presque rectiligne.
Les douleurs commencent à se faire sentir le 11 janvier; le 14, elles deviennent intolérables. Au toucher, on retrouve la saillie très marquée de l'épine sciatique droite et l'effacement de l'excavation de ce côté. La tête jusque-là,
A partir de ce moment, mon service de femmes en couche, qui n'avait présenté aucun accident puerpéral depuis deux mois, en offrit une succession non interrompue. Ainsi le 16 janvier, le jour même où mourait cette femme, une autre, accouchée le 15, au lit n° 22, était prise de fièvre, éprouvait des douleurs utérines à gauche et devait être traitée par des ventouses scarifiées. Elle a guéri.
très mobile, est maintenant fixée au détroit supérieur et ne s'engage pas. Les bruits du cœur du fœtus sont un peu affaiblis. M. Polaillon et moi, nous sommes d'avis d'intervenir si les choses restent en l'état.
A la visite du soir, à cinq heures, la tête s'est un peu engagée, mais sans pouvoir franchir le détroit supérieur. M. Letulle fait infructueusement trois tentatives d'application de forceps sans pouvoir articuler les deux branches.
A sept heures, M. Polaillon, appelé, fait sous le chloroforme l'embryotomie et il peut extraire le fœtus, mais après des difficultés de toute sorte, et au bout d'une heure et demie seulement. On constate alors un mince lambeau qui semble faire partie du col et qui sort de 2 centimètres en dehors de la vulve.
Le 15 janvier au matin, la température axillaire est à 37°, 8, la température utérine à 39 degrés, le pouls à 96. La malade n'a pas dormi, elle se plaint beaucoup de douleurs abdominales; le ventre est dur, ballonné, douloureux. Le soir, le thermomètre, placé dans l'aisselle, marque 39°,5; le pouls est à 140. La malade est prise de vomissements bilieux. On applique des ventouses scarifiées, de la glace sur le ventre, et l'on fait des frictions mercurielles.
Le 16 janvier, l'état est resté le même, les vomissements se sont répétés pendant toute la nuit. La température axillaire est de 38°, 4, la température utérine de 39°,8; le pouls est encore à 140. Les insertions du diaphragme sont particulièrement douloureuses; les nerfs phréniques ne sont pas sensibles dans leur trajet le long des bords du sternum, mais la pression au niveau de leur origine au cou provoque de vives douleurs.
Le soir, la température axillaire est de 38°, 1, la température utérine de 39°,8, le pouls est toujours à 140 ; les douleurs sont très vives, les vomissements incessants; la malade meurt a trois heures du matin.
A l'autopsie, on trouve, à l'ouverture de la cavité abdominale, les anses intestinales très distendues, sans traces d'adhérences entre elles ni avec le grand épiploon. A la surface de l'intestin, du foie, sur le diaphragme, on voit des dépôts blanchâtres, irrégulièrement disséminés, peu adhérents, et que l'on peut enlever avec le doigt.
La cavité de l'intestin contient une grande quantité de liquide jaunâtre floconneux.
Kn décollant la paroi droite du vagin, au niveau de la branche ischio-pubienne, qui faisait obstacle à la manœuvre du forceps, le doigt pénètre facilement dans cet endroit, soit qu'il y ait eu perte de substance de la paroi, soit plutôt que les tissus meurtris et friables aient cédé facilement sous le doigt.
L'utérus est ouvert dans sa longueur : le col n'existe plus que dans sa parlie postérieure; le reste de sa circonférence constitue le lambeau allongé que l'on avait vu pendre en dehors de la vulve.
peter. — Clin. méd. 3° édit. il, » 50
786 LES MALADIES PUERPÉRALES.
Le 17 janvier, au n° 8, une femme grosse de huit mois, accouchée de deux fœtus, dont l'un mort-né macéré, est atteinte elle-même d'accidents abdominaux avec fièvre ; puis elle a des manifestations pyohémiques, un abcès de la région métaearpophalangienne, plus tard un abcès du mollet ; et le survivant de ses deux enfants est bientôt lui-même atteint de dacryocystite purulente de l'œil droit. Ils guérissent tous deux.
Le 20 janvier, au n° 14, une jeune femme ayant un bassin rétréci qui nécessite la version le 17 janvier, laquelle version est suivie de déchirure du périnée; le 20 janvier, dis-je, cette femme est prise de douleurs utérines pour lesquelles on lui applique des ventouses scarifiées. Elle guérit.
Le 21 janvier, une femme, au n° 7, accouchée le 18 janvier, est prise de fièvre et de douleurs abdominales. Elle est traitée par les vésicatoires et guérit.
Le 28 janvier, une femme couchée au n° 10 est prise, deux jours après son accouchement, de douleurs utérines avec fièvre pour lesquelles on applique des ventouses scarifiées. Elle guérit.
Le même jour, une femme couchée au n° 11, accouchée la veille, éprouve des douleurs utérines avec fièvre. On a recours aux ventouses scarifiées. La malatle guérit.
Le même jour, une femme couchée au n° 21, accouchée depuis le 13, est prise d'un phlegmon de la mamelle, dont elle guérit.
Le 30, une femme couchée au n° 12, accouchée depuis quatre jours, est prise de frissons, de douleurs utérines; traitée par les ventouses scarifiées, elle guérit.
Le 31, une femme couchée au n° 22, accouchée le 28 janvier, est prise de douleurs utérines avec fièvre; elle est traitée par les ventouses scarifiées et guérit.
Le même jour, une femme couchée au n° 16,* accouchée la veille, est prise de douleurs utérines avec fièvre ; elle est traitée par les ventouses scarifiées et guérit.
Enfin un avorton de sept mois et demi, né le 9 janvier, rentré avec sa mère couchée au n° 18, le 21 janvier dernier, est pris dès le lendemain (22 janvier) d'une conjonctivite purulente de l'œil gauche; il guérit par la cautérisation au nitrate d'argent.
Ainsi, dans mon petit service de maternité où il n'y a que seize lits (du n° 6 au n° 22), alors que depuis deux mois il n'y avait eu aucun accident puerpéral, tout à coup, à la suite d'un traumatisme utérin violent auquel succombe l'opérée, apparaît une succession d'accidents puerpéraux qui frappent deux enfants et dix femmes dans l'espace de quinze jours. Je dois ajouter que, depuis cette époque, j'observe une succession d'accidents puerpéraux dont quelques-uns assez graves, bien que moins rapprochés les uns des autres que dans la seconde quinzaine de janvier, et que tous se sont terminés par la guérison, en février et mars ; la série des morts n'est venue que plus tard. Yoici d'ailleurs l'exposition sommaire de ces cas :
Femmes en couche ayant présenté des accidents puerpéraux dans les mois de février et de mars 1879, à la Pitié, et qui ont guéri.
Ois. 1. Pic. (Marie), n° 22.
28 janvier. Accouchement.
31 — Accidents locaux. Ventouses.
Métrite parenchyinateuse.
Oùs. 2. M. (Louise), n° 11.
27 janvier. Accouchement.
3© — Accidents locaux. Ventouses.
Lympuangite utérine. Douleur à la corne utérine droite. Lochies fétides.
Obs. 3. C. (Alexandrine), n° 16.
30 janvier. Accouchement.
1er février. Accidents.
Pas de détermination locale. Fièvre. Températures
élevées.
06*. 4. H. (Anaïs), no g.
28 janvier. Accouchement.
8 février. Accidents.
Métrite parenchyinateuse.
Obs. ■>• I). .Mario, no 22.
7 lévrier. Accouchement.
10 — Températures élevées. Pas de douleurs.
Pas de détermination locale. Températures très
élevée.
Obs. 6. Ê. Uexandrine . a° 12,
7 février, Accouchement.
il — Accidents.
Lymphangite utérine, précédée de phénomènel généraux. Dsus pousséi
788 LES MALADIES PUERPÉRALES.
Obs. 7. D. (Henriette), n° 19.
10 février. Accouchement. 12 — Accident».
Métrite parenchymateuse, précédée d'accidents généraux.
Obs. 8. H. (Eugénie), n° 7.
12 février. Accouchement.
14 — Accidents.
Métrite et lymphangite. Lochies fétides.
Obs. 9. M. (Rose), n« 13.
11 février. Accouchement.
14 — Températures élevées. Pas de douleurs.
Pas d'accidents locaux. Fièvre. Langue tremblotante.
Obs. 10. S. (Berthe), n° 21.
8 février. Accouchement.
15 — Accidents légers.
Métrite légère. Fièvre.
Obs. 11. S. (Henriette), n° 16.
16 février. Accouchement.
17 — Accidents.
Lymphangite utérine et fièvre. Deux poussées successives. Anémie.
Obs. 12. P. (Marie), n° 22-40.
16 février. Accouchement.
18 — Accidents prolongés.
Phénomènes généraux très marqués. Douleurs utérines tardives. Deuxième reprise de fièvre, état typhique, puis douleurs vives. Phlegmon des ligaments larges.
Obs. 13. L. (Clémentine), n° 8.
15 février. Accouchement.
18 — Accidents.
Lymphangite utérine. Fièvre.
Obs. 14. M. (Valentine), n° 18.
19 février. Accouchement.
21 — Accidents.
Métrite. Fièvre vive.
Obs. 15. L. (Rose), n° 20.
25 février. Accouchement.
26 — Accidents.
Lymphangite utérine. Peu de phénomènes généraux.
Obs . 16. D. (Louise), n° 15.
22 février. Accouchement.
1" mars. Accidents.
Lymphangite utérine légère, État typhique très accentué et prolongé,
06*. 17. R. (Charlotte), n° 17.
5 mars. Accouchement.
7 — Accidents.
Lymphangite légère.
Obs. 18. J. (Honorine), n° 22.
3 mars. Accouchement.
9 — Accidents généraux. Pas de douleurs.
Pas de déterminations locales. Fièvre. Températures élevées.
Obs. 19. M. (Rose), n° 20.
10 mars. Accouchement.
13 — Accidents.
Lymphangite utérine (1).
Jusqu'ici, vous le voyez, il n'y a que des accidents puerpéraux plus ou moins redoutables, mais sans qu'il y ait mort de femme. Puis, voici que l'épidémie se continue en suivant la loi des épidémies, c'est-à-dire en s'aggravant par sa continuité même, et, au lieu de guérisons constantes, des cas de mort apparaissent. Du 18 mars au 25 juin, l'épidémie persiste et nous tue 4 femmes, plus 1 enfant.
Voici l'énumération de ces cas, du d8 mars au 25 juin 4879.
Obs. 20. R. (Emilie), salle Notre-Dame, n° 16, entrée le 28 février, accouche le 18 mars. Dès le lendemain, céphalalgie, sueurs, lochies fétides, épistaxis. La T. A. monte à 41°, 3. Au bout de six jours, tous les accidents ont disparu.
Obs. 21. B. (Pauline), entrée le 18 mars, grosse de sept mois. Fièvre, malaise avant l'accouchement. Accouche le 21 mars, l'enfant n'a pas vécu. Douleur sur la corne utérine droite, disparaissant au bout de quelques jours.
Obs. 22. A. (Blanche), entrée le 24 février, accouche le 24 mars. Le surlendemain, frissons, céphalalgie, lochies fétides, 40°, 4. Au bout de six jours, les douleurs abdominales et la fièvre ont disparu.
Obs. 23. G. (Caroline), entrée le 21 mars, accouche le 8 avril. Le 11, épistaxis, fièvre, langue typhique, lymphangite utérine. Trois jours après, guérison.
Obs. 24. E. (Marguerite), n° 11, entrée le 24 mars, accoudu1 Iti même jour. Le 28, frissonnements, douleurs abdominales : ventouses. Les douleurs disparaissent.
Obs. 25. T. (Irma), entrée te 1ï mars, accouche le 28. Forceps dans l'excavation, à cause d'inertie utérine. Fièvre dans la Boirée. Manie puerpérale durant vingt-quatre heures. Un abcès profond de la fesse se développe ultérieurement! Incision) guérison (2).
(1) Observations recueillies par M. Raymond Dnrand-Fardel.
(2) Voir cette observation, leçon LXXVI. |>. 70! j H aussi p. 762,
790 LES MALADIES PUERPERALES.
L'enfant est atteint d'érysipèle vaccinal et succombe ultérieurement à une pleurésie purulente compliquée de péricardite purulente (1).
Obs. 26. H. (Augustine) entre le 11 mars. Hémorrhagie de la délivrance arrêtée par injection sous-cutanée d'ergot d'Yvon. Le 3 et le 4 février, fièvre, douleurs utérines. Guérison.
Obs. 27. B. (Joséphine), n° 14, entre le 1er avril, accouche à cinq heures du soir. Hémorrhagie de la délivrance. Injection ergot Yvon. Le 3 avril, frissons, douleurs utérines; le 5, deuxième frisson; le 9, la fièvre cesse.
Obs. 28. R. (Adèle) entre le 2 avril; est accouchée dans la rue. Fièvre le 3. Albuminurie; douleurs utérines; arthrite du genou droit le 4. Phlegmatia alba dolens du membre droit au bout de douze jours. Au bout d'un mois, subluxation du tibia sur le fémur : passage en chirurgie.
Obs. 29. G. (Louise) entre le 4 avril. Hémorrhagie post partum : injection ergot Yvon. Le 5, frisson ; douleurs utérines, fièvre, douleurs musculaires du tronc et des membres gauches. Le 19, toute fièvre a disparu.
Obs. 30. B. (Benoîte) entre le 5 avril; le 8, accouchement. Hémorrhagie de la délivrance : injection ergot Yvon. Le 12, fièvre et douleurs utérines. Le 16, guérison.
Obs. 31. M. (Marie) entre le 7 avril. Grossesse à sept mois et demi. Hémorrhagie le 8 : tamponnement. Accouchement le 8 à minuit. Fièvre le 9; persiste jusqu'au 19 avec douleurs utérines. La malade demande son exeat ce jour. (Pas de nouvelles.)
Obs. 32. M. (Yictorine) entre le 9 avril. Grossesse gémellaire ; le premier enfant était mort depuis plusieurs jours. Hémorrhagie de la délivrance ; péritonite, fièvre violente. Meurt le 29 avril, vingt jours après faccouchement.
Obs. 33. T. (Léonie) entre le 10 avril; est accouchée le 10 avril au forceps. Fièvre vive dès le lendemain; péritonite ; diarrhée incoercible. Meurt le 18 avril.
O&s. 34. B. (Pauline) entre le 10 avril; accouchement laborieux. Fièvre dès le lendemain; vomissements, péritonite, diarrhée. Meurt le 20 avril.
Obs. 35. B. (Clémentine) entre le 13 avril, accouche le 13 d'un avorton de sept mois. Le 15, fièvre : ventouses. Guérison, malgré tuberculose pulmonaire avancée.
Obs. 36. K. (Augustine) entre le 20 avril et accouche. Grossesse gémellaire de six mois à peine. Le 23, céphalalgie, fièvre, utérus douloureux : ventouses scarifiées. Guérison.
Obs. 37. H. (Henriette) entre le 20 avril, accouche le 2 mai d'un enfant mort depuis deux ou trois jours. Fièvre, douleurs dès le soir. La fièvre tombe le 6 mai.
Obs. 38. G. (Marie) entre le 5 mai et accouche. Le 12, fièvre, lochies fétides ; le 17, la fièvre tombe.
Obs. 39. B. (Louise) entre le 23 mai, accouche le 24. Le 26, frisson, céphalalgie, cornes utérines douloureuses. La fièvre persiste jusqu'au 2 juin. Guérison.
Obs. 40. M. (Marie) entre le 17 mai et accouche ce jour môme. Le 23, fièvre jusqu'au 3 juin. Guérison.
(1) Voir cette observation, p. 762.
Obs, 41. Sueurs profuses persistant pendant quinze jours après l'accouchement. L'enfant succombe à une bronchopneumonie.
Obs. 42. C, entrée le 21 mars, accouchée le 30 mai. Accidents puerpéraux 6ans localisation abdominale. Encore dans le service le 24 mai.
06s. 43. G. (Marie), vingt ans, entrée le 21 mai, accouchée au forceps le 22. Le 25, fièvre, frisson, douleur abdominale; le 1er juin, reprise des accidents. Éruption scarlatiniforme sur le thorax, le 11 juin ; persiste pendant cinq jours. Guérison.
Obs. 44. A. (Françoise), entrée dans les premiers jours d'avril. Morte de lymphangite utérine suppurée et de péritonitejpurulente.
Obs, 45. B., entrée le 5 février, accouchée le même jour, a eu des accidents puerpéraux dès le 8 février; depuis lors, reste dans le service avec phlegmon induré persistant dans la région de l'aine droite. Etat général assez bon (25 juin) (4).
Or, dans cet espace de temps, nous n'avons eu, dans notre service de femmes en couche, que 160 admissions; c'est-à-dire que, sur 160 femmes accouchées, nous avons eu, en cinq mois, 45 accidents puerpéraux ; ou 1 cas d'accidents de cette nature sur 3,5 accouchements ; et, sur ces 45 cas, 4 morts, ou 1 mort sur 11. (Et je ne parle pas des petits enfants, victimes de l'épidémie î)
Quant aux femmes qui sont sorties guéries, est-il donc indifférent pour elles d'avoir eu ou de n'avoir pas eu une métrite, une métro-péritonite, une lymphangite, disons mieux, une fièvre puerpérale qui, plusieurs jours durant, a ébranlé leur organisme, au risque de le terrasser, et n'a disparu qu'en laissant à sa suite dans le petit bassin, et par le fait de ses localisations morbides, autour de l'utérus, des ovaires et des trompes, des reliquats sans nombre, point de départ possible d'accidents ultérieurs?
Eh bien, ce que je veux dire, le voici : supposons qu'on ait pris purement les registres administratifs de l'hôpital, on y trouverait ce fait incontestable que le 16 janvier une femme est morte dans mon service à la suite d'une embryotomie et qu'il n'y a eu en trois mois que ce cas de mort dans mon service, et l'on serait en droit d'en conclure : 1° que ce fait est la conséquence d'une opération redoutable; ,2° qu'il n'est pas d'origine puerpérale à proprement parler; 3° que mon service de maternité esl l'idéal que les femmes en couche pourraient rêver, attendu qu'on n'y
(1) Observations recueillies par M. le docteur Letullc.
792 LES MALADIES PUERPÉRALES.
meurt pas, car en bonne logique ce n'est pas au service qu'on peut attribuer la mort dans ce fait d'embryotomie, mais à l'opération.
Tel est le résultat auquel pourrait conduire la seule investigation des statistiques administratives, tandis qu'il est de la plus rigoureuse évidence qu'il a suffi d'un cas lamentable, consécutif à une opération, laquelle a déterminé une péritonite purulente généralisée, pour provoquer, d'une part, une série non interrompue pendant trois mois d'accidents puerpéraux, dont quelquesuns fort graves, qui se sont, il est vrai, terminés par la guérison (à laquelle une médication énergique n'a peut-être pas été étrangère, au moins je le crois) ; et, d'autre part, une série non moins ininterrompue pendant trois mois d'accidents plus redoutables encore, dont cinq terminés par la mort.
De sorte qu'en dernière analyse il est bien évident que le milieu nosocomial a été, pour chacune des femmes atteintes, l'occasion d'une maladie puerpérale dont la contagion, ou, si l'on aime mieux, l'influence du milieu a été la condition pathogénique.
En résumé, les maternités ne sont pas seulement malfaisantes par la mort qu'elles peuvent provoquer, mais par les accidents puerpéraux qui s'y engendrent et qui, d'une part, ébranlent pendant un temps plus ou moins long et d'une façon plus ou moins grave la santé des femmes qui y sont venues accoucher ; qui, d'autre part, en raison des adhérences pelviennes consécutives, immobilisent les trompes et peuvent stériliser les femmes. Telle est, suivant moi, la véritable position de la question, et la question ainsi posée est facilement résolue; les services de femmes en couche sont pernicieux aux femmes en couche. C'est une affaire de plus ou de moins.
Maintenant, comme on ne peut pas les supprimer ,. que c'est un mal social nécessaire, le moins mal sera le mieux. C'est à quoi tendent les efforts contemporains, et il faut y applaudir.
Cependant je suis persuadé pour mon compte que les femmes qui sont forcées d'accoucher à l'hôpital se trouveraient mieux de le faire dans les salles ordinaires ; le voisinage de malades quelconques étant pour elles moins malfaisant que celui d'autres
LES MATERNITES MALFAISANTES. 793
femmes en couche. En fait, il suffit de considérer de quel personnel se compose un service de femmes à l'hôpital : 1° un grand nombre de phthisiques ; 2° des dyspeptiques ; 3° des chloroanémiques ; \° des affections utérines aussi nombreuses que peu graves ; 5° des affections nerveuses ; 6° des affections aiguës thoraciques ou abdominales; 7° enfin, quelques cas de fièvres éruptives et continues ou d'érysipèles, et plus rarement encore de diphthérie. (Ce sont là les maladies contagieuses et elles sont relativement rares.)
Eh bien! je dis que, dût-on exposer de temps à autre une femme en couche à contracter une de ces dernières affections, l'éventualité n'est en aucune façon comparable à celle du développement et de la transmission de la fièvre puerpérale, toujours plus ou moins imminente dans un service spécial d'accouchement.
Et je termine par où j'ai commencé : « Une femme en couche est à une autre femme en couche une occasion de maladie ;
« Une réunion de femmes en couche constitue une réunion idéale de causes de maladies. »
La conclusion va de soi.