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LA GLYCOSURIE ET LA PEAU

nomal au cœur ni aux artères, vous avez alors à rechercher l'altération du sang.

C'est ce que j'ai dû faire pour l'homme couché au n° 21 de notre salle Saint-Paul, qui est entré à l'hôpital pour une gangrène du gros orteil gauche, et que quelques-uns d'entre vous me signalaient comme devant être renvoyé dans un service de chirurgie.

Cet homme est âgé de soixante-quatre ans ; il est balayeur, mais balayeur de hasard. Ancien instituteur, c'est seulement depuis deux ans qu'il a subi cette déchéance sociale. Indépendamment du chagrin 'qu'a dû lui causer sa disgrâce, il a perdu sa femme et ses enfants. A toutes ces peines d'ordre moral, s'en joignent d'autres d'ordre matériel: depuis deux ans, il gagne à peine de quoi vivre, et doit en partie sa nourriture à la charité des militaires de la caserne dont il est le balayeur. Or, il y a bientôt deux ans que cet homme commença à éprouver des démangeaisons intolérables sur toute la surface du corps ; le prurit était môme tellement intense, que le malade, en se grattant énergiqucment, faisait naître à la surface de son corps une multitude de petites croûtes semblables à celles que vous apercevez aujourd'hui. De plus, vous avez vu ces jours derniers se développer sur toute la région du dos une éruption papuleuse, véritable prurigo formicans, qui force le malade à se gratter continuellement, et détermine ainsi la formation d-e papules sanguinolentes, telles que celles que vous pouvez observer.

Enfin, il y a deux mois, à la suite d'une marche prolongée, les pieds étant insuffisamment protégés par de vieilles chaussures, une ampoule apparut à l'extrémité du gros orteil gauche, ampoule assez peu douloureuse pour que le malade n'y prêtât pas grande attention; puis cette ampoule prit une teinte noirâtre ; il la perça alors et en fit sourdre une certaine quantité de sérosité roussâtre. Peu a peu les douleurs devinrent vives, à ce point que cet homme a dû interrompre son travail depuis un mois et entrer définitivement à l'hôpital le 10 janvier.

Dès que je le vis, je fus frappé <lr L'aspecl de sou pied. Non seulement la teinte noire de la dernière phalange du jurn>s orteil indiquait l'existence de la gangrène, non seulement autour de

la portion sphacélée se dessinait la zone d'inflammation éliminatrice, mais encore sur toute la surface dorsale du pied se voyait une lymphangite phlegmoneuse avec rougeur et empâtement. Donc, et vous verrez tout à l'heure quel parti je tirerai de ce fait, il n'y avait pas là une simple mortification, mais bien une inflammation gangreneuse. Sous l'influence d'une cause évidemment traumatique, la marche trop prolongée, une inflammation de la peau de l'orteil s'était produite; inflammation qui n'a pas été simple, mais suivie de sphacèle; lequel ne s'est pas borné à produire une inflammation circonférentielle et éliminatrice, mais a entraîné l'inflammation de tout le reste du pied.

Et ce n'est pas tout; nous venons de voir une particularité toute locale ; voici maintenant quelque chose de plus généralisé, et qui va nous conduire, de proche en proche, à la notion d'une cause plus générale.

Le malade nous est arrivé couvert de papules de prurigo. A première vue, j'ai cru, et je me trompais, que la vermine était la cause occasionnelle de ces papules. Il existe un moyen facile de faire, en pareil cas, le diagnostic différentiel, et ce moyen, je vais vous l'indiquer. Le prurigo pédiculaire se traduit par de larges traînées parallèles à l'axe des membres, où il se rencontre surtout; il est plus rare sur le ventre, où on peut l'observer néanmoins. Comme d'ailleurs dans le prurigo pédiculaire le point de départ n'est point intrinsèque, c'est-à-dire de cause interne, mais purement accidentel et tout externe, tenant à la présence d'un parasite, il s'ensuit que l'éruption ne sera pas uniforme, mais polymorphe, car, suivant le degré d'intensité de l'irritation locale, il y aura ici des papules, là des vésicules, plus loin des pustules, et celles-ci de volume et de forme différents. Or, c'est ce que vous n'observez pas chez notre malade, où vous ne voyez que des papules sur un fond légèrement érythémateux ; il s'agit donc ici d'un prurigo de cause interne, dénotant une exaltation et une perversion de la sensibilité de la peau.

Et puis, indépendamment de ces papules, qui avaient, du reste, perdu leur limbe rouge, nous avons trouvé, ces jours derniers, un érythème s'étendant comme une vaste nappe sur tout le dos et une partie des reins de ce malade; cet érythème était

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