‹ Leðcons de clinique mâedicaleChapitre 269 sur 282 · IV. — Lapin; température du rectum avant l'asphyxie, 40°, G · texte numérisé non relu

IV. — Lapin; température du rectum avant l'asphyxie, 40°, G

5' après, T = 4P, 8 Élévation en 5' = 1°,2. (Voir la fin, p, suiv.)

L'ASPHYXIE FAIT L'HYPERTHERMIE. 821

Ainsi, il ne saurait y avoir de doute, l'asphyxie élève la température centrale ; de sorte que, par une économie de ressorts qu'on retrouve partout dans la matière organisée, l'organe qui fournit à l'être vivant les éléments de sa calorification, le poumon, est en môme temps celui où le refroidissement s'effectue; V organe qui provoque la chaleur animale est un de ceux qui la teni" pèrent (I).

Maintenant, il est encore une affection dans laquelle les modifications de la température étaient restées jusqu'ici, en France, à l'état de singularités inexpliquées, et dont la théorie que je vous expose peut donner la solutionne veux parler du choléra.

Vous savez que cette affection est caractérisée par une notable tendance au refroidissement, et que môme il est de règle de voir succomber tous les malades dont la température axillaire est tombée au-dessous de 36 degrés.

Cependant, MM. Briquet et Mignot, dans leur savant et consciencieux travail sur le choléra, ont constaté, dès 1849 — c'est-

V. — Cabiai, température du rectum, 33 degrés (la température avait été préalablement abaissée par l'insufflation pulmonaire).

3'4o" après l'asphyxie, T = 37° Élévation en moins de 5' = 2°

En général, six ou sept minutes après l'asphyxie, la température commence à s'abaisser.

Brown-Séquard a obtenu des résultats analogues dans beaucoup d'autres expériences, et il se demande s'il y a élévation réelle de la température du sang, ou seulement s'il arrive plus de sang dans les organes par relâchement des vaisseaux, ap-ès les convulsions qui accompagnent l'asphyxie ; mais il s'abstient de conclu 'o. [Bull, delà Soc. debiol., t. III, p. 89, 1856.)

(1) La théorie que je développe dans cette leçon avait été formulée par moi dès L868(Btt//. de la Soc. deshôp. de Paris, séance du 10 avril 1868, Paris, 1869, et Union médicale, 1808, loc. cil.), et elle répond a certaines préoccupations scientifiques; par exemple à celle-ci : M. Gharcot, parlant de la chaleur fébrile, se pose la question de savoir « si l'on peut dire qu'il y ait fièvre toutes les fois que la température s'élève . Et il ajoute aussitôt : « C'est là un point sur lequel il n'est guère possible de se prononcer aujourd'hui. Nous voyons, en effet, la chaleur du corps s'élever dans des cas qui paraissent étrangers à toute réaction pyrétique : dans le tétanos, dans la ohorée <•!, dans le choléra, surtout au moment de l'agonie; elle peut alors atteindre 42 ou (3 degrés. // y a là sans doute un élément qui nous échappe. » (Leçons cliniques sur les maladies des vieillards. Asselin, 1866, |>. 21.)

Gel élément, c'est pour moi, dans oes cas, la diminution — allant graduelle' ment jusqu'à l'abolition — de la réfrigération pulmonaire.

à-dire bien longtemps avant Wunderlich, — non seulement l'élévation de la température aux derniers moments de la vie du cholérique qui succombe dans la période algide, mais encore l'élévation de la température après la mort ; et non seulement dans le choléra, mais aussi dans quelques autres affections (péritonite, pneumonie, myélite chronique) . Malheureusement leurs observations ne sont pas très nombreuses (14 de choléra et 3 cas des autres affections), et leurs investigations thermométriques n'ont pas été faites à d'assez courts intervalles pendant les derniers instants de la vie et après la mort, pour être aussi démonstratives que celles de l'auteur allemand (1).

Cette élévation de la température après la mort, MM. Briquet et Mignot l'attribuent à la cessation de la déperdition du calorique par transpiration insensible (â).

D'un autre côté, MM. Briquet et Mignot ont constaté que la température générale baissait pendant la période dite de réaction. Et, à ce propos, Lorain fait observer que « cet abaissement de la température est un fait incontestable, et .que, quelque contradictoires que paraissent les termes que nous allons employer, dit-il , ils sont justes : souvent la réaction est plus froide que l'algidité (3).»

Tout cela, vous le verrez bientôt, est loin d'être contradictoire dans la théorie que j'expose; c'est une simple affaire d'hématose en plus ou en moins, et de déperdition ou d'accumulation proportionnelle de calorique.

Enfin, vous savez que la température périphérique, notamment celle des extrémités, peut descendre dans le choléra à 29 et même 23 degrés.

Il y a plus, on a môme été jusqu'à prétendre que la température périphérique s'élevait après la mort, que le cadavre des cholériques se réchauffait. Doyère a démontré qu'il y avait là une erreur d'observation ; mais il a démontré de plus un fait au-

(1) L'élévation de température n'a jamais dépassé 1 degré dans l'aisselle, tandis qu'au pli de l'aine elle a été plus considérable.

(2) Briquet et Mignot, Traité pratique et analytique du choléra-morbus. Paris, 1850, p. 379 à 393.

(3) P. Lorain, Éludes de médecine clinique, octobre 1807, p. 74.

L'ASPHYXIE CHOLÉRIQUE FAIT l'iIYPERTHERMIE. 823

quel on était loin de s'attendre : c'est que dans cette maladie, connue surtout par le refroidissement qu'elle entraîne, voire même dans la période où ce refroidissement est tel qu'on l'a nommée période tYalgidi/é, la température axillaire s'élève « quelques instants avant la mort » .

Dès 1832, d'ailleurs, Rayer avait constaté que l'air expiré par les cholériques était plus froid et contenait moins d'acide carbonique que l'air expiré dans l'état de santé.

Rappelant ces faits et les mettant en opposition, l'illustre rapporteur de l'Institut, Andral, dit textuellement : « Malgré la diminution d'activité de la fonction respiratoire dans la période algide du choléra, malgré la. combustion moindre du carbone, la température ne va pas moins s'accroissant d'une manière notable; et, alors qu'il ne s'échappe plus par les poumons qu'une quantité d'acide carbonique beaucoup plus faible que celle de l'état physiologique, on voit la température axillaire montera AO degrés et plus. Aux approches de la mort, lorsque la circulation s'embarrasse et va s'arrêter, lorsque la fonction respiratoire est presque nulle, la température axillaire augmente a ce point qu'elle s'élève jusqu'à 43 degrés, c'est-à-dire qu'elle atteint alors à un maximum auquel elle ne monte que très rarement dans les maladies fébriles, pendant le cours desquelles on observe la plus grande production de chaleur (I). »

Je vous prie de remarquer d'abord que le choléra se rapproche ici des névroses convulsives, m présentant comme elles une température ultime hyperpyrétique (43 degrés). Je vous prie de remarquer que, dans ce cas comme dans celui des névroses convulsives, l'organisme est surpris brusquement par la mort dans l'intégrité de son être, puisque, à part quelques congestions viscérales, les organes sonl absolument sains. Je vous prie de remarquer enfin que le savant donl je vous ai rapporté les paroles a, comme à dessein, accumulé des termes contradictoires pour faire ressortir l'étrange té du phénomène «de cette température qui s'élève plus haut qu'aucune température fébrile connue, malgré la combustion moindre du carbone et V élimination de

(I) Mém. de LAcad. des se, t. XLY1II, p. 518; L859.

l'acide carbonique qui diminue. » Eh bien, dans la théorie que je vous soumets, ces termes, au lieu d'être contradictoires, sont de tous points concordants. Si l'air expiré est plus froid qu'à l'état normal, c'est qu'il a enlevé moins de calorique aux poumons et par suite à l'organisme; donc, la température centrale doit s'élever d'autant. Si l'air expiré contient moins d'acide carbonique, cela ne prouve pas que la combustion du carbone soit devenue moindre, mais simplement que le cholérique a enlevé à l'air inspiré moins d'oxygène, nécessairement plus froid que l'acide carbonique contenu dans le sang; donc encore la température centrale doit s'élever d'autant. Et tout cela résulte précisément de la « diminution d'activité de la fonction respiratoire», signalée par Andral au début même de son exposition.

D'ailleurs, il n'est pas douteux que la mort ait lieu dans ces cas par asphyxie, c La mort est le résultat de l'asphyxie, dit Doyère. L'asphyxie estle phénomène constant dans lecholéra (l)j) Et un peu plus loin, comme Andral, il se demande, sans pouvoir y répondre, «comment, tandis que la température va s'élevant, l'absorption de l'oxygène et l'énergie respiratoire vont suivant une marche précisément inverse ? Comment expliquer cet étrange phénomène ? Où et sous quelle forme se trouve dans l'organisation en santé cette chaleur que nous voyons apparaître sous forme thermométrique au moment 'où s'éteignent l'action nerveuse et la contractilité musculaire, comme reparaît la chaleur disparue dans l'évaporation lorsque les vapeurs repassent à l'état liquide en perdant leur tension mécanique? » Ainsi, le savant physicien qui a en quelque sorte fourni toutes les données à la fois physiologiques et physiques du problème, c'està-dire l'asphyxie terminale et l'élévation ultime de la température, n'a pas su conclure et, au lieu d'y voir, comme moi, une simple accumulation de calorique par absence de réfrigération pulmonaire, il n'est pas loin de ne voir là qu'un fait de calorique latent, qui se dégage d'une façon qu'il ne saurait dire.

Enfin, il est un autre phénomène de l'agonie aiguë qui se comprend parfaitement dans la théorie que je vous expose, c'est

(1) Doyère, Mémoire sur la respiration et la chaleur humaine dans le choléra. Paris, 18G3.

Page 1