LE SYSTÈME NERVEUX ET LE CALORIQUE
Mais la vie n'a rien à voir à cela; dans les expériences de firodie, il n'y a de réalisé que la partie physique de l'acle respiratoire ; la partie chimique, celle qui s'effectue dans les profondeurs cle l'organisme, a cesse de s'accomplir; le sang a beau se charger ainsi artificiellement de l'oxygène introduit par le soufflet, les molécules organiques ont cessé pour toujours cle répondre à l'incitation et refusent désormais la combinaison offerte. Il n'y a plus de chimie vivante, parce qu'il n'y a plus de vie.
Aussi l'animal se refroidit-il, et plus vite que s'il n'y avait pas d'insufflation. A cela, je vois deux raisons : l'apport continuel d'un air froid qui enlève incessamment au sang de son calorique, et la cessation des combustions interstitielles et des sécrétions qui produiraient de nouveau calorique; et c'est en cela qu'on peut dire vraiment et seulement que le système nerveux préside à la calori fi cation.
L'animal est donc mort et bien mort. En vain son thorax se soulève et son cœur se contracte; aucune fonction ne s'accomplit plus, pas même celles qui semblent s'accomplir encore. Brodie, par son insufflation, n'a réalisé que l'apparence, le masque, j'ai presque dit la caricature de la vie.
On aurait donc bien tort de croire que, dans ce cas, la respiration et la circulation continuent comme à l'état normal ; elles continuent dans un cadavre. On aurait plus tort encore d'en inférer que, parce que, le cerveau ayant été enlevé, la température s'abaisse, malgré la persistance apparente de la respiration, le système nerveux a une influence sur les phénomènes de calorification ; ii n'a d'influence que sur la vie. Le cerveau enlevé, la tôte coupée, l'animal est mort ; voilà comment et pourquoi il ne fait plus de chaleur ; les combustions interstitielles ont cessé de s'accomplir, bien que le sang continue d'affluer, parce qu'en effet les molécule^ agissantes sonl rendues inertes par cessation d'innervation : le consensus esl détruit.
Ce qui prouve bien qu'il y a mort dans la décapitation brusque de Brodie, malgré son insufflation artificielle, c'est que des animaux mutilés lentement^ auxquels on est arrivé à enlever ainsi lus deux hémisphères cérébraux, continuent à vivre et à produire
83â LES TEMPERATURES EXCESSIVES DANS LES MALADIES.
du calorique ; parce que, dans ce dernier cas, la vie était restée compatible avec la mutilation.
En dernière analyse, cette leçon nous conduit à ces conclusions d'apparence paradoxale :
1° La chaleur, — ce signe le plus certain de la vie dans l'animalité, — devient par son excès même l'indice le plus certain de la mort imminente ;
2° Les températures excessives avant-courières de la mort forment, des névroses convulsives au choléra, et de celui-ci aux autres maladies aiguës, une progression décroissante dont la raison est l'état d'intégrité plus ou moins complète de l'organisme du mourant ;
3° Le poumon, organe indirect de la calorification dans l'animal, — étant la surface d'absorption de l'oxygène, — est un agent direct de réfrigération, de sorte que, supprimée sa fonction, la température s'élève dans des proportions incompatibles avec la vie.