INANITIATION EXPERIMENTALE ET REFROIDISSEMENT. 8S
Nous allons voir qu'il n'en est pas et n'en saurait être ainsi dans les cas où l'organisme est lentement altéré, et où, graduellement et parallèlement à l'altération organique, la température s'abaisse.
Tel est le cas des animaux inanitiés par Ghossat. Cet habile observateur a, en effet, obtenu d'expériences remarquablement conduites ce résultat constant, à savoir : que l'inanition faisait baisser graduellement le poids et la température.
La plus frappante et la plus utile relation que donne l'émaciation résultant de l'inanitiation est que : « un animal périt lorsqu'il a perdu les quatre dixièmes de son poids normal ». L'obésité antérieure peut augmenter cette perte d'un dixième; ainsi, un animal gras ne meurt que lorsqu'il a perdu les cinq dixièmes ou la moitié de son poids normal ; ce fait a une importance pratique qui ne vous échappera pas. Dans tous ces cas, il s'agit d'un animal adulte : le jeune âge, au contraire, abaisse cette résistance à la perte de poids et la porte de quatre dixièmes à deux dixièmes ; ainsi un animal jeune meurt quand il a perdu les deux dixièmes de son poids. Ce qui rappelle l'aphorisme d'Hippocrate : « Ce sont les vieillards qui supportent le mieux l'abstinence; viennent c-nsuile les personnes dans lage mûr; les jeunes gens la supportent très mal ; les enfants moins que tous les autres (I). »
« En nourrissant un animal d'une manière insuffisante, continue Ghossat, au lieu de le priver totalement d'aliments, on retarde plus ou moins l'époque de la mort, mais on n'altère en rien la loi d'après laquelle la mort arrive. Dans l'un et l'autre cas, l'animal mcurl dès que son poids a atteint la limite de diminution compatible avec la vie. »
Au point de vue de la température, l'inanition produit des effets qui ditrèrent selon qu'il y a privation absolue de nourri* hue ou seulemenl ration insuffisante : dans ce dernier cas. l'ani-
par une dépression antérieure du système uerveui ». (On voulait Incorporer de force ce malheureux dans les bataillons de marche de II garde nationale, et il tait résulté chez lui «une grande irritatioiij un changement de caractère très marqué ; aussi le considérait-on comme ayanl le cerveau âérûngé, Gom manieation a la Société de biologie, c.azcitc médicale, Sjantfer 1871.) i) Aph. IS, édition <!<' Daremt
mal maigrit; mais si on lui donne de la nourriture, il revient à la santé; s'il y a privation absolue de tout aliment solide et liquide, il y a émaciation rapide et la température s'abaisse d'autant plus rapidement que l'émaciation est plus grande et que l'animal est soumis depuis plus longtemps à l'expérience.
Chossata constaté que, chez un homme sain, il y a oscillation diurne de la température : la température s'abaisse pendant la nuit et s'élève pendant le jour, l'oscillation est de 0°,74 à l'état normal; lorsqu'un animal est soumis à l'inanitiation, cette oscillation est en moyenne de 3°, 28, et elle est d'autant plus grande que l'émaciation fait plus de progrès. Ainsi, pour un pigeon soumis aux expériences, l'oscillation diurne, qui était de 1°,6 le premier jour (de 42°, 8 à 41°, 2), est de 4°, 5 le seizième jour (de 39°, 5 à 35 degrés).
« L'abaissement nocturne, dit Ghossat, se prolonge d'autant plus avant dans la matinée et commence d'autant plus tôt dans l'après-midi, que l'animal se trouve déjà plus affaibli par la durée préalable de l'inanitiation. »
Ainsi la résistance au froid diminue par l'inanitiation.
« Le refroidissement successif et journalier moyen prend subitement, le dernier jour de la vie, un accroissement considérable.
« Ainsi, dans les derniers jours de la vie, la chaleur animale en moyenne abaissé quarante-sept fois plus rapidement que dans chacun des jours précédents : et telle est la rapidité de ce refroidissement, qu'il est en moyenne de 0°,94 par heure pour le dernier jour de la vie. »
La chaleur minima, observée au moment de la mort, a été de 18°,5 (chez un pigeon), et la chaleur maxima 34°,2 (chez une corneille). La mort peut donc avoir lieu chez les animaux inanitiés entre 18 degrés et 35 degrés. Chossat a donc démontré qu'aux trois genres de mort admis par Bichat : mort par le cerveau, par le poumon et par le cœur, il en faut ajouter un quatrième : la mort par le tube digestif.
Ainsi, dès que l'alimentation est diminuée, la question d'inanitiation se soulève, et l'inanition complète n'est plus qu'une affaire de temps.