CHOLÉRA ET REFROIDISSEMENT
qu'alors l'hématose recommence à se faire mieux et que la réfrigération pulmonaire est moins incomplète.
Mais, comme l'ont dit quelques auteurs, le choléra asiatique est-il la maladie où la chaleur descende le plus bas ? ou bien n'y a-t-il qu'une absence de déperdition du calorique, qui n'arrive plus à la surface, par suite de la cessation du cours du sang aux extrémités, comme l'a récemment soutenu M. Marey?
Déjà M. H. Roger avait fait observer qu'il n'y a pas dans ces cas distribution inégale de la chaleur animale, mais diminution simultanée de la température intérieure comme de la température externe (1). Et ce savant observateur, ayant pris simultanément la température dans la bouche, aux mains, aux pieds, dans l'aisselle, a trouvé que le thermomètre placé dans la bouche ou dans l'aisselle a accusé une diminution de la chaleur interne, de même que, enfermé dans la main, il indiquait un refroidissement de la surface et des parties éloignées du centre circulatoire. «Il y avait, dit-il, refroidissement général; cette réfrigération étant du reste moins marquée à l'aisselle, plus prononcée dans la bouche, à son summum aux extrémités. »
Lorain, dont les idées théoriques ne s'éloignent pas notablement de celles de M. Marey, a fait cependant, sur les températures comparées dans le choléra, des recherches qui, en confirmant celles de M. Roger, ont montré que la température du rectum est toujours supérieure à celle de l'aisselle et souvent supérieure à celle de l'état physiologique. Ainsi (sur 74 malades), le thermomètre ne s'est abaissé à 34 degrés (dans le rectum) que dans un cas, à 33 degrés dans deux cas, et il n'est monté à 40 degrés que dans cinq cas; c'est entre 37 et 38 degrés qu'a lieu l'oscillation dans l'immense majorité des cas. «Ainsi, dit encore Lorain. la température centrale tend à rester constante (2). »
Lorain a encore trouve que, quand la chaleur du rectum vient à baisser, aussitôt celle de la bouche baisse dans des pro-
(1) II. Roger, Recherches expérimentales sur l'abaissement de la température dans le choléra {Actes de la Soc. méd. des hôp. de Paris, 18o(i).
(2) Lorain, Éludes de médecine clinique {le Choléra observé à l'hôpital Saint' AntoinPj.
portions énormes. Lorsque, au contraire, la courbe des températures du rectum se relève et se hausse au-dessus de la moyenne, la courbe des températures de la bouche se hausse tout près de la première et reste haut. « Cette dépense (de calorique par la bouche) fait baisser le niveau (1). r,
De tout ceci on peut conclure qu'il n'y a pas dans le choléra concentration de la chaleur vers les organes internes, mais bien réellement abaissement de la température générale. La soif vive, invoquée comme preuve par M. Marey, me semble peu probante, quant à cette concentration de calorique à l'intérieur, attendu qu'elle s'explique parfaitement, cette soif, par l'énorme spoliation de liquide résultant delà diarrhée, des vomissements et des sueurs cholériques. Il y a là un fait analogue à la soif ardente consécutive aux vastes hémorrhagies : de part et d'autre, perte de liquide par l'organisme et besoin impérieux de le recouvrer.
En résumé, le choléra asiatique est bien et dûment une maladie algide, qui entraîne un abaissement considérable de la température à la périphérie, un abaissement moindre, mais réel à l'intérieur, et où le calorique ne s'accumule centralement que d'une façon accidentelle et par le fait de l'asphyxie momentanée ou ultime.
Gela dit, quels sont les chiffres les plus intéressants et les résultats les plus pratiquement utilisables obtenus par les auteurs?
Czermak a vu la température des extrémités osciller entre 23 et 29 degrés; H. Roger a trouvé une fois 21 degrés dans la main (3 degrés et demi au-dessus de la température ambiante).
Le refroidissement des extrémités, et en particulier du nez, de la langue, des oreilles, n'est pas dans la proportion de l'abaissement de la température générale, il va bien au delà.
Au point de vue pratique, M. H. Roger admet que dans le choléra le thermomètre peut servir au pronostic : l'abaissement étant synonyme de danger. Dans toutes ses observations, sauf une seule, la mort eut lieu lorsque le thermomètre avait marqué moins de 32 degrés dans la bouche et moins de 23 degrés dans la
(1) Lorain, op. cit.