CANCER DU TUBE DIGESTIF ET REFROIDISSEMENT, S
Voici les chiffres des derniers jours, où la mort s'annonçait par l'altération profonde des traits et l'impossibilité de rien prendre :
17 février, matin. . . . 36°59 Soir. . . . 36<>,3
Chez le malade du n° 43 de la salle Saint-Paul, atteint de cancer du duodénum, qui resta dans notre service du 26 mai au 22 juillet, la température axillaire fut, un mois avant la mort, aux environs de 35 degrés.
14 juin, matin 35°,2 Soir. . . . 35°,6
Elle ne remonta jamais au-dessus de 36°, 4 dans le cours du mois, retomba à 35°, 2, puis resta aux alentours de 36 degrés pendant les premiers jours de juillet. Malheureusement la température des derniers jours de la vie n'a pas été prise.
Mais ce que nous apprend cette observation, c'est que, dans ces maladies d'inanition, la température peut tomber à 35 degrés plus d'un mois avant la mort, et que, par conséquent, cet abaissement notable de la température n'annonce pas la mort très prochaine, comme elle le fait dans le cas d'une maladie aiguë. Cependant il indique une altération profonde de la nutrition et, en général, une lin qui ne tardera pas trop. Récemment encore, je l'ai observé chez un malade atteint de cancer de l'estomac et qui mourut le lendemain de son entrée dans mon service ; la chaleur axillaire était, le soir de son admission, de35°,l.
Dans un autre cas de cancer de l'estomac, d'inanitiation par cancer et d'abaissement de la température par humiliation, Yhypothermie fut d'autant plus intéressante qu'elle coïncida avec le délire ; de sorte que, si l'on voulait conclure de ceci à cela, on pourrait dire que Yhypothermie fait délirer, comme fait l'hyperthermie, et avec tout autant ou aussi peu de raison dans un cas que dans l'autre. Chez ce malade, entré salle Saint-Michel, n° 18, le 4 novembre 1880, qui vomissait toute espèce de choses, peter. — Clin. méd. B« édit, II, -51
la température axillairc était de 35°, c2 dans les derniers jours de la vie, et alors qu'il délirait.
Nous avons vu la chaleur tomber au-dessous môme de 35 degrés (à 34°, G) chez une phthisique, qui avait en même temps de la démence sénile et refusait ordinairement les aliments, ou plutôt ne songeait pas à manger. A peine la religieuse du service pouvait-elle lui faire prendre un à deux biscuits par jouret 200 grammes de vin environ. La température fut, du 10 février au H :
Le 10
févr-
ier, matin. .
Soir. .
Enfin, chez la femme du n° 6 de la salle Saint-Charles, atteinte diiirinémie, et qui vomissait tout, la température ne s'arrêta pas dans sa décroissance à 35 degrés, mais atteignit même le chiffre extrême de 34°, 5, trois heures avant sa mort. Or, cette malade passa les derniers jours de sa vie dans un état comateux entrecoupé de délire et de rêvasseries, et elle eut, également à cette période ultime, des épistaxis, des ecchymoses multiples, un saignement gingival et enfin une hémorrhagie utérine qui ne cessa qu'avec la vie. A l'autopsie, nous trouvâmes les reins ratatinés, au point de n'avoir plus que le volume de ceux d'un enfant de cinq ans ; à la coupe, ils présentaient l'aspect de la chair d'anguille et leurs tubuli sécréteurs étaient tous dégénérés : les uns granuleux, les autres, et c'était le plus grand nombre, hyalins. Quant au foie, il était cirrhotique. La membrane muqueuse de l'estomac était mamelonnée et ardoisée. Toutes ces lésions étaient celles de l'alcoolisme. Mais la seule chose qui nous importe à propos de cette femme, c'est que la température baissa aux derniers jours de sa vie, et que nous avons trouvé chez elle une suppression presque complète des principaux organes thermogènes, tels que le foie et les reins (1).
(1) Dans un très intéressant travail publié dans le Mouvement médical (n° 2, p. 15, 1872), M. Bournevillc a rapporté, entre autres, deux observations recueillies par lui et où la température descendit plus bas encore : ainsi, dans un premier cas, la température rectale était, la veille de la mort, de 30°,1. A l'autopsie, on trouva dans le rein gauche, qui ne pesait que 75 grammes, « une atrophie