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CANCER DE L ESTOMAC ET TUBERCULISATION

Le malade de M. Empis était un homme de quarante ans, qui toussait depuis cinq à six mois, mais éprouvait des troubles de la digestion depuis près d'une année; lesquels troubles consistaient en douleurs à l'épigastre et en vomissements assez fréquents — mais non pas quotidiens — de ses aliments. On constatait, dans presque toute l'étendue de l'épigastre, une tumeur qui devait siéger à la grande courbure, et qu'on reconnut être un cancer de l'estomac; mais ce malade ne faisait pas que tousser : il crachait, et le produit de son expectoration était mucosopurulent. L'auscultation révélait l'existence de cavernules à chaque sommet et de craquements humides dans près de la moitié supérieure des poumons. Il y avait donc des tubercules dans ces organes. Le malade mourut dans le dernier degré du marasme, et l'autopsie ne fît que confirmer l'exactitude du double diagnostic. L'estomac était envahi, tout le long de sa grande courbure et dans une grande partie de ses faces antérieure et postérieure, par des masses encéph al oïdes, ramollies et ulcérées; chose remarquable, le pilore était respecté; ce qui expliquait et la longue durée de l'affection cancéreuse et la rareté relative des vomissements. Quant aux poumons, on y voyait des cavernules aux somme ls, ainsi que des tubercules et des granulations grises disséminées du haut en bas.

Cet homme, dont on peut rapprocher le cas de celui du malade de M. Gallard (I), était entré à l'hôpital avec sa double lésion de l'estomac et des poumons, de sorte qu'on n'avait, pour déterminer l'antériorité de l'une sur l'autre, que les données fournies par le récit du malade. Mais voici un cas où la succession des accidents est nettement établie et où l'on voit l'affection de l'estomac précéder d'un assez long temps la lésion pulmonaire.

Une femme de vingt-six ans entre, le 23 août 1873, dans mon service de l'hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Agathe, n°3, pour des accidents gastriques. Ori constate, à l'épigastre, au-dessous du rebord des fausses côtes gauches, l'existence d'une tumeur de 5 centimètres de diamètre environ, dure, non bosselée, sans adhérence à la peau et assez douloureuse à la pression. Cette

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tumeur est soulevée par les battements de l'aorte abdominale. 11 n'est pas douteux qu'elle ne soit indépendante de la rate, et il paraît infiniment probable qu'elle siège à la grosse tubérosité de l'estomac. Les troubles fonctionnels consistent dans de véritables accès de douleur, pendant lesquels la malade vomit. Ces vomissements surviennent plusieurs heures après le repas.

La malade dit avoir reçu, neuf ans auparavant, au niveau de l'estomac, un violent coup de coude dont elle aurait beaucoup souffert. Les douleurs auraient persisté pendant quatre mois, au bout desquels elle dit avoir vomi une assez grande quantité de sang noir. Elle fut alors forcée de garder le repos pendant six semaines, après quoi elle a pu reprendre son travail. Elle vécut ainsi jusqu'au moment de la guerre, en 1870, travaillant sans se plaindre, bien que se sentant toujours débile. L'appétit était des plus médiocres, et la douleur épigastrique reparaissait de temps en temps.

Au commencement de 1870, la malade a été prise de vomissements qui ont rapidement cessé après l'administration d'un vermifuge, lequel détermina l'expulsion d'un tœnia. Elle resta à Paris pendant le siège et la Commune, comme fille de service, et supporta assez bien les fatigues et le manque de nourriture. Cependant il lui arrivait, une fois par mois environ, d'avoir des vomissements ; elle rendait alors ses aliments, quelquefois aussitôt après les avoir pris, d'autres fois deux ou trois heures après leur ingestion. Quant à la douleur épigastrique, elle n'avait jamais disparu.

En septembre 1871, la malade alla dans son pays, où elle fut prise de vomissements qui se répétaient deux ou trois fois chaque jour. Elle ne rendait alors, et en assez grande quantité, qu'un liquide incolore et filant; elle avait complètement perdu l'appétit, et l'odeur seule des aliments provoquait les vomissements. C'est au commencement d'octobre de cette même année 1871 qu'ont commencé les douleurs violentes qui font encore, par moments, si cruellement souffrir la malade, et dont j'ai parlé tout à l'heure. Elle resta ainsi à la campagne jusqu'au mois de janvier 1873. Dans cet inter\alle de temps, on lui appliqua, au creux de l'estomac, desvésicatoires, des emplâtres révulsifs, des cautères

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