‹ Leðcons de clinique mâedicaleChapitre 47 sur 282 · VIE CIVILISÉE ET AIR RUMINÉ · texte numérisé non relu

VIE CIVILISÉE ET AIR RUMINÉ

Pour en revenir à l'air respirable, vous est-il jamais arrivé de visiter les spacieux appartements d'un château inhabité, et où tout, portes, fenêtres, volets, était hermétiquement clos? moins noblement, êtes-vous jamais entré dans une vaste grange bien fermée? l'air n'y est pas souillé, puisque personne n'y habite, il est en quantité plus que nécessaire, puisque l'espace est étendu, et cependant un indéfinissable malaise survient dès qu'on le respire : c'est que cet air est resté immobile, stagnant; qu'il a croupi; qu'il est, passez-moi l'expression, de l'air mort.

Voyez-vous, le mouvement c'est la vie, ou, plus exactement, la vie c'est le mouvement, car c'est l'acte; et la vie ne se comprend pas sans acte ; réciproquement, l'immobilité, le statu quo c'est la mort. Dans le monde organique l'acte est spontané, dans l'inorganique il est communiqué ; mais c'est toujours un acte. Eh bien, comparez l'eau vive (la locution vulgaire n'est pas une pure métaphore), comparez cette eau vive, qui coule rapidement, docile à la pesanteur, comparez-la à l'eau stagnante; autant la première est attrayante et savoureuse, animée qu'elle est par l'air dissous, électrisée qu'elle est par le frottement, autant la seconde est repoussante d'aspect, d'odeur et de goût, envahie comme on la voit par les végétations protoorganiques qui se développent sur tout ce qui meurt ou est mort, et se hâtent, sous les formes les plus rudimentaires, de recommencer la vie. Or, il en est de l'eau vive comme de l'air vif, l'un et l'autre ne valent que par le mouvement dont ils sont animés; immobiles, stagnants, ils perdent leurs qualités, ils « sentent le moisi ». S'il nous était donné de voir comme de sentir ce qu'il y a de mauvais dans l'air renfermé et stagnant, peutêtre y constaterions-nous la présence de moisissures analogues, au volume près, à celles qu'on trouve dans les eaux croupissantes.

En attendant que l'investigation microscopique ail l'ail cette découverte, notre odorat a fait la sienne : il seul, el nous en avertit, que tel air « n'esl pas bon » ; que si, maintenant, nous pasions outre, la maladie est la conséquence du mépris où nous avons tenu sou avis. L'organisme humain est le réactif de l'atmosphère : il répond par la maladie à telle qualité nuisible de l'air,

Donnez-moi un marais, plus un organisme humain, et je vous rendrai une fièvre intermittente. Eh bien, donnez-moi une grande ville avec son hygiène dépravée, et je vous rendrai une population de tuberculeux. Mais, dans ce dernier cas, ce n'est pas directement, comme pour la maladie palustre, que l'individu a été affecté, c'est indirectement qu'il est devenu tuberculeux : l'inanitiation par la mauvaise qualité de l'air a commencé la déchéance organique, des causes multiples et connexes l'ont achevée; la tuberculisation n'a été qu'une résultante.

« En Amérique, dit Mac Gormac, les ravages de la tuberculisation sont tout simplement effrayants. Et cependant le climat, si l'on savait s'y adapter, est le plus habituellement agréable, et l'air, à toutes les heures du jour, généralement d'une douceur et d'une pureté célestes. » Les Indiens, qu'il a vus par centaines sur les bords des grands lacs, « sont des hommes magnifiques; les jeunes gens sont droits et élancés comme les pins de leurs forêts, et leur démarche légère comme celle des daims. La plupart de leurs femmes avaient des formes splendides : mamelles plantureuses, larges hanches, dents de perle, yeux pleins de douceur, cheveux admirables et maintien des plus gracieux. » Quelle différence avec les Américaines à la gorge plate, à la taille courbée parla faiblesse, et si frêles que Mac Gormac dit n'en avoir jamais vu de telles ailleurs! G'est que l'Indien vit en plein air, tandis que r Anglo-Américain vit renfermé, « La plupart mangent trop, boivent trop, fument trop et trop longtemps. Ils sont à la fois trop indolents et trop affairés pour vivre suffisamment au dehors. Quant à leurs femmes, elles ne sortent pas l'été parce qu'il fait trop chaud, ni l'hiver parce qu'il fait trop froid; et leurs chambres, chauffées comme des étuves dans la saison froide, non ventilées en toute saison, achèvent l'œuvre de destruction. »

De son côté, Bennet cite des faits qui démontrent les mauvais résultats d'une insuffisance de l'air respirable. 11 venait de traverser, dans les montagnes de l'Ecosse, plusieurs villages formés de misérables cabanes, faites de branchages et de boue, et ouvertes à tous les vents, lorsqu'il atteignit un joli village moderne. Les maisons en étaient solidement bâties en pierre de taille, couvertes d'ardoise et situées sur une éminence. Gomme Bennet compli-

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