VILLAGEOIS A LA VILLE ET TUBERCULISATION
culisation; mais ce qu'on doit comprendre, c'est que le scrofuleux se tuberculise plus facilement que tout autre, en raison de la prédominance de son système lymphatique ; et qu'il engendre des enfants qui, étant nés faibles, sont nés facilement tuberculimbb>s, de sorte qu'étant réalisées les causes tuberculisanles, il se tuberculisera. Ainsi peut-il en être de tous les enfants des diathésiques, comme nous le verrons bientôt. C'est la p?'cdisposition.
Les faits nous montrent donc les fortes races campagnardes se tuberculisant dans les villes en raison de leurs besoins, et les faibles, de leur peu de résistance.
Mais il n'y a pas que les pauvres et les travailleurs qui se tuberculisent à la ville ; il en est souvent ainsi des riches et des oisifs, qui se placent volontairement dans les conditions où se fait le tubercule. Tels certains lils de famille, dont, l'hiver, la vie se passe dans les cercles, où ils mettent en commun leur paresse et leur ennui. Là, réunion de toutes les causes déprimantes : air confiné, soleil exclu, exercice nul, et par suite étiolement; par surcroît, tabagisme, alcoolisme, jeu, et le reste ; aussi dépérissement progressif, tuberculisation terminale ; et l'on va finir tristement au Caire ou à Menton.
Je n'insiste pas, préférant vous citer encore quelques cas très probants de tuberculisation par la vie urbaine.
Voici, par exemple, un fait de tuberculisation manifestemenl acquise à la ville par une demoiselle de village qui n'y était guère prédestinée. Son père était un des hommes les plus vigoureux que j'aie jamais vus ; il est mort récemment, à soixante- dix-huil ans, d'accidents cérébraux, ayant toutes ses dents et tous ses cheveux, possédant môme à cet âge avancé des facultés qui ne sont plus de cet âge. Eh bien, cet homme eut de sa femme, villageoise comme lui, et qui a quatre-vingts ans maintenant, deux enfants. L'un, le fils, robuste comme son père ci nerveux comme sa mère, ayant actuellement la cinquantaine, est médecin d'une petite ville de Bourgogne d'où il rayonne continuellement dans la campagne ; il mène cette vie fatigante et tout extérieure que beaucoup d'entre vous mèneront sans doute — et je vous la souhaite — toujours par la ville ou tOUJOUW par les champs sous
le soleil on s,, us ia pluie, dans le temps calme ^^ la tompôte,
mais réparant comme il dépense, largement ; mangeant solidement et respirant à pleine poitrine l'air délicieusement pur des vallons de la Côte-d'Or ; eh bien, à ce genre de vie, où toutes les facultés trouvent harmonieusement leur emploi, celles de l'intelligence comme celles de la matière, il doit d'avoir la santé la plus parfaite. Or savez-vous ce qu'est devenue sa sœur ? Elle est morte de phthisie fébrile continue ; et voici de quelle façon : ayant hérité de son père son tempérament sanguin comme aussi sa vigueur, elle la dépensait au village en activité matérielle ; demoiselle de campagne, elle ne dédaignait pas d'aller aux champs pendant la fenaison et la moisson, et, tout le long de l'année, cultivait de sa personne les fleurs de son jardin. Elle se maria, pleine de sève et de santé, quitta le village pour la ville (précisément celle où son frère est médecin), changea l'air vif et vivifiant des grands bois du Morvan pour l'air immobile et tiède d'une obscure arrière-boutique ; ambitieuse et fière, elle y eut toutes les douleurs de l'ambition déçue et de l'orgueil cruellement froissé.
Sous l'influence de ces modifications profondes de la vie physique et morale, elle commença par pâlir et perdre une partie de sa vigueur et de son embonpoint ; puis elle eut, par surcroît, des désordres digestifs assez considérables, provoqués par la présence d'un taenia dont elle se débarrassa assez difficilement. Enfin, dans la onzième année de sa résidence à la ville, en 1858, elle toussa, pâlit et maigrit davantage ; la menstruation se dérangea, et son frère constata avec stupeur les signes d'une tuberculisation commençante. On vint à Paris consulter : le diagnostic ne pouvait malheureusement qu'être confirmé ; la fièvre était continuelle, et en trois mois, malgré les soins les plus dévoués comme les plus sagaces, la pauvre jeune femme mourut. Elle avait trentetrois ans : cette même année, sa grand'mère maternelle mourait aussi, mais d'un accident de vieillesse, la gangrène sénile, à l'âge de quatre vingt-huit ans.
Ce cas semble fait à dessein pour démontrer comment on se tuberculise : absence de toute influence héréditaire — au contraire, origine exceptionnellement saine — transplantation de la campagne à la ville, claustration, étiolement, rumination de l'air, troubles digestifs, tuberculisation.