‹ Leðcons de clinique mâedicaleChapitre 56 sur 282 · QUARANTE ET UNIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUARANTE ET UNIÈME LEÇON

Comment on se tuberculise (suite). — Les maladies générales aiguës et la tuberculisation. — Fièvres éruptives et fièvres continues. — Comment la rougeole peut conduire à la tuberculisation. — Comment y conduisent la coqueluche et la grippe. — Comment aussi la fièvre typhoïde. — Que la scarlatine n'est pis antagoniste de la tuberculisation. — Qu'il en est ainsi de la variole et de la fièvre typhoïde. — C'est l'épuisement, d'où qu'il vienne, qui l'ait qu'on se tuberculise. — L'alcoolisme et la tuberculisation. — Cirrhose du foie et tuberculisation.

Messieurs,

Nous venons de voir l'influence funeste de la sédentarité sur l'ouvrier des villes; nous allons voir celle de Yalcoolisme.

Un simple fait de clinique va nous permettre d'aborder, de discuter et de résoudre de grosses questions doctrinales : \° Certaines affections aiguës générales prédisposent-elles à la tuberculisation ou lui sont-elles antagonistes? 2° En est-il ainsi de l'alcoolisme?

11 me semble d'abord que ces questions sont mal posées : elles sont trop générales, et deviennent ainsi des abstractions. De façon qu'au lieu de chercher à les résoudre à l'aide de faits soigneusement observés et dans tous leurs détails, lesquels prouvent alors chacun par soi-même et pour soi-même, on invoque la statistique, qui, dans l'espèce, est une autre sorte d'abstraction, car elle opère sur des nombres bruts, dont elle ignore absol ument la valeur, et qu'elle considère néanmoins comme comparables; ce qui n'est pas.

Oue si, an contraire, vous ave/, vu, personnellement cl attentivement vu, ;■ la suite immédiate d'une fièvre éruptive quelconque, ou de la dothiénentérie, ou de la coqueluche, ou d'une autre

affection générale aiguë, la tuberculisation se développer chez un sujet jusqu'alors indemne, il vous est impossible de ne pas entrevoir dans cette succession de phénomènes une relation de causalité, comme de ne pas attribuer à l'atteinte portée à l'organisme par l'affection aiguë la germination du tubercule.

Par exemple, Rilliet et Barthez disent avoir observé la tuberculisation après la rougeole une fois sur 1 1 cas, et les chiffres de Michel Lévy sont les mêmes ; tandis que Grisolle, opposant statistique à statistique, n'a vu la tuberculisation suivre la rougeole dans aucun des 100 cas observés par lui au lycée Henri IV. Qui ne voit dans ces chiffres contradictoires l'expression d'une différence de population et de milieu ? Qui ne voit que les petits pauvres de l'hôpital des Enfants ne sont pas comparables aux petits riches du lycée Henri IV, et qu'il en est ainsi des soldats du Val-de-Grâce ? qu'on ne peut davantage comparer les salles encombrées des hôpitaux à l'infirmerie du lycée, où l'encombrement est inconnu? que, d'ailleurs, les soins prodigués sont tout autres ici que là ?

L'analyse explique ainsi les divergences de chiffres.

La vérité, dans cette affaire, est que « tout ce qui débilite est une occasion éloignée de tuberculisation » , et que « tout ce qui achève de débiliter en est une occasion prochaine ». Ainsi se trouve affirmativement résolue la première question qui nous occupe : « Certaines affections aiguës générales prédisposent à la tuberculisation. »

De sorte aussi que la seconde question : « Est-il des affections aiguës qui soient antagonistes de la tuberculisation?» est par avance résolue négativement : tout le monde pouvant se tuberculiser.

Pour en revenir à la rougeole, c'est parce qu'elle est une affection catarrhale des bronches et de l'intestin ; c'est parce qu'elle spolie l'organisme par ces deux voies et surtout par la voie intestinale ; c'est parce qu'elle entraîne ainsi une grande débilitation, et non pas seulement parce qu'elle est accompagnée de bronchite, que la rougeole prédispose à la tuberculisation pulmonaire. Enfin c'est parce que ces flux achèvent de débiliter les petits êtres débiles déjà de l'hôpital que la tuberculose fait explosion.

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