GUÉRISON POSSIBLE DU TUBERCULE ET DU TUBERCULEUX
su en guérir; si donc, par impossible, cet homme avait renoncé à ses funestes habitudes d'alcoolisation, c'aurait été un tuberculeux guéri. J'ose en effet vous affirmer que vous ne verrez de longtemps une cicatrisation aussi parfaite que celle que vous trouiez ici au sommet du poumon gauche. Un tel fait est pour vous apprendre que le tuberculeux peut guérir, mais à cette condition qu'il soit soustrait à l'influence morbifique initiale. Pour l'ivrogne, la chose est peu facile, l'infraction à l'hygiène ressortissant à la psychologie morbide («qui abu boira! »); mais il est des cas plus heureux. Soit, en effet, une de ces malheureuses ouvrières des villes dont je vous ai retracé le triste genre de vie ; il est incontestable que, si vous lui faites prendre un exercice suffisant, si vous lui donnez une alimentation convenable, si vous lui faites respirer l'air salubre des champs, il est incontestable, dis-je, que la guérison, dont vous observez ici un exemple suivi de récidive, pourra s'opérer sans retour offensif. De sorte, enfin, que si cette autopsie semble proclamer notre impuissance, elle nous montre, en réalité, que la guérison d'un tuberculeux est possible, et que, la tuberculisation étant reconnue, nous avons, pour ne pas nous décourager, à tenir grand compte de l'étiologie.
Pour en revenir aux lésions tuberculeuses, nous trouvons une cicatrice au sommet du poumon gauche, puis dans les deux poumons des altérations plus ou moins avancées ; on peut donc en conclure qu'il y a eu plusieurs poussées successives de tuberculisation, et que la cicatrice observée correspond vraisemblablement à la poussée dénoncée par l'hémoptysie d'il y a vingtdeux ans. Vous voyez ici la vérification de ce qu'ont dit sur la cicatrisation des poumons tuberculeux Laennec, Andral, Uogée, etc. Ce dernier disait que la cicatrisation se fait avec persistance de la cavité ; ce qui est une assez mauvaise expression ; il reste plutôt ce que Laennec a appelé une fistule pulmonaire. 11 peut y avoir, au contraire, ratatinement, froncement des tissus et accolement des parois par du tissu cicatriciel; c'est la une véritable cicatrisation, tandis que, dans le cas de fistule, il n'y a, à proprement parler, qu'une caverne guérie. Elle peul encore guérir (vous en voyez un exemple Ici) par une infiltration de
matière crétacée se substituant molécule pour molécule à la matière caséeuse. Vous avez encore ici quelque chose de bien intéressant ; d'une dépression, assez considérable pour que j'y puisse introduire la première phalange de mon doigt, part une fausse membrane épaisse qui s'attache à la paroi thoracique ; il n'est donc pas douteux qu'il y a eu là une pleurésie de voisinage. La dépression dont les parois sont ratatinées contenait à son centre un petit noyau crétacé qui a disparu.
Ainsi, voilà qui est certain : cet homme, tuberculeux il y a vingt-deux ans, s'est d'abord guéri ; mais, plus tard, il a eu d'autres poussées successives, du sommet à la base, où l'on trouve des granulations naissantes exclusivement formées de cellules et de noyaux de tissu conjonctif.
Vous savez que le malade nous avait été envoyé pour une affection aiguë ; nous avions jugé que c'était une pneumonie tuberculeuse (infiltration grise de Laennec) ; vous voyez la vérification d'un diagnostic qui s'appuyait surtout sur le bruit de souffle entendu pendant la vie dans tout le lobe supérieur. Quant aux quelques râles qu'on percevait à la partie externe de la clavicule, un petit point, déjà ramolli à ce niveau, les explique suffisamment.
Maintenant, pourquoi cet homme est-il mort phthisique à soixante-deux ans, et non pas vingt ans plus tôt? Vraisemblablement, parce que d'abord il avait un organisme plus résistant, alors qu'il était plus jeune de vingt ans ; ensuite parce que, privé du sommet de son poumon gauche, il avait ainsi une surface d'hématose moins considérable qu'il y a vingt ans.
Ce n'est pas tout : je vous ai dit qu'il avait une laryngite, due vraisemblablement à la fois à l'alcool et à la tuberculose.
Eh bien, vous trouverez le tiers postérieur de la corde vocale droite détruit par une ulcération. L'inflammation s'est continuée dans la trachée-artère, et on y trouve sur la muqueuse deux ou trois ulcérations de l'étendue d'une lentille.
Messieurs, je ne saurais trop vous le répéter, cette autopsie vous présente un ensemble de faits complexes dont la cause initiale, l'alcoolisme, peut seule vous bien faire saisir l'enchaînement. D'autre part, à côté de lésions tuberculeuses profondes,