DÉFICIT ORGANIQUE ET TUBERCULISATION TERMINALE
La forme commune est habituellement observée dans les hôpitaux de Paris; c'est celle de notre malade du n° 7, qui finit avec des cavernes pulmonaires et au dernier degré du marasme. Lorsque les diabétiques « meurent lentement, dit M. Bouchardat, toujours leur fin est accompagnée du développement de tubercules dans les poumons ; » et à l'appui il rapporte que, dans 19 autopsies de diabétiques auxquelles il a assisté, il a constamment rencontré des granulations grises. C'est dans la proportion de 43 pour 100 que les diabétiques succombent à la phthisie pulmonaire, d'après Griesinger. Mais ce sont là des statistiques d'hôpital; je veux dire que la tuberculisation pulmonaire est moins fréquente chez les diabétiques delà classe fortunée, ainsi que le fait justement remarquer Marchai (de Calvi).
« Il faut bien distinguer, me disait Trousseau, le diabétique gras du diabétique maigre ; le premier résiste parfois indéfiniment à son diabète, tandis que le second en meurt assez rapidement, et souvent alors par phthisie.» Comme Marchai (de Calvi), il importe également de distinguer le diabétique riche du diabétique pauvre, et enfin le diabétique primitivement vigoureux du diabétique originairement débile. Au fond, tout cela est une question de réparationsuflisante, c'est-à-dire d'aptitude digestive proportionnelle aux pertes et d'abondance alimentaire. Néanmoins, même chez les vigoureux, même chez les riches, il arrive une période où les organes s'épuisent à ce travail de Danaïde et où l'organisme tombe en déficit. Tel était le cas d'un Américain, qui se savait diabétique, se traitait méthodiquement, examinant tous les jours ses urines au polarimètre et s'observant avec la plus scrupuleuse attention. Sa fortune lui permettait le choix le plus méticuleux des aliments et le plus grand confort ; néanmoins, quand je fus appelé à le voir, il se mourait de la phthisie pulmonaire la plus commune, avec cavernes, lièvre hectique et marasme, après avoir été autrefois gras et robuste.
Kn effet, le diabétique ne reste gras, malgré ses pertes quotidiennes, que parce qu'il répare chaque jour à très peu près proportionnellement à ces pertes; — et ainsi peuvent aller longtemps les choses : aussi longtemps, d'une part, que l'estomac suffit à l'excès de travail auquel il esl soumis sans relâche, el que,
d'autre pari, les aliments qui lui sont fournis suffisent également en quantité comme en qualité. Si, par exemple, le diabétique perd chaque jour comme 10 par sa glycosurie, et qu'il répare comme 9,999 par sa digestion, le déficit tardera longtemps à se manifester; mais si, en raison de la faiblesse stomacale ou delà pénurie alimentaire, perdant comme 10, il répare seulement comme 9,99, la banqueroute physiologique arrivera 10 fois plus tAtpour lui. Ainsi, le débile ou le pauvre succombera plus rapidement au diabète que le vigoureux ou le riche.
Ce qui ne veut pas dire que ceux-ci — j'entends le riche et le vigoureux — ne finissent par succomber à leur tour, et par succomber directement ou indirectement à leur affection même; car, si minimes que soient leurs pertes quotidiennes, elles ne s'en accumulent pas moins à la longue ; et, si vigoureux d'ailleurs que soit leur estomac, il s'épuise néanmoins à cette lutte sans merci; de sorte que le diabétique primitivement vigoureux, enfin débilité, se trouvera un jour sans défense contre les actions extérieures, et mourra de pneumonie, s'il ne périt pas de gangrène diabétique. Ou bien, à la suite d'accidents périphériques multiples, d'abcès ou d'anthrax, il perd à la fois et définitivement son embonpoint comme sa force, et tombe ainsi dans la catégorie des diabétiques maigres, avec toutes les conséquences de ce nouvel état. Malheur donc au diabétique gras qui maigrit : il a perdu son aptitude à réparer, et sa fin est prochaine.
Un cas historique pour nous, qui avons connu la vigueur exceptionnelle du sujet et la richesse de son tempérament sanguin (il s'agit d'un de nos collègues, du docteur Tessier, l'homœopathe), un cas historique, dis-je, mérite de vous être ici rapporté; je n'en sais pas de plus probant quant à la genèse de l'amoindrissement progressif de l'organisme par le diabète et quant à la pathogénie de la tuberculisation pulmonaire par cet amoindrissement. Tessier était diabétique — diabétique gras — et, de par son diabète, dit le docteur Jousset, il avait une éruption habituelle à la face palmaire des doigts ; pour les mêmes raisons, il était sujet à des abcès furonculeux et à des anthrax. Les abcès, qui se développaient souvent aux aines et ver? l'anus, s'accompagnaient toujours d'une excessive faihkssp.