COMMENT L IDEE TRISTE AMOINDRIT LA VITALITÉ
2° Paralysie générale, 672 décès, dont 15 par phlhisie ; moyenne, 2,23 pour 100, proportion très faible ;
3° Démence, suite de manie ou de diverses affections mentales, 140 décès, dont 5 par phlhisie ; moyenne, 3,75 pour 100;
4° Idiotie, 34 décès, 13 par phthisie ; moyenne, 38,22 pour 100, proportion très élevée ; mais qui s'explique, dit M. le docteur Bergonier, par les conditions organiques des sujets ;
5° Epilepsie, 151 décès, dont 15 par phthisie ; moyenne, 9,95 pour 100, qui se rapproche sensiblement de la moyenne de la statistique générale, quoique cependant un peu plus faible.
Ces chiffres confirment, vous le voyez, ce que j'avais dit dès 1866, et M. Bergonier en conclut avec raison que les mélancoliques payent à la phthisie un plus large tribut que ceux qui sont atteints d'un autre genre d'affection mentale (les idiots exceptés).
Quant au mécanisme de la tuberculisation des mélancoliques, .ilesttout à la fois, ainsi que vous l'allezvoir, celui de l'inanitiation par les voies digestives et par les voies respiratoires. Voici d'abord pour l'inanitiation par les voies digestives :
Le délire mélancolique poussé à sa limite extrême, dit Marcé, amène chez les malades un sentiment si profond d'anéantissement, qu'ils croient être morts. On les voit alors muets, les yeux fermés, immobiles dans le décubitus dorsal, ne répondant ni par paroles ni par gestes aux interpellations de ceux qui les entourent, refusant de manger et répétant à voix basse à longs intervalles « qu'ils sont morts ».
Aussi voit-on, dit M. Bergonier dans la première période de la mélancolie, sous l'influence de l'abstinence et des troubles gastriques qu'elle entraîne, les malades maigrir d'une façon rapide et devenir très impressionnables aux influences extérieures. Les forces sont déprimées, le visage est pâle, le regard terne, les mouvements du corps lents, la démarche chancelante, la voix presque éteinte et le corps refroidi à la périphérie.
Voici maintenant pour l'inanitiation par les voies respiratoires, et la démonstration en est empruntée aux recherches de Marcé, Cet auteur a constaté que, chez les mélan coliques en étal de Btupeur, le rapport entre le pouls et la respiration n'était plus le
rapport normal ; qu'ainsi, lorsque la stupeur est profonde, le nombre des respirations relativement au nombre des pulsations est de beaucoup inférieur à la moyenne physiologique. Au contraire, la dépression devient-elle moins intense, les rapports normaux entre le pouls et la respiration tendent à reparaître ; la stupeur s'aggrave-t-elle, la circulation s'accélère sans que le nombre des respirations augmente proportionnellement, ou bien encore la respiration se ralentit sans aucune modification dans la circulation.
Par exemple, le rapport physiologique entre la respiration et le poulsestde I respiration pour 2,5 à 3,5 pulsations, ou en moyenne de 1 respiration pour 3 pulsations. Eh bien, chez un mélancolique avec stupeur des plus profondes, ce rapport de 1/3 peut tomber à 1/5,5 et à 1/4,8 (14 respirations pour 77 pulsations d'abord, puis, plus tard, 20 respirations pour 96 pulsations) ; chez un autre mélancolique, on avait, à des jours différents, 21 respirations pour 106 pulsations ; 26 respirations pour 92 pulsations; 20 respirations pour 102 pulsations (c'est-à-dire des rapports de 1/5, de 1/3,5 et de 1/5). Chez une femme dans la stupeur, il y avait 22 respirations pour 112 pulsations, c'est-à-dire un rapport de 1/5, et, un jour de légère excitation, 22 respirations encore pour 90 pulsations, c'est-à-dire un rapport de 1/4, qui se rapproche de la moyenne. Chez une autre femme ayant des alternatives de stupeur et d'excitation, on trouvait, par exemple, dans la période de stupeur, 15 respirations pour 75 pulsations, c'està-dire très exactement 1/5, et dans la période d'excitation 23 respirations pour 71 pulsations, ou un rapport de 1/3, qui est la moyenne physiologique.
Les recherches de M. Bergonier concordent de tous points avec celles de Marcé ; M. Bergonier a noté, d'ailleurs, que non seulement les respirations sont moins fréquentes chez les mélancoliques dans la stupeur, mais qu'elles sont aussi plus faibles ; ce qui rend l'hématose doublement insuffisante.
M. Bergonier attribue avec juste raison à cet amoindrissement de l'hématose la tendance qu'éprouvent les mélancoliques à se mettre en équilibre de température avec l'air extérieur ; ce qui les rapproche des animaux inanitiés de Chossat. Par exemple,