‹ Leðcons de clinique mâedicaleChapitre 68 sur 282 · COMMENT L'IDÉE TRISTE AMOINDRIT LA VITALITÉ. H · texte numérisé non relu

COMMENT L'IDÉE TRISTE AMOINDRIT LA VITALITÉ. H

chez certains malades observés par M. Bergonier on trouve les chiffres intéressants que voici :

Chez un homme de trente-cinq ans, mélancolique avec stupeur, qui refusait de manger et présentait des signes douteux de phthisie, la température centrale (axillaire, sans doute) était de 36 degrés, et même un jour de 35 degrés, bien qu'il y eût ce jour là 100 pulsations ; et la température périphérique suivait à peu près exactement les oscillations de la température extérieure, elle était de :

21° pour 18° à l'air ambiant, 20° — 17° —

18° — 17° — (ce jour-là était celui où

la température centrale était de 35°).

Chez un autre mélancolique avec stupeur profonde, la température centrale étant encore de 3G degrés et même un jour de 35 degrés, la température périphérique était de 22 à 23 degrés pour 17 degrés à l'air ambiant.

Ce n'est pas impunément qu'il y a par minute 10 à 15 respirations seulement et que ces respirations sont plus faibles ; la diminution dans le nombre et l'ampleur des inspirations entraîne nécessairement une moindre oxygénation du sang; peu à peu les capillaires sont distendus par un sang chargé d'acide carbonique, d'où la cyanose des mains, du nez, des lèvres, des joues, chez les mélancoliques ; d'où aussi l'œdème de la face, le refroidissement de leurs extrémités.

Aussi encore toutes les sécrétions sont-elles languissantes ou nulles ; l'exhalation cutanée est notablement diminuée ; la sueur, absente ; la salive, rare ; l'excrétion d'acide carbonique par les poumons, notablement affaiblie : c'est, en un mot, la vie au minimum, une vitalité au-dessous de celle du polype, qui, lui au moins, veut manger et meut ses tentacules pour saisir son aliment.

Ce qui achève de démontrer cet amoindrissement de la vie chez le mélancolique, c'est la diminution dans le chiffre de l'urée excrétée, fait concordant avec l'abaissement de la température et celui de l'hématose. D'après M. Ch, Robin, l'homme sain

excrète en moyenne 1250 grammes d'urine, contenant 17e, 75 à 28g, 15 d'urée, ou, en chiffres ronds, 18à28 grammes d'urée pour vingt-quatre heures (dont la moyenne est 23) et dans la proportion de 15 à 23 grammes d'urée pour 1000 grammes d'urine (dont la moyenne est 19 grammes d'urée par 1000). Or, M. Bergonier a trouvé, dans ses très intéressantes recherches, que le chiffre de l'urée éliminée dans les vingt-quatre heures pouvait tomber à 5g,90 et même lg,20 ; que, chez certains mélancoliques, la proportion d'urée pour 1000 pouvait s'abaisser à 7,20 ; 5,85 ; et même jusqu'à 0,62 (chiffre qui s'est augmenté à mesure que la santé physique s'améliorait et que le malade marchait vers la démence). Chez une mélancolique, malgré la quantité considérable de boissons prises, l'urine tombe un jour à 900 grammes dans les vingt-quatre heures ; la densité de ces urines rares s'abaisse néanmoins à 1,008, au lieu d'augmenter ; et la quantité d'urée qui s'y trouve est de ts,20. Or, au moment de l'expérience la malade était dans un état de stupeur profonde. Chez un autre mélancolique, la quantité d'urine rendue dans les vingt-quatre heures, le jour où il refusait de manger, était de 720 grammes, près de moitié moins qu'à l'état normal, et le chiffre de l'urée contenue, de lg,22, c'est-à-dire près de dix-neuf fois moins qu'à l'état physiologique.

Comme contre-épreuve, M. Bergonier a analysé l'urine de malades tombés dans la démence après avoir passé par la mélancolie et revenus, de ce fait, à un état physique satisfaisant ; et il a vu le chiffre de l'urée s'élever à mesure que les fonctions plastiques s'amélioraient. Je ne vous citerai pas toutes ces observations, je me contenterai de mentionner la suivante : un malade qui avait eu des troubles très graves de mélancolie avec stupeur, excrétait dans cette période de la maladie 62 centigrammes d'urée pour 1000 grammes ; tandis que, devenu dément, la quantité de l'urée remonta graduellement au chiffre physiologique de 14^,40; 18&,72; 25s,20 pour 1000 ; et la quantité totale par vingt-quatre heures s'éleva à 14^,32 ; 22g,12 ; 25s,20.

M. Bouchardat fait observer que, quand l'excrétion de l'acide carbonique par les poumons et de l'urée par les reins est notablement, et d'une façon continue, inférieure aux quantités nor-

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