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QUARANTE-SEPTIÈME LEÇON

Quels organes et quels tissus se tuberculisent. — Tuberculisation des organes génitaux. — Ici, comme dans tout l'organisme, la tuberculisation se développe, d'une part, en raison inverse de l'importance de la fonction, de l'activité fonctionnelle, et de la richesse ainsi que de la perfection de la texture de l'organe; d'autre part, en raison directe de la richesse vasculaire de ce même organe. — Tuberculisation des organes passifs de la génération : l'épididyme, le canal déférent et la prostate; les trompes et le corps de l'utérus. — Que le tubercule n'est pas un produit d'inflammation. — Affinité élective inverse d'un même organe ou d'un même tissu pour le tubercule et le cancer. — Tuberculisation de l'épididyme et cancer du testicule; tuberculisation du corps de l'utérus et cancer du col de cet organe. — Les sphincters se cancérisent et ne se tuberculisent pas.

Messieurs,

Nous avons actuellement dans la salle Saint-Paul, au n° 40, un malade atteint d'une affection à propos de laquelle je vous dirai quelques mots de diagnostic différentiel entre les diverses affections de l'épididyme et du testicule. A cette occasion, puisque nous nous occupons en ce moment de tuberculisation, vous me permettrez de jeter un coup d'œil d'ensemble sur la tuberculisation de l'appareil génital chez la femme et chez l'homme, en m'appuyant surtout des lumineuses recherches de M. Bernutz et des excellents travaux de MM. Brouardel et Siredey.

Le malade du n° 40 nous raconte qu'il reçut, il y a une quinzaine d'années, un coup violent sur les testicules ; il s'ensuivit un gonflement inflammatoire des bourses, qui se dissipa au bout d'un certain temps, mais en laissant à sa suite des troubles de l'appareil urinaire qu'il est assez difficile de préciser. La seule chose certaine, c'est que, depuis quelque temps, le malade est obligé d'uriner très fréquemment, et laisse môme quelquefois échapper ses urines lorsqu'il est debout. Dans la position horizontale, il n'est pas exposé aux mêmes inconvénients, ce qui nous ferait songer assez volontiers ù un peu de cystite du col. ■ i -.u. - Clin. méd. 3e édit. n. — 12

Ce qu'il y a de plus positif, c'est que cet homme est entré chez nous avec une tumeur inflammatoire de la bourse droite, et que cette tumeur provoque des irradiations douloureuses dans le cordon testiculaire et dans les lombes, sans doute par propagation au plexus spermatique.

Les téguments, rougis, recouvraient une tumeur dans laquelle on reconnaissait d'abord une portion volumineuse et dure ; puis, à la partie antérieure et supérieure, une portion beaucoup plus petite, dont la consistance assez mollasse rappelait celle du varicocèle. Pour aller tout de suite droit au but, je vous dirai que cette masse volumineuse et dure était l'épididyme, et que la partie mollasse était le testicule, refoulé en haut par la tumeur inflammatoire du corps et surtout de la queue de l'épididyme. Dès le premier jour, j'étais édifié à ce sujet, et je vous signalais l'existence, chez cet homme, d'une épididymite non tuberculeuse.

Pourquoi non tuberculeuse? D'abord, parce que le malade avait toute l'apparence d'un homme robuste ; ensuite parce que la queue de l'épididyme s'était prise la première et était restée le plus fortement affectée alors que, dans l'envahissement tuberculeux de l'épididyme, le mal progresse habituellement de la tête vers la queue. De plus, la queue de l'épididyme opposé était indurée et par conséquent oblitérée ; ce qui démontrait que le malade avait eu, de l'autre côté, une épididymite, ainsi qu'il résulte des recherches sagaces de M. Gosselin. Or, cette première épididymite n'ayant évidemment pas été tuberculeuse, il en devait être probablement de même de la seconde. Enfin, la tumeur de l'épididymite tuberculeuse est moins régulière qu'ici; elle est moniliforme.

Ainsi, notre malade n'était pas atteint d'une affection des reins (ses douleurs lombaires nous l'avaient fait adresser comme atteint de néphrite); ce n'était pas non plus d'une orchite qu'il s'agissait, mais d'une épididymite et d'une épididymite purement inflammatoire. Maintenant, cette épididymite provoquait-elle les troubles des voies urinaires par propagation ou par action réflexe? la chose est indéterminée et après tout secondaire.

Nous avions à traiter cet homme et de sa maladie de l'épididyme et de ses irradiations douloureuses. Gomme il n'y avait

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pas là d'accidents à grands fracas, je traitai simplement la tumeur par une pommade résolutive dont l'iodure de potassium formait la base ; des onctions de pommade belladonée furent employées contre les douleurs. Un grand bain quotidien et longuement prolongé compléta le traitement. Sous l'influence de cette médication, vous avez vu la résolution s'opérer sur tous les points, un seul excepté, qui est la queue de l'épididyme ; celle-ci reste indurée et va probablement s'oblitérer comme l'autre. De sorte que notre malade en deviendra infécond, tout en restant puissant; et c'est là tout le pronostic; guérison assurée, mais avec perte définitive de la propriété de reproduction.

Tel est le fait, assez intéressant, à propos duquel je veux traiter la question de la tuberculisation des organes génitaux chez l'homme et chez la femme.

C'est qu'en effet il est des cas où la tuberculisation se révèle par des accidents inflammatoires. Vous êtes appelé par un individu qui a une épididymite aiguë ; vous croyez à une blennorrhagie, et cependant vous trouvez le méat sec ; d'un autre côté, il n'y a pas eu de traumatisme ; prenez garde, et redoutez la présence des tubercules. Vous traitez l'inflammation par les moyens ordinaires, et eMe cède en quatre ou cinq jours ; seulement, vous remarquez qu'il reste de la douleur et de l'induration vers la tête de l'épididyme. Puis, un peu plus tard, un abcès se forme et s'ouvre au dehors, ou bien c'est vous qui l'ouvrez ; quelques phénomènes inflammatoires reparaissent, moins prononcés que les premiers, et la suppuration persiste, une suppuration séreuse, caillebottée, avec trajets fîstuleux. S'il pouvait alors vous rester quelque doute, quant à l'existence d'une affection tuberculeuse, ces doutes cesseraient en voyant trois ou quatre mois plus tard l'autre épididyme se prendre à son tour et présenter les mômes accidents.

Gela dit sur cette épididymite non tuberculeuse, voyons comment se développe la tuberculisation dans les organes génitaux.

Eh bien ! ici comme dans tous les autres systèmes organiques,

vous verrez se justifier la proposition qui sert de fondement à

mes leçons sur la tuberculisation : à un minimum de texture,

>cié à un minimum de fonctionnement et à un maximum <!>•

vascularité apparente correspond un maximum de tuberculisatlon; proposition que j'espère vous avoir rendue évidente pour le poumon, qui, au point de vue histologique, n'est que du tissu conjonctif ; au point de vue fonctionnel, ne fait rien que laisser faire et laisser passer; au point de vue de ses lobes supérieurs, fonctionne au minimum ; au point de vue de sa vascularité, est si riche en apparence et si pauvre en réalité (cette vascularité étant celle de la fonction et non celle de la nutrition) ; — comme il en est des méninges, si souvent tuberculeuses.

Eh bien, ce qui est vrai des poumons et des méninges, vous allez le voir vrai encore de l'appareil génital mâle et femelle.

Il y a, dans l'appareil génital mâle, une partie essentiellement active, le testicule, et des instruments passifs, l'épididyme, le canal déférent, la prostate.

11 y a, dans l'appareil génital femelle, une partie essentiellement active, Y ovaire, et des instruments passifs, les trompes et l'utérus.

Or, étant connues les formules de tout à l'heure et les fonctions actives et passives des diverses parties de l'appareil génital mâle et femelle, vous en pouvez déduire à priori la loi de tuberculisation de ces organes ; c'est-à-dire quelles sont dans ces organes les parties qui se tuberculisent d'abord, qui se tuberculisent le plus souvent, qui se tuberculisent au maximum.

A priori, dans l'appareil génital mâle, ce ne sera pas le testicule, mais l'épididyme, le canal déférent et la prostate ; dans l'appareil génital femelle, ce ne sera pas l'ovaire, mais les trompes et l'utérus. Eh bien, ce que l'induction fait prévoir, l'observation le confirme. La tuberculisation frappe de préférence et au maximum, dans l'appareil génital de l'homme, l'épididyme et la prostate ; dans l'appareil génital de la femme, les trompes et l'utérus.

Enfin, nous allons voir tout à l'heure, grâce aux travaux de M. Bernutz, que, dans l'utérus, c'est telle portion et non point telle autre qui se tuberculise.

Ces grands traits généraux dessinés, entrons plus avant dans le menu des détails :

L'appareil de la génération se compose, chez l'homme, d'une

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