TUBERCULE SPONTANÉ DIFFÉRENT DU TUBERCULE INOCULÉ
de congestion : « lorsqu'il cherchait à saisir le moment précis de I'arrivée au poumon du tubercule inoculé, il fut vivement frappé de V aspect pointillé que présentait l'organe quelque temps avant Y éruption tuberculeuse (1). » Or, ne voyez-vous pas que (de pointillé rouge», phénomène primitif, est un fait de congestion, par l'irritation que provoque la présence de la matière tuberculeuse arrivée, et quel' « éruption tuberculeuse », phénomène consécutif, est un fait d'irritation cellulaire, au voisinage du corps étranger.
Le lieu qu'occupent les tubercules provoqués diffère également de celui où siègent constamment, et par suite de la loi invoquée par nous (2), les tubercules spontanés. «Chez les animaux, dit M. Villemin en son chapitre de l'inoculation tuberculeuse, les tubercules ne semblent pas avoir de prédilection marquée pour le sommet des poumons (3); »
a Les reins, dit-il encore et avec la même sincérité, sont beaucoup plus souvent que chez l'homme un siège de prédilection, ainsi que la rate (4). »
C'est-à-dire que les tubercules provoqués se développent surtout aux points (parties inférieures des poumons) et dans les organes (reins) où nous voyons se produire les infarctus. Ce qui semblerait indiquer qu'ils ne sont que des infarctus eux-mêmes.
Indépendamment de ce fait de la congestion habituelle et préalable des points pulmonaires affectés, au cas de lésion par inoculation tuberculeuse, vous remarquerez dans toutes ces autopsies le siège ordinaire des granulations, qui se trouvent «surtout sous la plèvre (5) ; » c'est-à-dire que les granulations ainsi provoquées clans le poumon se sont «principalement)) développées aux points qu'affectent les infarctus, et en particulier les abcès métastiques ; c'est-à-dire «surtout» à la périphérie de l'organe et au centre d'un foyer de congestion; comme le ferait un corps étranger, qui, cheminant dans les voies circulatoires, obéit aux
(1) Colin, Bulletin de f Académie de médecine, séance du 16 juin 1868.
(2) Voir, plus haut, t. II, leçon XLVI, p. 167, 168 et 175.
(3) Villemin, op. cit., p. 590.
(4) Villemin, op. cit., p. 591.
Voir plus haut, p. 214, 110 el il7.
ââ2 LES TUBERCULEUX ET LES PHTHISIQUES.
lois de la pesanteur, s'arrête, puis se dépose aux points les plus éloignés du centre d'impulsion (à la périphérie) et les plus déclives (toujours par le fait de la pesanteur) qui, enfin, en sa qualité de corps étranger, provoque d'abord une irritation de voisinage, laquelle donnera ultérieurement naissance à quelque chose d'analogue au corps étranger incitateur.
Dans une leçon sur ce sujet faite à l'hôpital de la Pitié le 40 avril 4869, je me demandais d'abord, à propos même du procédé opératoire, s'il s'agissait bien là d'une inoculation. « 11 suffit, disais-je, pour l'inoculation du vaccin, de la variole, de la syphilis, d'une quantité impondérable de virus, tandis que pour que l'expérience de M. Villemin réussisse, il doit introduire sous la peau une quantité pondérable, excessive, énorme même, relativement à ce qu'il faut de lymphe vaccinale pour imprégner l'organisme. D'un autre côté, la matière infectieuse des maladies manifestement virulentes est liquide ; tandis que les expériences de M. Villemin réussissent d'autant mieux que la matière introduite sous la peau est solide. De sorte que ce n'est pas là une inoculation dans le sens habituel du mot, mais une insertion de corps étranger.
« Maintenant, ajoutais-je, sont-ce de véritables granulations tuberculeuses que l'on obtient ainsi ? Où se développent-elles ? Guérit-on de cette sorte de tuberculisation ainsi provoquée? Ou bien devient-on réellement phtliisique ?
Relativement à la première question, je faisais observer que les micrographes étaient loin d'être d'accord sur la nature des productions morbides ainsi obtenues ; que les uns y voyaient des granulations tuberculeuses et les autres des infarctus.
Relativement à la seconde question, je disais qu'au lieu de siéger au sommet du poumon, elles se développaient de préférence à la périphérie et aux bases ; qu'on en trouvait très souvent dans le foie, dans le rein et qu'ainsi, par leur siège et les organes où elles se développent, ces granulations différaient grandement des granulations tuberculeuses telles que nous les connaissons.
Relativement à la troisième question, je faisais observer que Marcet, en Angleterre, avait constaté qu'un certain nombre d'animaux ainsi inoculés avaient toussé, puis guéri. De sorte que