INGESTION DE MATIÈRES TUBERCULEUSES
tuberculeuse recueillie sur une vieille vache phthisique, et il en conclut, ce qui ne s'ensuit nullement, que, si Von mange la viande (non tuberculeuse) de cette vache, on deviendra tuberculeux.
Nous allons voir, d'ailleurs, que d'autres expériences ont conduit à des résultats tout différents.
Gomme M. Chauveau, le docteur Dubuisson (1), avec le concours et le savant contrôle de M . Tillauxet de M. J. Grancher, a fait ingérer des matières tuberculeuses à des animaux et il n'a obtenu que des résultats négatifs ; lesquels sont d'autant plus importants que les animaux de M. Dubuisson avaient, proportionnellement au poids de leur corps, ingéré d'énormes quantités de ces matières : ainsi un premier chien, pesant 17 kilogrammes, a absorbé impunément, en deux mois, 657 grammes de poumon tuberculeux : c'està-dire à peu près la trentième partie de son poids ; un second chien de 16 kilogrammes en a mangé, pendant le môme temps, et avec la môme impunité, 633 grammes : c'est-à-dire la vingtcinquième partie de son poids. Vous remarquerez ici, indépendamment de la quantité considérable de la substance prétendue contagionnantc ingérée, la longue durée de l'exposition à l'influence de la prétendue contagion : de sorte que les conditions de contamination de l'organisme étaient ici doublement favorables et que néanmoins cette contamination n'a pas eu lieu.
Le chien de la première expérience de M. Dubuisson mangea du poumon tuberculeux à des intervalles d'un, trois, quatre, huit et vingt jours, et par portions de 30 à DO grammes. Il eut de la diarrhée, maigrit, toussa, et cependant, lorsqu'on le tua, on trouva « tous les organes complètement sains » . Le chien de la seconde expérience n'éprouva aucun malaise de ce régime, et, Lorsqu'il fut sacrifié, l'autopsie fut également négative.
Le môme observateur ingéra dans l'estomac de deux lapins remarquablement bien portants 12 grammes d'un liquide contenant en suspension des tubercules grattés et écrasés, et mit de plus à leur portée 65 grammes de poumon tuberculeux. Le poumon tuberculeux fut mâché, mais ne fut pas avale. Huit jours plus tard, seconde injection de 12 grammes d'un liquide obtenu
(1; Dubuisson, Des effets de l'introduction dans l'économie des produits sepliqw:s et tuberculeux, Paris, 1869.
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en écrasant et délayant dans de l'eau des fragments de poumons atteints de phthisie aiguë ; on fait de plus avaler de force à chaque lapin un morceau de 2^,50 du même poumon. Quatre jours plus tard, troisième injection du même liquide et troisième ingestion du même poumon, en quantité semblable. Ces opérations sont répétées une quatrième et une cinquième fois, à deux, puis à trois jours d'intervalle. Onze jours plus tard, on ingère de force à ces lapins 1 gramme de poumon tuberculeux, et l'on répète cette ingestion le lendemain, puis neuf jours après. De sorte que, en cinq semaines, du 11 février au 20 mars, on injecta en cinq fois, dans l'estomac de ces deux lapins, 60 grammes de liquide tuberculeux et on leur fit avaler, en sept fois, 12^,50 de poumon tuberculeux. Eh bien, ces animaux, qu'on ne tua qu'un mois plus tard, le 20 avril, « ne présentèrent rien à l'autopsie, si ce n'est une quantité remarquable de graisse autour des reins. »
De son côté, M. Colin (d'Alfort) a fait avaler à un chien un poumon tout entier, et l'animal n'en devint nullement tuberculeux.
Un n'a donc guère à redouter la transmission de la tuberculisation par les voies digestives, chez un homme qui mangerait de la viande d'un animal atteint de cette maladie : d'abord, parce qu'iL ne mange pas le poumon tuberculeux de cet animal, mais la chair musculaire, qui ne contient pas de tubercule, et que, pour prouver la nocuité de la viande provenant d'un animal tuberculeux, M. Ghauveau aurait dû faire absorber cette viande à ses animaux. Ensuite, comme le fait justement remarquer M. Dubuisson, un homme du poids de 60 kilogrammes devrait, pour être comparé aux chiens mis en expérience, manger en deux mois 2 kilogrammes de tissu malade (ce qui, je le répète, n'a pas lieu), et encore aurait-il la chance de n'en être pas plus affecté que ces chiens. Enfin, il faudrait qu'il mangeât cette viande crue; ce qu'il ne fait pas. On n'a pas pris garde, en effet, à la modification qu'apporterait nécessairement la coction à la nature de l'aliment. Ainsi, pour devenir tuberculeux de la sorte, un homme devrait manger une grande quantité de la substance considérée comme nuisible; il devrait manger du poumon malade et non de la viande intacte; de ce poumon cru et non de ce poumon