INGESTION DE MATIERES TUBERCULEUSES
cuit; toutes choses qu'il se garde bien de faire, comme on sait.
L'expérimentation a été encore plus loin : on a essayé de voir si la transmission de la tuberculose pouvait avoir lieu par le lait non bouilli et par l'inoculation du jus de viande crue.
A l'égard du lait, M. Peuch a fait les expériences suivantes : à des porcelets âgés de deux mois issus de la même truie on donnait des barbottages avec du lait extrait d'une vache phthisique; des lapins furent soumis au même régime. Au bout de trentecinq jours d'expérience on a tué le premier porcelet, qui avait bu 55 litres de lait de la vache phthisique, et l'on a constaté chez cet animal, dans le poumon, des granulations tuberculeuses. Au bout de cinquante-deux jours on a tué un lapin qui avait bu 6 litres de lait, on a trouvé deux granulations sur la muqueuse de l'iléon. Un second porc a été tué au bout de quatre-vingt-treize jours, et après avoir bu 276 litres de lait; on a trouvé des granulations tuberculeuses dans l'intestin grêle, les ganglions mésentériques et dans le poumon. Enfin un lapin succombe cent trente jours après le début de l'expérience et l'autopsie révèle des granulations tuberculeuses dans l'intestin, principalement à la partie terminale de l'iléon, dans les ganglions mésentériques, gastriques, bronchiques et sous-maxillaires, à la surface des reins, du foie et de la rate; enfin, dans les poumons, qui en étaient farcis.
Relativement au second point, M. Toussaint a inoculé à un jeune porc 2 centimètres cubes de jus de viande exprimé, avec la presse, des muscles ischio-tibiaux de la vache phthisique de l'expérience de M. Peuch, el, soixante-sept jours plus tard, ce jeune porc ayant été sacriiié, on trouvait des lésions tuberculeuses dans les poumons, le foie, la rate, le centre phrénique du diaphragme, les ganglions bronchiques et sous-maxillaires <!«• ranimai. De tels résultats sont pour émouvoir.
M. Bouley fait observer avec raison à ce sujet que la coction qui ((éteint la vie des cellules comme des parasites» est de rigueur au cas de viande ou de lait provenant d'un animal phthisique.
Ainsi plus se multiplient les expériences et plus se confirme
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la belle découverte de M. Villemin ; mais voici que de nouvelles recherches d'un jeune expérimentateur, M. H. Martin, viennent jeter sur la question un jour inattendu et concilier les conclusions contradictoires de certains expérimentateurs. Dans son travail (1), M. H. Martin démontre qu'avec toutes sortes d'agents irritants (l'auteur s'est servi de poudre de lycopode, de poivre de Cayenne, de poudre de cantharides), on peut déterminer sur des séreuses des inflammations qui ont pour conséquence l'apparition de néoformations pathologiques anal.omiquement semblables à celles que l'on observe chez les tuberculeux, les scrofuleux,les syphilitiques, etc. Mais ces lésions pseudo-tuberculeuses diffèrent du vrai tubercule par des propriétés fondamentales que celui-ci possède seul et qui sont la propriété de généralisation infectieuse dans l'organisme contaminé, et la propriété d'infecter, par inoculations successives, une série d'autres organismes.
Le tubercule vrai inoculé localement fait succomber l'animal, après une ou plusiews inoculations, par tuberculose miliaire aiguë généralisée; du tubercule pris sur cet animal produit chez un second une affection généralisée semblable, et ainsi de suite.
Rien de pareil pour le tubercule ou mieux le pseudo-tubercule expérimental, qui reste local (2). Quant au syphilome, l'auteur le range, en se mettant à ce point de vue, dans les pseudo-tubercules. 11 n'a pu encore inoculer de scrofulome, en sorte qu'il ne se prononce pas à son égard d'une manière formelle.
(1) Nouvelles recherches sur la tuberculose spontanée et expérimentale des séreuses. — Tuberculose et scrofulose, par H. Martin {Arch. de physiologie, n° 1, 1881).
' (2) Ces expériences de M. H. Martin répondent assez bien aux objections posées plus haut, p. 224, 229 et 235.
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