QU IL N Y A PAS DE PHTHISIS AB ILEMOPTÔE
des recherches faites au point de vue particulier des maladies cérébrales par M. Bouchut, médecin de l'hôpital des Enfants.
Dans un mémoire intitulé : Du diagnostic de la méningite avec V ophthalmoscope (1868), M. Bouchut rapporte (obs. VIII) le fait d'une petite fille de trois ans et demi, qui succomba vers le vingtième jour d'une méningite tuberculeuse. « L'enfant, dit M. Bouchut, ne tousse pas et ne présente rien de particulier dans la poitrine. » Et cependant, à l'autopsie, on trouve « les poumons remplis de granulations grisâtres demi-transparentes ; on y trouve aussi quelques tubercules crus. » Puis vient le fait (obs. XVJ) d'une petite fille de neuf ans et demi qui mourut aussi de méningite tuberculeuse généralisée, après vingt-deux jours de résidence à l'hôpital. Il est textuellement dit, dans le cours de l'observation : « Rien dans la poitrine. » Plus loin : « L'enfant ne toussait pas et n'avait aucun bruit anomal dans les poumons.» Et cependant, à l'autopsie, on constate que « les poumons sont le siège d'un grand nombre de granulations tuberculeuses » .
Dans son travail sur la cérébroscopie (1869), le môme auteur cite (obs. VIII) le fait d'une enfant de quatorze ans dont «les poumons et les voies digestives paraissent en bon état», et à l'autopsie de laquelle (indépendamment des tubercules de la choroïde constatés pendant la vie à l'ophthalmoscope, et qui avaient notablement servi à formuler le diagnostic de la méningite tuberculeuse, dont on rencontra également les lésions), on trouva «les poumons farcis de milliards de granulations fines, grises, demi-transparentes ou jaunes opaques, isolées et pressées les unes contre les autres dans un tissu alvéolaire à jteine congestionné)).
Il est inutile, je pense, de multiplier davantage ces citations pour vous prouver que non seulement des granulations tuberculeuses peuvent exister un certain temps dans les poumons sans provoquer de troubles appréciables, mais encore qu'un médecin, je ne dis pas le premier venu, mais un médecin aussi expérimenté que M. Bouchut, peut ne pas les y découvrir, bien qu'il les y cherche avec d'autant plus de raison qu'il-en a découvert dans les méninges à l'aide de l'ophthalmoscope, et que la constatation de la tubcrculisation pulmonaire viendrait ;\ l'appui
du diagnostic qu'il vient de faire de la tuberculisation méningée.
Ainsi tombe cet argument d'Andral et de Niemeyer, à savoir : quell'absence de troubles respiratoires ou de signes stéthoscopiques prouve l'absence de granulations pulmonaires ; et, par conséquent, de ce que ces symptômes et ces signes n'ont pas existé ou n'ont pas été constatés, on ne saurait en conclure à l'antériorité de l'hémoptysie sur la tuberculisation.
Quant à ces râles humides que Niemeyer considère comme dus à la rétention du sang dans les alvéoles ou les bronches (et qui peuvent tout aussi bien tenir à la fluxion paraphymique), et quant à cette rétention qui serait ultérieurement la cause d'une pneumonie, puis celle-ci d'une tuberculose, ils persistent parfois si longtemps, qu'on ne peut admettre une aussi longue persistance du sang; je puis vous affirmer que ces râles ont existé pendant plusieurs mois chez un malade de la ville que j'avais des raisons pour examiner avec un soin d'autant plus spécial qu'un autre médecin mettait, bien à tort, son hémoptysie sur le compte d'une maladie du cœur; or ce jeune homme n'a jamais eu de fièvre ni de pneumonie, et vous avez pu voir qu'il en a été ainsi de notre malade du n° 51, bien que chez lui un léger exsudât pleural se soit produit à la suite de son infarctus hcmoptoïque.
Ainsi, et c'est là le côté pratique de la question, l'absence de réaction fébrile pendant et après l'hémoptysie a une bien autre valeur pronostique que l'existence de râles, si étendus qu'ils puissent être ; on peut, n'y ayant pas de fièvre, espérer la disparition de ces râles et ne les croire dus qu'à une hypérémie qui ne sera pas persistante.
Du reste, le problème de la phthisie par hémoptysie est mal posé ; et il est mal posé parce qu'on s'est placé à un point de vue trop restreint, qu'on n'a pas envisagé la question dans toute sa généralité possible : ce qu'il fallait dire, c'est que la tuberculisation pulmonaire n'est qu'un mode particulier de la tuberculose ; que le poumon ne se tuberculise pas par un processus différent de celui qui préside à la tuberculisation des autres organes. Or, en aucun d'eux (méninges, plèvre ou péritoine, par exemple) on ne voit l'hémorrhagie précéder l'éclosion des tubercules, et par