‹ Leðcons de clinique mâedicaleChapitre 97 sur 282 · EXPERIENCES DE PETER · texte numérisé non relu

EXPERIENCES DE PETER

Vous remarquerez encore que deux fois l'animal en expérience s'est injecté du sang de son poumon droit à son poumon gauche, et que l'organe qui recevait ainsi du sang qui lui était étranger ne s'est pas plus enflammé que celui dont provenait ce sang.

Enfin il est un fait que je veux encore que vous remarquiez, c'est la disparition rapide de la crépitation : au bout de vingtquatre heures, on ne l'entendait ordinairement plus. Et vous savez combien longtemps, au contraire, persistent les râles humides et fins dans le cas d'hémoptysie spontanée. Ne serait-ce pas que, dans le cas de traumatisme, l'épanchement de sang s'est fait dans un poumon sain et où la résorption est des plus actives; tandis que, dans le cas d'hémoptysie spontanée (et pour moi tuberculeuse), l'épanchement s'est opéré dans un poumon congestionné, plus ou moins infiltré de granulations, et où les conditions sont aussi défavorables pour la résorption du sang épanché qu'elles sont favorables, au contraire, pour la sécrétion du liquide autour du coagulum ?

Vous voyez d'ici comment doit se comprendre la fièvre observée parfois consécutivement à l'hémoptysie, et invoquée par Niemeyer comme une preuve de l'inflammation causée par le caillot : cette fièvre est l'expression symptomatique d'une congestion, hémorrhagique d'abord, pldegmasique ensuite, et essentiellement tuberculeuse par son origine.

Et, d'ailleurs, voit-on le sang épanché dans les tissus autres que le poumon y déterminer l'inflammation et la tuberculisation consécutive, dans les bosses sanguines, par exemple, ou dans l'apoplexie du cerveau? Pourquoi donc le poumon ferait-il exception?

Ainsi, soit que l'on envisage la tuberculisation dans sa plus grande généralité possible, on ne la voit pas être précédée d'hcmorrhagie génératrice dans les tissus autres que celui des poumons; — soit que l'on envisage Y hémorrhagie dans des conditions analogues ;'i (••'Ile que l'on suppose pouvoir engendrer deg tuber cules dans les poumons, on ne voit pas le sang épanché provoquer réelosion de tubercules. Pour tontes 061 raisons, je nie rallie sans hésitation à la doctrine de Laennec et de L< »uî^. à la-

voir : que l'hémoptysie, chez les tuberculeux, est symptomatique de la présence actuelle de granulations dans les poumons et n'est pas la cause de ces granulations.

En résumé, la doctrine de la phthisis ab hœmoptoe repose sur trois postulata, car il faut admettre : 1° que le sang épanché dans les bronches provoque Y inflammation dans les poumons ; 2° que cette inflammation est tuberculisante ; 3° qu'il existe une prédisposition pour expliquer la tuberculisation après et par l'inflammation. Or, l°nous venons de voir que le sang épanché dans les voies respiratoires n'y produit pas l'inflammation ; 2° nous allons voir, dans la leçon prochaine, que le tubercule ne dérive pas de l'inflammation, même aux cas où il semble en naître ; 3° quant à la prédisposition, invoquée pour expliquer la tuberculisation par inflammation après et par hémoptysie, il est bien évident qu'elle existait avant cette hémoptysie et qu'on peut l'invoquer également pour expliquer celle-ci. De sorte qu'on a : une prédisposition qui produit l'hémoptysie, une prédisposition qui produit l'inflammation après cette hémoptysie, et une prédisposition qui produit la tuberculisation après cette inflammation; ce qui est en quelque sorte piétiner sur place pour arriver à la conclusion : que l'hémoptysie a été en réalité la première manifestation de cette prédisposition, c'est-à-dire de la diathèse tuberculeuse.

Mais quelle est, direz-vous peut-être, la portée pratique de tout ceci? Cette portée, la voici :

Etant donnée une hémoptysie qui n'est pas supplémentaire ou hémophilique, le problème est de savoir si elle dérive de la tuberculisation pulmonaire ou d'une affection du cœur.

Or, s'il n'existe aucun souffle organique au cœur, et bien qu'on n'entende rien d'anomal aux poumons, l'hémoptysie est vraisemblablement d'origine tuberculeuse. Si, au contraire, elle provient d'une lésion cardiaque, et si la doctrine de la phthisie ab hœmoptoe était exacte, surgirait un problème secondaire de pronostic : « Cette hémoptysie cardiaque va-t elle engendrer des tubercules dans le poumon ? »

Eh bien, étant démontré que l'hémoptysie n'est pas tuberculisante par elle-même, cette grave préoccupation n'a plus de raison d'être.

QU'IL N'y A PAS DE PI1TH1S1E PAU HÉMORRHAGIE. 265

D'un autre côté, si l'hémoptysie est d'origine tuberculeuse, que va devenir ce tuberculeux qui crache ainsi du sang? Eh bien, si l'hémoptysie est peu abondante et cède facilement, la maladie générale n'en subira pas de contre-coup fâcheux ; si, par contre, elle est aussi abondante que rebelle, ou si elle récidive facilement, alors, par l'anémie qu'elle entraîne, par la débilitation qu'elle cause, par la dépression morale qu'elle provoque, elle aura sur l'évolution de la tuberculose la plus fâcheuse influence; si enfin, par surcroît, elle est accompagnée de fièvre, la marche de la maladie tuberculeuse sera désormais rapide et absolument sans merci.

Quanta l'hémoptysie, il est bien évident qu'elle n'est redoutable qu'en soi, c'est-à-dire par son abondance ou par sa durée, en raison de la débilitation comme de l'anémie qui en résultent; il importe donc de la combattre, et je crois vous avoir démontre que la médication vomi-purgative est de toutes la plus efficace, et que l'agent le moins brutal de cette médication est l'ipécacuanha (1).

(0 Voir, t. I, leçon XXXVI , les Hémoptysiques.

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