‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 100 sur 105 · SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES

nasal. Plus lard, la muqueuse nasale, tuméfiée, sécrète du mucus d'abord concret, puis liquide; alors l'air, traversant les fosses nasales, détermine des râles ronflants, sibilants et muqueux. De même, dans les bronches, la respiration rugueuse est suivie d'abord de râles secs, ronflants et sibilants; et ce n'est qu'à une période plus avancée qu'on perçoit les râles humides, muqueux et souscrépitants, engendrés par la sécrétion bronchique et alvéolaire. Si les premiers symptômes, submatité, respiration rude et soufllée, bruit vésiculaire obscur, symptômes qui peuvent être dus à la simple hyperémie vasculaire, sont remarquables par leur mobilité et leur inconstance, les râles secs et surtout humides qui résultent d'une exsudation et d'une hyperplasie consécutives à cette hyperémie, sont plus fixes et plus persistants; et lorsque l'hyperémic a duré assez longtemps pour entraîner des altérations de texture peu capables d'une résolution rapide, on conçoit alors que les symptômes pulmonaires puissent survivra longtemps à l'afl'ection rhumatismale terminée.

Nous n'avons constaté, d'ailleurs, aucune relation entre l'intensité de la fièvre, les arthropathies et les manifestations pulmonaires. Quelques faits semblent établir que lorsque les symptômes pulmonaires deviennent plus alarmants, les symptômes articulaires disparaissent ou s'atténuent; cela n'est pas toujours le cas. Les congestions pulmonaires marchent parallèlement aux arthropathies; leurs symptômes peuvent s'accentuer assez pour dominer la scène morbide.

Je passe à la troisième série de cas. Dans ceux-ci, peutêtre les plus nombreux, l'afl'cction pulmonaire est presque

muGLlG, ne détermine ni toux, ni expectoration, ni oppression notable. Elle ne se traduit que par les signes physiques qu'il faut chercher par la percussion et l'auscultation.

OosERv.vTiOM X. — Rhumutisme polij-arlicnlaire aigu. — Symptômes de congestion pulmonaire sans toux ni expectoration.

Berton (Victor), (inmestiquc, âgé de 20 nns, entre le 20 juin :i In clinique, le 4'' jour (Tun rhumnlisine po'y-nrticui.'iiro avec fièvre in- Icnso. Le 27 juin, on noie et en arrière et aux deux bases, surtoîit â gauche, l'expiration un peu rugueuse. Le 28 juin, les symplômes articulaires ont presque complètement disparu. On constate au tiers inférieur du poumon gauche, suhmatité et obscurité du bruit respiratoire. Plus haut, respiration rude, râles secs, retentissement de la voix; dans la région inlerscapulaire, expiration rude et prolongée. Au tiers inférieur du poumon droit, obscurité du bruit respiratoire.

Le 29 juin, douleurs vagues dans les cous-do-pied et les genoux ; respiration ayant une nuance soufflée avec quelques râles consoun;iiils à la région interscapulaire gauche, et à la base de cô!é, quelques râles sous-crépitants; matité à la base droite. Le lendemain, la respiration est moins soufflée, les râles ne sont plus consonnanls. Le 1" juillet, douleurs assez vives dans diverses articulations; symptômes pulmonaires très-peu marqués; à gauche, vers l'angle de Fomoplale, respiralion seulement rude avec quelques rhonchus. Dans les deux bases, suhmatité et respiration rugueuse. Le 2 juillet, les symptômes pulmonaires ont disparu; cependant dans la journée le rhumatisme envahit de nouveau plusieurs articulations; la fièvre est encore assez intense, 38"2 à 40»; les poumons restent dégagés. Le 7 juillel, les articulations sont définitivement dégagées. Le malade n'a jamais toussé ni expectoré.

Dans ce cas, la congestion pulmonaire s'est résolue plusieurs jours avant la fin du rhumatisme articulaire.

OnsnriVATiON XI. — Rhumatisme polij-articulaire aigu. — S>/mptôme.<! pulmonaires le M" jour, sans expeclorulion ni oppression; ils persistent plus lo7igtemps que les arthrites.

fiirard (Marie), couturière, âgée de 2i ans, entre le 3 mai à la cliniipie, atîectée de rhumalisnie poly-ailiculaire aigu fébrile datant

CONGESTIONS PARTIELLÎ^S LATKNTKS. 519

(le 15 j()m^^. mnis qui no I;i lioiTl niilée qno depuis doux jours. Pns de syiiiplôines pulnionnires à son eniréc.

Le 5 mai, respirai ion un peu rude ihins les deux sommets postérieurs; aux deux bases jusque vers l'angle des omoplates, râles muqueux fins, légèrement consonnants; submatité à la partie la jilus inférieure. Le 11 in;ii, les douleurs ;irliculaires ont disparu; dans les lii'AW fosses sus-épineuses, expiration prolongée et relentissemenl de la voix. Aux deux hases, inalilé et quelques râles secs. Le !20 mai, la malade a eu un frisson suivi de point de côlé à gauche ; on ne constate que des ràlcs nuiqueux aux deux bases, de la respiration rude plus haut, de la submalilé plus marquée à droite, depuis l'angle de Tomoplato jusqu'à la hase. Le 23 mai, les symptômes pulmonaires ont à peu près disparu.

OusERV.\Tio.\ XII. — Rfiumatisme articulaire fébrile. — Symptômes pulmonaires li'gp.rs le 10'' jour.

P.'.'rent (Emile), 2-i ans, culliv.itenr, entre ;i la clinique le 18 janvier 1875, le ^"^ jour d'un rhumatisme articulaire fébrile; la tempéralure est de 38° à 39". Le 24 j:mvier, il n'y a plus de douleurs articulaires; la fièvre persiste. On couslMe aux deux somnuts postérieurs des poumons quelques rares rhonchiis avec sihilances ; à gauche, nuance de respiration soiifjlée; aux deux bases, diminution de sonorité et obscurité du bruit respiratoire. Le '^^ ]mWni\\ em\Q\o\i?,s(imenl du coude gauche. Mêmes symptômes pulmonaires. Le 3 février, ceux-ci ont complètement disparu.

Ici les maiiifestntions pulmonaires ont suivi de plusieurs jours l'aiïection articulaire; celle-ci était à peu près résoln(^ quand les premières furent constatées.

OnsERVATio.N XIII. — Rhumatisme articulaire subaigu avec symptômes pulmonaires légers.

Eisman (Catherine), 21 ans, entre à la clinique le 11 juillet 187"), le second jour d'une attaque fie rhumatisme ai'ticulaire fébrile peu intense. La température est à 37".j le malin, à 39" le soir. Le 2 juillet, on constate, dans les fosses sus- et sous-épineuse droites et la

région interscapnlaire, stibmalilé, rcspirution obscure, quelques râles secs provoqués par la toux. Ln mnlndc n'a jnmnis toussé, ni craclii'. Le 0 juillet, T., SV-i malin et soir; le rhumatisme reste localisé ii l'annulaire gauche. La respiration est plus nette dans le sommet droit, mais encore plus faible qu'à gauche. Submatilé dans la fosse sus-épineuse gauche. Le 14 juillet, expectoration séro-spumeuse. Submatité dans les deux sommets, obscurité du son à la base droite jusqu'à l'angle de l'omoplate. Diminution du bruit vésiculaire à droite; respiration un peu rugueuse et quelques rhonclius rares à la base gauche.

Le 18 juillet, les symptômes pulmonaires ont à peu près disparu. On immobilise par un appareil silicate les articulations de l'annulaire gauche, dont les cartilages sont détruits, puis on applique des pointes de feu; le 14 août, il s'est fait une ankylose.

Observation XIV. — Rhumatisme pobj-arliculairc fébrile modéré. — Sijviptômes de congestion pulmonnire partielle le 20'' jour. — Conjonrtivite cl angine i-humatismate.

Paradis (Suzanne), 20 ans, domestique, entre le 25 mars 1875, le '.)" jour d'un rhumatisme poly-articulaire fébrile modéré. Le premier bruit du cœur est légèrement soufflé; il n'y a pas de troubles fonctionnels cardiaques. Le G avril, le rhumatisme, après avoir envahi diverses jointures, semble terminé; la malade se lève; on la croit guérie; la température est à ^"''G; elle remonte le soir à 38"; quelques jointures redeviennent un peu douloureuses. Le G mai au soir, la respiration, qui comptait 2ià32 mouvements par minute, eu compte 40 T.,38"('». On constate, soms la clavicule gauche, subuiatilé et faiblesse du bru.it vésiculaire; aux deux bases, rcspiialionunpeu rude. Expiration prolongée dans la fosse sus-épineuse droite. Le 8 mai, diminution de sonorité, respiration un peu soufflée et retentissement de la voix dans la fosse sus-épineuse droite. Uespiration rude dans tout le poumon droit. Mêmes symptômes le 11 mai. Le 14 mai, les symptômes articulaires ont complètement disparu. Les signes ne sont plus aussi nets. Le 20 mai, submatité et diminution du bruit vésiculaire en avant et à gauche; respiration rugueuse et rhonehus rares à gauche. Submatité dans les âcu\ sommets postérieurs, et à la base droite dans le quart inférieur. Respiration un peu soufflée à la région interscapnlaire, partout ailleurs

rugueuse. Coiijonclivite rliumalismale dciiuis le IG mni -, ;irllu'oiinlliie légère.

Le 20 mai, les poumons sont à pou près Lléii.'igés. Le 11 juin, se déclare encore une angine rhumatismale érythéniateuse. Le21 juin, guérison complète.

L'aiïeclion pulmonaire ne s'est manifeslce que le 20'' jour do la maladie; elle a aecompagné une recrudescence du rliumatisme qui, après avoir paru s'éteindre, fit cette nouvelle poussée.

Cette troisième série de cas prête aux mômes conclusions que la précédente; nous les avons classés à part pour bien établir ce fait que la congestion pulmonaii^e rhumatismale peut évoluer sans troubles fonctionnels graves, sans oppression, sans toux ni expectoration; la percussion et l'auscultation la font seule reconnaître ; d'où le précepte clinique de percuter et d'ausculter tous les jours, autant que faire se peut, le thorax des rhumatisants, comme on ausculte celui des typhoïdes.

La congestion pulmonaire dans le cours du rhumatisme articulaire aigu n'est pas restée absolument inconniw^ dans sa forme la plus grave, aiguë et généralisée, elle ne j)0uvait passer inaj)erçue, mais c'est la forîne la plus rare. M. Benjamin Hall, qui a réuni dans sa thèse d'agrégation beaucoup de documents sur le rhumatisme viscéral, consacre quelques mots à la congestion rhumatismale, cite l'observation recueillie dans le service de M. Charcot que nous avons relatée, et fait remarquer que cette aflection pulmonaire est assez rare, tandis que les pneumonies rhumatismales seraient plus communes.

Dans ses formes plus bénignes, le rhumatisme aigu

du poumon pnroît avoir été à peu près méconnu, cl je crois que les cliniciens, qui en ont constaté parfois les symptômes, les ont attribués soit à de la bronchite, soit à de la pneumonie. Depuis Laennec, qui parle des pneumonies « souvent latentes et qui ne peuvent être reconnues qu'tà l'aide d'une exploration attentive, dans le cours du rhumatisme », la plupart des auteurs ont insisté sur la fréquence de la pneumonie rhumatismale; quelques-uns, surtout à l'étranger, ont reconnu une bronchite de même nature. Voici quelques données statistiques que j'emprunte à la thèse de M. Moreau :

FuUer, sur 246 cas de rhumatisme articulaire, a trouvé 41 cas d'affections pulmonaires, c'est-à-dire 1 sur 6, à savoir : 19 pneumonies ou broncho-pneumonies, 9 pleuropneumonies, 4 pleurésies et 19 bronchites. — Latham, sur 136 cas de rhumatisme articulaire aigu, a observé 24 cas d'affection pulmonaire (1 sur 5 et demi), dont iS pneumonies, 4 bronchites, 2 pleurésies. — Taylor, sur 11 cas de rhumatisme, a noté 5 pleurésies, 4 pleuropneumonies, 1 pneumonie. — Ormerod, sur 61 cas de rhumatisme, a eu 17 pneumonies, 4 pleurésies, 3 pleuropneumonies. — Wunderlich, sur 108 rhumatisants, a constaté 12 affections des voies respiratoires, 7 pneumonies, dont 4 doubles et 5 pleurésies. — Lebert a constaté de la bronchite dans 9 cas, sur 100 rhumatisants. — Auguste Mayer, sur 35 cas de rhumatisme, a trouvé 5 fois do la bronchite.

Je crois que la congestion joue le principal rôle dans la plupart de ces affections qualifiées par les auteurs de pneumonie et de bronchite. Examinons quekiues-unes de ces observations :

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