CONSIDÉRATIONS THÉRAPEUTIQUES
J'ai pensé qu il était utile de relater ces observations, tout incomplètes qu'elles peuvent être ; dans toutes, et, je le répète, ce sont toutes les autopsies de pneumonie que j'ai faites depuis deux ans à Nancy, dans toutes, c'est la complication cardiaque préexistante, aggravée par la pneumonie et par la fièvre, qui a été la cause déterminante de la mort. De là se dégage cette conclusion pratique : Examinez le cœur et tàtez le pouls dans la pneumonie; les bruits du cœur faibles, précipités, irréguliers, le pouls fréquent et dépressible, les signes de la faiblesse cardiaque, une maladie du cœur préexistante, doivent faire redouter une terminaison mortelle. Car il faut au cœur un certain degré de force contractile pour surmonter la résistance que la pneumonie fait au courant de la petite circulation.
Considérations thérapeutiques sur la pneumonie. — Émissions sanguines. Tartre stibié. — Digitale.
Rien n'est plus intéressant, rien n'est plus instructif que l'histoire du traitement de la pneumonie. Considérée longtemps comme le type des inflammations, c'est à la pneumonie que se sont adressées successivement les diverses médications antiphlogistiques et antipyrétiques que la matière médicale a conquises. La pneumonie s'est prêtée avec complaisance à tous ces essais; certaines méthodes étaient devenues classiques; elles paraissaient consacrées et sanctionnées par Taccord unanime des
médeoins. Cependant elles ont été peu à peu abandonnées, témoignant par leur chute de cette vérité : qu'une erreur, pour être universellement accréditée par les meilleurs esprits, n'en est pas moins une erreur.
Passons en revue quelques-unes des médications qui ont été usitées ou sont usitées encore dans le traitement de cette maladie. La première en date, la plus populaire encore, est celle par les émissions sanguines.
Tant que la pneumonie était considérée comme une inflammation, et que le mot inflammation voulait dire chaleur, rougeur, congestion sanguine, il semblait logique de chercher à juguler la pneumonie en lui enlevant son aliment, c'est-à-dire le sang. La saignée était l'antiphlogistique par excellence. La génération actuelle ne sait plus que par ouï-dire l'abus que l'école de Broussais et de Bouillaud a fait de la lancette. La doctrine de Broussais n'a pas vécu aussi longtemps que son promoteur; la méthode des saignées coup sur coup continua cependant à être défendue avec opiniâtreté par Bouillaud ('). L'école numérique représentée par Louis (') montra, chiiTres en main, qu'elle no diminue pas sensiblement la durée de la pneumonie, et que pendant la période daugment, avant le T jour, elle produit peu ou point de rémission. Chomel et Grisolle (^) portèrent le dernier coup à la méthode de Bouillaud, sans toutefois proscrire la saignée, car Grisolle écrivait en 1865: « En résumé, on^ doit, dans le traitement de la pneumonie,
(') Bouillaud. Clinique médicale de Vhôpital de la Charité. Paris. 1837. T. III. p. 451.
[^) Louis. Recherches sur les ejfets de la saignée, etc. Paris, 1835.
(^) Grisolle. Traité de la pneumonie, 1864, et Traité de pathologie interne.