‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 15 sur 105 · ÉMISSIONS SANGUINES · texte numérisé non relu

ÉMISSIONS SANGUINES

saigner largement et rapidement, dans la mesure des forces et suivant les exigences de la maladie. »

Il était démontré que la maladie ne peut être jugulée par soustraction du sang. Mais on croyait néanmoins la saignée efficace ; on la pratiquait dans tous les cas; on saignait et on mettait des ventouses scarifiées; on ne discutait guère que sur la quantité. De nos jours, il s'est fait peu à peu et presque partout une réaction complète. Il y a quinze ans, on saignait encore chaque pneumonique ; il y a dix ans, les plus hardis [qui osaient ne pas saigner, faisaient appliquer au moins des ventouses scarifiées. Aujourd'hui on ne saigne plus et on ventouse peu. Depuis trois ans que je dirige dans cet hôpital un service de 40 lits, je n'ai saigné qu'un pneumonique (obs. III.), et je n'ai pas prescrit, en général, plus de cinq ou six saignées dans cet hôpital.

Pourquoi donc la saignée est-elle tombée dans le discrédit? Certains vieux médecins, étonnés de voir la pneumonie guérir sans saignée, pensent que c'est la constitution médicale qui a changé. Or, d'illustres cliniciens pensent que les constitutions médicales ont une influence immense sur le mode d'action des médicaments. Malgré la grande autorité de Trousseau ('), je ne saurais souscrire à cette opinion, au moins pour ce qui est de la saignée dans la pneumonie. Nous voyons la pneumonie sous toutes ses formes ; nous voyons des pneumoniques vigoureux et sanguins, à face rouge et vultueuse, à pouls fort et vibrant, et nous les laissons guérir sans saignée. Rappelez-vous le sujet de l'observation III, qui crachait du sang pur

(') Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu, S" édition, 1866. T. I, p. 742.

pendant s;i pneumonie, et qui a continué, en dépit des émissions sanguines qui lui furent faites, à rendre des crachats hémoptoïques jusqu'au moment précis où l'évolution cyclique de la maladie était accomplie.

La constitution médicale n'a pas changé, mais les idées sur l inflammation se sont modifiées. Nous savons aujourd'hui que ce n'est pas le sang qui fait Tinflammation. La congestion active du poumon, que détermine par exemple l'hypertrophie du cœur, la congestion passive telle qu'elle résulte de la dilatation du cœur droit, la stase paralytique telle qu'elle succède à la faiblesse vaso-motrice dans les cas d'adynamie, ne suffisent pas à faire, ni un abcès pulmonaire, ni une pneumonie fibrineuse. L'inflammation peut se développer dans les tissus privés de vaisseaux, dans la cornée, dans les cartilages; car c'est l'élément cellulaire dont l'irritation joue le rôle actif dans le procès inflammatoire; la fluxion sanguine est un phénomène secondaire consécutif à l'irritation cellulaire; elle peut manquer sans que le procès inflammatoire, qui n'a pas besoin de sang pour aliment, cesse de se développer. La clinique montre que la pneumonie suppure plus facilement chez les anémiques, chez les diabétiques, chez les vieillards qui n'ont pas beaucoup de sang à lui fournir. Chez notre vieille femme cachectique (obs. L}, les deux poumons étaient emphysémateux et anémiés ; l'organisme était pauvre de sang, la fièvre était peu intense, et malgré tout cela, et à cause de tout cela, sa pneumonie s'est terminée par hépatisation grise.

Ainsi la physiologie pathologique, rectifiant les idées erronées qui régnaient sur l'inflammation, et montrant que la fluxion sanguine joue un rôle secondaire dans ce

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