‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 16 sur 105 · ÉMISSIONS SANGUINES · texte numérisé non relu

ÉMISSIONS SANGUINES

procès, on revint de celte idée désastreuse que la saignée est un antiphloqistiqiie infaillible, et l'on cessa de saigner à outrance ; on comprit qu'on avait beau tirer du sang : le malade serait jugnlé avant la maladie.

Lorsque la pneumonie fut assimilée aux pyrexies et envisagée comme une fièvre inflammatoire, on put considérer la saignée comme propre à agir contre la fièvre inflammatoire, comme antipyrétique ; soit qu'en enlevant au sang la fibrine plastique qui donne lieu à la couenne, elle lui enlève ses qualités phJogistiques, soit qu'en enlevant le sang, elle diminue la chaleur du corps. Mais la physiologie moderne a renversé la doctrine surannée des couennes. Quant à cette idée : la saignée diminue-t-elle la température du corps ? voici ce que l'expérimentation a répondu; Baerensprung a montré (jue chez l'homme sain la température peut s'élever pendant la saignée même de quelques dixièmes de degré. Pendant les vingt-quatre heures qui suivent, elle reste abaissée. Cet abaissement est d'un demi à deux degrés ; le minimum est atteint de six à huit heures après la saignée. Puis il y a de nouveau une élévation lente, qui, le deuxième ou le troisième jour suivant, peut dépasser la température normale. Marey a montré que, à la suite de saignées chez un homme sain, le pouls devient plus fréquent, plus ample, mais dicrote et très-dépressible. A la suite de saignées pratiquées dans les maladies fébriles, le même fait a été constaté par Thomas, Traube, Wunderlich. Il est vrai que, dans les vingtquatre heures qui suivent immédiatement la saignée, le pouls est ralenti chez les deux tiers des sujets ; il n'est accéléré que chez un tiers d'entre eux; mais le lendemain de la saignée, il est accéléré chez tous. Vous pourrez

constater fréquemment chez nos phthisiques à la suite d'hémoptysies, chez nos typhoïdes à la suite d'hémorrhagies intestinales, ce fait : à un abaissement passager de la température succède une élévation au-dessus du niveau primitif. La saignée n'est donc pas un antipyrétique : elle n'enlève pas la chaleur fébrile, la chaleur pathologique du corps ; elle peut enlever la chaleur physiologique avec la vie du malade ; elle refroidit alors, coipme une syncope peut refroidir.

Mais les émissions sanguines excessives ne sont pas seulement inefficaces, elles sont nuisibles. Elles ajoutent aux pertes organiques résultant de la fièvre. Celle-ci use les substances albuminoïdes de l'organisme, dont les déchets apparaissent dans les urines, soit pendant la fièvre, soit après la crise, sous forme d'urée, d'urates et de matières extractives en excès ; elle brûle les substances hydrocarbonées dont l'acide carbonique, résultat de la combustion, est exhalé en excès avec l'air expiré, ainsi que Liebermeister l'a établi ; elle détruit les globules sanguins dont le pigment est excrété par les urines. La saignée vient en aide à ce procès destructeur et consomme l'œuvre de désorganisation. Aussi l'observation clinique, appuyée sur une physiologie plus saine, a rayé les émissions sanguines du cadre des antipyrétiques. Donc, ni comme anlifébrile, ni comme antiphlogistique, la saignée n'a justifié ses prétentions. Elle n'est plus le traitement classique de la pneumonie.

Est-ce à dire qu'il faille la proscrire complètement? Certes, non. Mais elle répond à des indications spéciales. Elle peut être commandée d'urgence, malgré ses inconvénients ; elle peut être commandée impérieusement. Si elle

Page 1