‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 20 sur 105 · BAINS FROIDS DANS LA PNEUMONIE · texte numérisé non relu

BAINS FROIDS DANS LA PNEUMONIE

ne paraissent pas avoir été soumis à ce traitement. En elTet, dit Fismer, « l'extension du processus phlegmasique à la plus grande partie des deux poumons, l'existence d'un état très-prononcé d'adynamie, la fréquence extrême de la respiration et aussi, bien qu'à un degré moindre, l'alcoolisme, et un âge très-avancé, ont paru contre-indiquer le traitement par l'eau froide ; on l'a appliqué sans inconvénient pendant la période menstruelle. »

Jûrgensen (*) se loue de la même méthode. Si la température rectale est à 40", ou si la température axillaire dépasse 39°, le patient est plongé dans un bain de 22% qui est refroidi successivement jusqu'à 16°; on l'y laisse de sept à vingt-cinq minutes, suivant ses forces. Ordinairement, la température baisse; mais cet abaissement est passager, et au bout d'une ou deux heures le thermomètre est remonté au niveau primitif; alors on redonne un second bain, et on est allé ainsi jusqu'à 12 bains en 24 heures. Jiirgensen a poussé la hardiesse plus loin. Voici ce qu'il dit : ce II y a quelques années, ma propre fdle, âgée de 19 mois, était atteinte, pour la troisième fois, d'une pneumonie grave. La température dépassait 41° et remontait si rapidement après les bains de 16°, que je me vis obligé d'abaisser la chaleur du bain à 5-6° et de fixer à dix minutes la durée de ces bains. Mon enfant guérit. Pas une seule fois, pendant plusieurs jours que j'eus recours à ces soustractions excessives de calorique, elle n'eut le moindre signe de collapsus. Depuis, j'eus encore plus d'une fois l'occasion de procéder ainsi : jamais je n'eus à le regretter. »

Chez les personnes âgées, grasses ou faibles, Jûr-

(') Loco citato.

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gensen préfère en général les bains tièdes de ^0" à 24° Réaumur donnés les matins de bonne heure, de 4 à 7 heures ; le malade y reste 50 à 30 minutes, et sa température baisse pour un temps notable.

Tels sont les faits; je les livre à votre appréciation. Je n'ai pas d'expérience personnelle pour juger; et d'ailleurs les cas traités par les bains froids par Jùrgensen et Liebermeister l'ont été en même temps par d'autres médications, en sorte qu'il est difficile de dire ce qui revient dans ce traitement complexe à l'hydrothérapie. Je ne crois pas cependant que cette méthode appliquée à la pneumonie soit appelée à faire fortune en France. Et d'abord la rémission fébrile succédant aux bains froids est passagère; ce n'est qu'au bout de plusieurs jours de traitement que la chaleur reste diminuée d'une façon permanente. Or, la pneumonie étant une maladie à courte échéance, le malade ne saurait, comme dans la fièvre typhoïde, bénéficier de ce traitement. Quel avantage a-t-il sur la digitale ou sur le sulfate de quinine? De plus, est-il exempt de dangers? « Les bains, ditFismer, avaient souvent pour effet d'accélérer outre mesure les mouvements respiratoires et de provoquer la cyanose ; on a dû y renoncer dans un cas où le malade était pris de syncope chaque fois qu'on le plongeait dans l'eau. » Je le demande : n'y a-t-il pas là un danger considérable? Jïirgensen a grand soin de recommander de faire prendre au malade, avant et après les bains, suivant la faiblesse plus ou moins grande du pouls, une à trois grandes cuillerées de vin rouge, de madère, de porto ou de Champagne, afin d'éviter le collapsus et la syncope que le bain pourrait déterminer î Je ne crois pas, en vérité, que dans la pneumonie la soustraction passagère

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rrun peu de calorique soit un bienfait assez considérable pour compenser les dangers que les bains froids peuvent comporter. Dans une pneumonie, la fièvre dure un septénaire; une fièvre de huit jours, fùt-elle à 40 degrés, ne tue pas un malade. Ce n'est pas la chaleur qui est le danger dans la pneumonie. Ce n'est pas à l'excès de chaleur que vous voyez succomber les pneumoniques; c'est à la cyanose résultant de l'extension de la maladie aux deux poumons; c'est à la congestion active ou passive qui accompagne le foyer d'hépatisation et restreint le champ de l'hématose ; c'est à l'iiisulfisance du cœur droit qui, engorgé de sang, ne peut surmonter l'obstacle à la circulation pulmonaire; ou enfin c'est aux symptômes nerveux ataxiques ou adynamiques qui, en raison de l'âge, de la constitution ou des antécédents alcooliques, viennent se grelTer sur la maladie. Rappelez-vous, par exemple, notre vieille femme (obs. I) qui est morte : la température n'est jamais montée à 39 degrés ; elle n'a pas succombé à la fièvre, mais à la paralysie du cœur ; elle avait un catarrhe bronchique et un emphysème qui préexistaient à la pneumonie ; à l'autopsie, vous avez vu le cœur droit dilaté, et le cœur gauche petit et vide de sang.

Aussi, — en cela je suis d'accord avec Jûrgensen, — si dans la fièvre typhoïde c'est le thermomètre qui sert de guide pour le traitement, dans la pneumonie, l'appréciation du pouls est bien plus importante. « Vous me demanderiez, ajoute le clinicien allemand, si dans une pneumonie grave j'aime mieux traiter sans tàtcr le pouls ou sans consulter le thermomètre, vite je répondrais : Emportez le thermomètre. » Pourquoi donc, par une inconséquence que je ne m'explique pas, cet acharnement à combattre, avec un

moyen si dangereux pour le cœur, la température fébrile qui cependant, de l'aveu même de l'auteur, l'inquiète moins que le pouls? Ne craignez-vous pas qu'un refroidissement brusque de toute la surface du corps, contractant les vaisseaux périphériques, ne fasse refluer le sang vers le poumon et n'augmente ainsi la congestion de cet organe, et l'obstacle à surmonter par le cœur ? Chez l'homme en pleine santé un bain froid détermine de l'oppression, quelquefois même une syncope. Je ne crois pas, jusqu'à ce que cela me soit démontré par de plus nombreuses observations, que le pneumonique soit exposé sans un danger réel à ces immersions dans l'eau froide. Qu'on me dise qu'ils ont résisté à ce danger ! Je sais que l'organisme même malade a une certaine force de résistance. N'a-t-on pas saigné coup sur coup sans tuer toujours, bien que non sans danger! Et je le répète, les statistiques ne me disent rien : les bains froids- ayant été largement associés soit aux autres antipyrétiques, soit à la médication alcoolique. Je conclus ainsi : Il ne m'est pas démontré que les bains froids soient avantageux aux pneumoniques; je crois qu'ils peuvent déterminer des congestions pulmonaires et affaiblir le travail du cœur. Je vous engage à n'y avoir recours que dans certains cas de pneumonie à forme typhoïde, à température élevée, avec délire et agitation, dans lesquels la dyspnée ne serait pas excessive et les contractions du cœur pas trop faibles. Et encore, dans ces cas, je préférerais les bains tièdes, suivis d'applications de glace sur la tête; je préférerais aux bains froids, si la température était excessive, des vessies de glace en permanence sur l'abdomen et sur la poitrine. Le froid appliqué ainsi d'une manière continue sur une partie du corps ne produit pas de

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