SIGNIFICATION DES SOUFFLES CARDIAQUES
robservation : les malades atteints d'obstacles à l'orifice mitral, même lorsque la compensation est aussi parfaite que possible, souffrent toujours de la dyspnée, par suite de la grande hyperémie du poumon. Notre malade a bien eu, à la suite d'une bronchite et d'un accès de fièvre, une congestion pulmonaire avec hémoptysie, mais tout s'est dissipé rapidement; la bronchite n'a pas pris domicile chez lui; avant comme après cet accident, il n'a pas la moindre dyspnée. Pourquoi? La réponse me paraît facile. C'est que notre malade n'a, en réalité, ni rétrécissement mitral notable, ni insuffisance valvulaire.
Mais les bruits de souffle, direz-vous ? C'est là-dessus que j'appelle votre attention. Les bruits de souffle, même rudes et râpeux, ceux qui sont certainement organiques, n'impliquent qu'un état physique particulier : des rugosités à l'orifice ou à la valvule où ils se passent ; mais ces rugosités peuvent exister et déterminer ou favoriser la production des vibrations qui constituent le souffle ou le frémissement cataire, sans qu'elles donnent lieu au désordre fonctionnel, rétrécissement ou insuffisance. Vous ne pouvez songer au rétrécissement ou à l'insuffisance que lorsqu'existent, en môme temps que le souffle, les phénomènes de stase à tergo qui en découlent. Mais toutes les altérations des oi'ifices et valvules du cœur n'engendrent pas nécessairement un obstacle au cours du sang. Je suppose que, chez notre jeune homme, le rhumatisme ait constitué à l'orifice mitral, au pourtour de la face auriculaire de la valvule, quelques nodosités sclérotiques, qui ne gênent nullement le passage du sang à travers l'orifice ; c'en est assez pour que le sang, passant pendant la diastole de l'oreillette dans le ventricule à travers
l'orifice, détermine un souflïe. En admettant même avec Chauveau que les rugosités qui existent à rintt'iieur d'un tube ne sauraient produire un bruit de souffle, et que le son naît au sein du fluide lui-même, il est certain toutefois que ces rugosités favorisent la production de ce souffle, lorsqu existent les conditions qui le doivent produire. Or ces conditions existent toujours dans le cœur, où le sang passe d'une cavité où la pression est plus grande, à travers un orifice plus étroit, dans une cavité où la pression est moindre ; la veine fluide sonore se forme toujours dans ces circonstances; le son produit à l'état physiologique est peut-être trop faible pour être perçu, mais que la paroi du tube soit rugueuse, les vibrations seront renforcées et feront naître un souffle perceptible.
Supposez maintenant que le rhumatisme ait fait, à la face inférieure ventriculaire d'une valvule, des inégalités qui se soient incrustées de matière calcaire; les valves ne sont ni racornies, ni adhérentes anormalement aux parois du coeur ou entre elles ; elles peuvent parfaitement s'accoler pendant la diastole et fermer l'orifice ; elles ne sont nullement insuffisantes. Mais pendant la systole, la tension des valvules, au lieu de donner heu à des vibrations régulières, peut déterminer, au niveau des parties calcifiées, des vibrations irrégulières qui se traduisent par un souffle âpre et un frémissement cataire ; ou encore les tendons des piliers du cœur, se contractant sur des surfaces calleuses, peuvent engendrer ce frottement endocardique ; ou enfin le sang lui-même, projeté avec force pendant la systole, peut faire entrer ces rugosités en vibration. Vous concevez donc que les souffles ou frottements endocardiques n'indiquent qu un état rugueux dû la face