EXCLUSIVISME DE LV THÉORIE MÉCANIQUE
lient clinicien de Técole de Vienne (') : « L'hypertrophie, de même que la dilatation passive du cœur^ ne doivent pas être considérées comme des maladies idiopathiques, mais comme manifestation ou conséquence d'un autre procès pathologique, et cela le plus souvent d'une affection valvulaire ou du poumon. On dit que chez les gens qui se hvrent à des travaux corporels fatigants, et aussi chez les buveurs, il se développe, à la suite des contractions plus violentes du cœur ou à la suite de l'excitation due à l'alcoolisme, des hypertrophies du cœur sans complication valvulairC;, ni affection du poumon. Je n'ai jamais vu de cas d'hypertrophie du cœur ainsi produite, et, sans aller jusqu'à nier cette possibihté, je crois du moins que ces faits sont d'une excessive rareté. » Parmi les causes de la dégénérescence graisseuse du cœur, Oppolzer signale les dyscrasies, les cachexies, les affections pulmonaires, l'alcoolisme, le phosphore; mais les causes morales et hygiéniques ne sont nulle part mentionnées par lui dans l'étiologie des affections du cœur.
Maurice Reynaud, dans son excellent article, exprime bien l'opinion généralement régnante, lorsqu'il dit: « Nous sommes intimement persuadé que le nombre de ces hypertrophies primitives ira toujours en s'amoindrissant, à mesure qu'on pénétrera plus avant dans le m'écanisme de leur production, et qu'une observation plus attentive fera reconnaître des obstacles circulatoires très-réels, et, par conséquent, le besoin d'une compensation, dans des cas qui semblent encore aujourd'hui échapper à la loi commune. » Reynaud reconnaît, ce qu'on n'a jamais nié en
(') Oppolzer s Vorlesungen ûber specielle Pathologie und Thérapie. £rlangen, 1866.
France, Tiufluence des causes hygiéniques et morales sur la production des affections cardiaques établie par Gorvisart. Mais il ne semble appuyer cette étiologie qu'avec une certaine réserve, (c Ce que Ton ne saurait nier, dit-il, sans fermer les yeux à l'évidence, c'est que les peines, les agitations de l'esprit, les préoccupations de toutes sortes, exercent une influence très-fàcheuse sur la marche des maladies du cœur, et que s'il est contestable qu'elles puissent les créer de toutes pièces, elles peuvent du moins en accélérer le dénouement funeste. »
Ainsi, je le répète, vous voyez accusée dans tous les écrits cette tendance à subordonner toutes les affections cardiaques à un obstacle mécanique que le rhumatisme a placé aux orifices du cœur, ou qu'une affection artérielle ou viscérale a placé sur le trajet de la grande ou de la petite circulation.
Dans ces dernières années, l'attention s'est de nouveau portée sur les troubles fonctionnels du cœur sans lésions valvulaires, déterminés par des causes autres que le rhumatisme, par des causes hygiéniques et morales. Ce furent surtout les médecins militaires anglais et américains qui signalèrent dans les armées en campagne la fréquence des affections du cœur. Déjà limiter (1836), Nicholson (1839), Parkes et Coche avaient été frappés de ce fait, et n'avaient pu rapporter beaucoup de ces maladies ni au rhumatisme, ni aux affections des reins, ni à aucune des causes généralement invoquées. Plus récemment, Mac-Lean ('),. Myers (-), Moinet (•^) en Angleterre,
(') Mac-Leax. Brit. 7ned. Journal^ 10 févritM- 18G7. (-1 Arthur B.-R. JIyers. On ihe edology and prevalence of tlte heart atnong soldiers; the Alexander prize essoy. London, 187 0.
(') F. W. Moinet. il Treadse of the causes oj heart disease.Mmh. , lS7-\
CE qu'on appelle surmènement du cœur. 181
Dacosta (*), Treachvell f) en Amérique, ont appelé de nouveau l'attention sur l'énorme fréquence de ces maladies cardiaques chez les soldats en marche. Pendant la guerre de la sécession, dit Treadwell, on exempta du service militaire, pour les affections cardiaques, 10,636 blancs et 161 nègres, c'est-à-dire environ 53 p. 1,000 des hommes exemptés. Sur 2,477 invahdes, Treadwell trouva 199 cardiaques ; sur ce nombre, 49 présentaient dans leurs antécédents des rhumatismes ou des traumatismes qui pouvaient expliquer le développement de l'affection cardiaque; chez les 15Ô autres on ne put trouver comme cause de la maladie du cœur que le surmènement.
Dacosta a recueilli près de 300 observations dans la guerre d'Amérique. Voici le tableau clinique de la maladie telle que la résume Dacosta lui-même ; je l'emprunte à la thèse de M. Lévy: « Un homme qui, depuis quelques mois ou môme plus longtemps, fait son service militaire, est pris de diarrhée qui lui est pénible, mais qui n'est pas assez grave pour le rendre incapable de continuer son service. Après avoir souffert de la diarrhée ou de la fièvre et fait un court séjour à l'hôpital, il reprend son service et se soumet de nouveau aux fatigues de la vie des camps. Bientôt il s'aperçoit qu'il ne les supporte plus aussi bien : il perd l'haleine et ne peut plus se mettre au pas avec ses camarades, il est pris de vertiges, de battements de cœur et de douleurs dans le thorax ; son équipement lui paraît trop lourd; cependant il conserve un ■air de bonne santé. Il demande des secours au médecin
(M Dacosta. Veberreizung des Herzens. (The american Journal of the médical sciences for January, 1871, p. 17.)
(*) Treadwell. Boston medic. and surgic. Journal, sept. 1872.
18^2 AFFECTIONS CARDIAQl'ES SANS LÉSIONS VALVULAIRES.
de son régiment, qui le déclare incapable de continuer son service, et l'envoie à Thôpital. Là, on constate l'activité exagérée de son cœur, malgré une apparence de bonne santé. Les troubles digestifs disparaissent, mais l'éréthisme cardiaque persiste, et ce n'est que peu à peu que l'organe surexcité revient à son fonctionnement normal ; ou bien, malgré l'usage de médicaments destinés à régulariser la circulation, il ne se produit aucune amélioration ; cela peut durer ainsi longtemps. Cet homme passe d'un hôpital dans un autre, on finit par l'abandonner; on le considère comme impropre au service, et on l'envoie aux infirmes. C'est là l'image clinique d'un nombre considérable de cas. Mais à côté d'eux, il en est qui commencent d'une façon plus aiguë, sans dérangements dans les organes digestifs, avec des troubles plus étendus et plus d'irrégularités dans la circulation, chez lesquels la douleur précordiale est aussi très-marquée. »
C'est chez les jeunes soldats, qui, au lieu d'avoir été habitués peu à peu aux fatigues de la vie des camps, furent arrachés brusquement, pendant la guerre d'Amérique, à leurs occupations habituelles et surmenés d'une façon exceptionnelle, que Dacosta observa cette forme spéciale de troubles fonctionnels qu'il décrit sous le nom de surexcitation du cœur, cœur irritable (irritable heart). C'est une fatigue excessive produite par les marches forcées qui semble au médecin américain jouer le rôle prépondérant dans l'étiologie de cet éréthisme cardiaque. De plus, à la suite de toute fièvre paludéenne, typhoïde ou autre, à la suite d'une cause débilitante quelconque, telle que la diarrhée, le cœur serait surmené plus facilement.
Meyers, après avoir constaté la fréquence des affections