LE CŒUR EST UN APPAREIL COMPLEXE
Le cœur doit être considéré au point de vue physiologique et pathologique avec son appareil d'innervation et son système vasculaire. — Maladies du cœur consécutives aux lésions de son innervation centrale. — Cas de maladies spinales avec troubles cardiaques. — Cas de ralentissement permanent du pouls.
Pour mieux apprécier les faits et arriver à les classer d'une manière plus rationnelle d'après le mécanisme même de leur production, il suffit de quelques considérations physiologiques élémentaires. Ni au point de vue physiologique, ni au point de vue pathologique, le cœur ne peut être considéré isolément comme organe ; c'est l'organisme principal d'un appareil complexe qu'il faut envisager avec son système nerveux d'une part, qui gouverne son mouvement, avec son système vasculaire d'autre part, qui en émane et s'y termine, et dont la fonction est intimement liée à la fonction cardiaque.
L'innervation du cœur, vous savez combien elle est complexe et imparfaitement connue. On croit que la moelle présente à sa partie supérieure deux centres nerveux pour les mouvements du cœur, un centre moteur ou accélérateur dont l'influence est transmise à cet organe par le grand sympathique, un centre d'arrêt ou modérateur dont l'inlluence lui est transmise par le nerf vague. Chacun de ces centres peut être influencé d'une façon réflexe par des impressions émanant de tous les points de l'organisme ; le centre accélérateur est en rapport avec les nerfs sensitifs généraux (influence de la douleur, de la faradisation, etc.) et avec les nerfs cérébraux (influence des émotions, etc.); le centre du nerf vague est influencé
100 AFFECTIONS DU CŒUR SANS LESIONS VALVULAIRES
par des fibres centripètes du sympathique du cou et de la région abdominale, dont l'excitation ralentit le cœur. Outre ces deux centres médullaires, le cœur présente dans son tissu des ganglions intrinsèques dont les uns paraissent agir comme centres d'arrêt et sont probablement en connexion avec les filets du pneumo-gastrique ; dont les autres sont centres accélérateurs et correspondent aux filets du grand sympathique.
Ajoutez encore à tout cela l'innervation vaso-motrice des artères; ajoutez l'influence du nerf dépresseur de Cyon, ce rameau sensible du pneumo-gastrique qui prend sa naissance dans le cœur, et dont l'excitation détermine par voie centripète réflexe une paralysie vaso-motrice de la circulation périphérique et une diminution considérable de la pression artérielle, ce qui, réagissant sur le cœur, lui permet de diminuer l'énergie de ses contractions. Vous voyez combien sont nombreuses et diflîciles à analyser les influences neigeuses diverses qui peuvent agir sur le cœur.
Au point de vue mécanique, le cœur est relié aux deux systèmes d'irrigation dont il ne saurait être distrait. Double pompe aspirante et foulante, il lance le sang d'une part au sommet des deux cônes artériels de la grande et de la petite circulation; il l'aspire d'autre part du sommet des deux cônes veineux qui terminent ces deux circulations.
Vous concevez maintenant que tout trouble qui surviendra, soit dans l'innervation qui règle le rhythme du cœur, soit dans l'appareil vasculaire double qui forme avec lui un tout contenu, que tout trouble survenu dans l'un ou l'autre de ces domaines pourra retentir sur le centre cardiaque lui-môme; et vous concevez pourquoi cet organe