‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 37 sur 105 · PAR TROUBLE DE SON INNERVATION CENTRALE · texte numérisé non relu

PAR TROUBLE DE SON INNERVATION CENTRALE

peut fonctionner anornialenient, sans qu'on découvre sur lui aucune altération organique ; celle-ci existe dans les annexes du cœur, si elle n'existe pas dans le cœur luimême. Quand une pompe aspirante et foulante a son jeu troublé, la faute n'est pas toujours à la pompe, qui peut être intacte et sans altération, c'est quelquefois le moteur (machine à vapeur, chaudière, régulateur) qui lui envoie et gradue sa force motrice, dont l'un des éléments est altéré, ou ce peut être dans le parcours des tuyaux par lesquels l'eau circule que réside l'obstacle, cause de l'altération fonctionnelle de la pompe. Le rôle du mécanicien est de chercher dans tous ces organes la cause qui trouble le jeu de la pompe. Bien plus difficile est le rôle du clinicien qui a pour tâche de chercher le point de départ d'une perturbation fonctionnelle du cœur, soit dans le cœur lui-même, soit dans le système nerveux complexe qui en règle les mouvements, soit dans l'appareil vasculaire ramifié à travers tous les viscères de l'organisme. La plus grande partie de ce mécanisme mal élucidé échappe aux investigations du clinicien. Aussi ne vous étonnez pas que dans la majorité des cas, placés en face de troubles cardiaques dont nous ne découvrons pas la raison dans le cœur lui-même, le point de départ nous reste inconnu et que nous soyons réduits à des hypothèses.

Montrons cependant par des faits comment le cœur peut subir l'influence de toutes ces perturbations diverses de l'un des mécanismes de cet appareil complexe nerveux, musculaire et vasculaire.

Et d'abord, la fonction du cœur peut s'altérer par suite d'affections des centres nerveux qui intéressent directement son innervation centrale.

[9îl AFFECTIONS DU CŒUR SANS LÉSIONS VAL VUL AIRES

Cette observation n'est pas nouvelle; elle a été faite par des observateurs déjà anciens.

Dans un travail publié par Huguier, en 1834, dans les Archives de médecine (page 202), nous lisons : « Ce n'est plus aujourd'hui un point de doute pour nos physiologistes et nos pathologistes modernes que l'action de la moelle sur les mouvements du cœur ; mais ce qui peut être douteux pour quelques-uns, intéressant et même instructif pour d'autres, c'est d'apprendre que la partie supérieure de la moelle malade peut, dans certains cas, ne nous manifester sa souffrance qu'en altérant les fonctions du cœur et celles qui sont immédiatement sous sa dépendance. » A l'appui de cette assertion, Huguier rapporte une observation de ramollissement de la moelle épinière simulant un anévrysme du cœur :

Une jeune femme de 29 ans avait depuis longtemps des palpitations, de l'oppression, les battements du cœur forts, tumultueux et irréguliers; elle succomba par embarras de la respiration; à l'autopsie, le cœur semblait seulement offrir un peu plus de volume qu'à l'état ordinaire, la moelle était ramollie entièrement au niveau de la dernière vertèbre cervicale et de la première dorsale.

Serres {Journal de Physiol.^ tome V, juillet 1825) rapporte une observation analogue : le malade avait d'abord été traité pour une dilatation avec hypertrophie des cavités gauches, k. l'autopsie, le cœur fut trouvé sain, la moelle ramollie. Dans son Traité des maladies de la moelle épinière, Ollivier rapporte deux cas pareils.

Un garçon tailleur âgé de 24 ans, d'une faible complexion, maigre, ayant la taille d'un enfant de 12 ans, n'offrant de signes de puberté, ni du côté de la face, ni du côté des organes sexuels et sujet depuis quelques années à des anxiétés et à de violentes palpi-

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talions de cœur, fut trouvé mort sur la voie publique. A l'autopsie, on trouva les méninges et la substance cérébrale très-injectées; l'apophyse odontoide, d'une longueur démesurée, s'avançait jusque dans l'intérieur du crâne, en dépassant de deux lignes le ni^veau du grand trou occipital; son sommet était fixé par un ligament dirigé horizontalement en avant, au bord du trou occipital qui, par suite de cette disposition, était rétréci de moitié. De là, resserrement et compression de la moelle allongée, qui avait été gênée dans son développement. Absence de toute lésion des autres organes. (T. I, 3« édition, p. 410.)

Une jeune fille de 16 ans, entrée à l'Hôtel-Dieu d'Amiens, avait été prise subitement la veille de convulsions violentes qui se répétèrent par accès; elle avait sa connaissance, les battements du cœur étaient tumultueux, durs, très-étendus; le pouls inégal, Irès-irrégulier; la respiration très-gènée : les symptômes s'aggravèrent, la malade succomba le lendemain. On trouva le cœur seulement un peu plus volumineux que dans l'état normal et un ramollissement complet de la moelle vers les premières vertèbres dorsales, dans la longueur de trois travers de doigt. {Ibidem, t. II, p. 330.)

Dans ces dernières années, les études micrographiques ont permis de mieux localiser les altérations de la moelle et de mieux interpréter les troubles fonctionnels du cœur en les rapportant à la lésion directe des noyaux du pneumo-gastrique ou du centre moteur bulbaire du cœur. Lorsqu'une maladie organique à marche progressive de la moelle ou du bulbe vient à envahir ces noyaux, elle engendre les phénomènes cardiaques. Ce fait est aujourd'hui bien connu, depuis que la pathologie de la moelle a pris en France l'essor merveilleux que lui ont imprimé surtout Duchenne, de Boulogne, et l'école de la Salpètrière sous l'impulsion féconde de Charcot et Yulpian. La paralysie glosso-labio-laryngée n'est autre chose, vous le savez, que l'atrophie progressive des noyaux bulbaires, envahissant successivement dans sa marche ascendante le noyau de

l'hypoglosse, les cellules terminales inférieures de la septième paire, le noyau spinal accessoire, et finalement celui du- nerf vague. Or, quand ce dernier se prend, des troubles cardiaques se manifestent qui enlèvent le malade. Duchenne a vu trois fois des sujets enlevés par une syncope survenue pendant un accès d'étouffement. « Les troubles cardiaques, dit-il, se montrent par crises et sont caractérisés par un sentiment de défaillance, par une sorte d'oppression cardiaque, avec anxiété extrême et crainte d'une mort prochaine, par une grande vitesse (140 pulsations), avec irrégularité, intermittences et petitesse du pouls. A l'auscultation cardiaque, on n'entend aucun souflïe ; mais les claquements valvulaires sont trèsconfus; le cœur semble s'agiter dans un liquide; la face est très-pàle et les yeux sont ternes. Alors souvent peut survenir une syncope plus ou moins longue. C'est par Tune d'elles que se termine habituellement la paralysie glossolabio-laryngée. »

Dans un cas de paralysie diphthéri tique, Duchenne vit, au moment où la convalescence de l'angine semblait commencer, lorsque la paralysie du voile du palais était presque guérie, survenir des troubles cardiaques graves : vitesse extrême, intermittence et même suspension des battements du pouls et arrêt du cœur, syncopes comme lorsque le pneumo-gastrique est paralysé. « L'excitation électro-cutanée de la région précordiale (excitation réflexogène de l'origine du nerf vague) triomphe rapidement chaque fois des crises qui reviennent fréquemment, pendant plusieurs jours, menacer la vie du sujet. Nous croyions le sujet sauvé, lorsque trois jours après survient tout à coup une paralysie de la sixième paire, qui dura

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