DES INDICATIONS
DE TjJ^ DiaiTÀLE
La digitale est indiquée poiu' relever l'action du cœur. — Symptômes à l'aide desquels on reconnaît la diminution du travail cardiaque. — Le pouls n'indique pas la tension moyenne. — Eflets résultant de cette diminution. — Indications fournies parla sécrétion urinaire. — Contreindications de la digitale et circonstances qui la rendent ineflicace.
Quelles sont les indications, quelles sont les contre-indications de la digitale dans les alTecLions du cœur? Telle est la question que je me propose d'examiner, et que les faits observés à la clinique nous permettent de résoudre dans une certaine mesure. Question de la plus haute importance dans la pratique médicale! Car rien n'est plus fréquent que les troubles fonctionnels et organiques du cœur; et il n'y a pas de médicament plus usité dans le traitement de ces affections que la digitale. Beaucoup de médecins ladministrcnt chaque fois que le cœur bat avec force et irrégulièrement ; ils pensent que la digitale apaise les palpitations, quelle qu'en soit la nature, qu'elle diminue l'activité du centre circulatoire, qu'elle est le sédatif et le régulateur du cœur. Cette façon banale et grossière, si je puis dire ainsi, de donner la digitale et la digitaline chaque fois qu'il y a des battements de cœur, est chose profondément regrettable. Quelquefois
le médicament frappe juste; d'autres fois il frappe à faux sur le malade ; il aggrave le trouble fonctionnel qu'il devait réprimer. Car la digitale est urie substance active dont l'action est précise, et qu'il ne faut appliquer qu'à bon escient. C'est armés de connaissances aussi complètes que possible sur l'action pharmacodynamique de cette plante, que nous devons luliliser en thérapeutique.
Dans la revue critique qui précède, nous avons cherché à dégager ce qui est prouvé relativement à l'action de la digitale sur le cœur; et nous avons établi ce fait que, donnée à doses moyennes, thérapeutiques, elle diminue la fréquence des battements, mais qu'elle a de plus une action spéciale sur la contractilité cardiaque: elle renforce ces contractions, elle augmente le travail du cœur, elle augmente la quantité de sang lancée par chaque systole dans l'artère aorte.
Partant de cette donnée physiologique, il doit s'en déduire l'utilité de la digitale dans les maladies du cœur avec alTaiblissement de la contractilité, celles qui diminuent la quantité de sang lancée dans l'aorte, celles qui abaissent la tension artérielle.
Mais les déductions de la physiologie expérimentale, si rationnelles qu'elles paraissent, ont besoin d'une sanction clinique. Les données de l'expérience sont-elles applicables au lit du malade? La clinique est-elle d'accord avec la physiologie?
Les observations répondent affirmativement. Depuis cinq ans, j'administre toujours ce médicament dans certains cas où il s'agit de relever l'action du cœur, et je suis arrivé à cette conviction, d'accord avec Traube, Oppolzer, Jaccoud, Reynaud, que c'est là l'utilité thérapeu-
SIGNES DE L AFiAIBLISSEMENT CARDIAQUE. 289
li({U(j que le médecin doit attendre de la digitale dans le traitement des maladies cardiaques.
A quels symptômes peut-oa reconnaître rabaissement de la tension artérielle due ù la diminution du travail du cœur gauche? C'est là ce qu'il importe d'établir d'abord.
Lorsque le choc du cœur est faible, ses bruits sourds, fréquents, irréguliers, le pouls petit et dépressible, vous reconnaissez que le cœur se contracte mollement. Mais un choc fort et des palpitations actives n'indiquent pas nécessairement un travail considérable du cœur, une tension artérielle accrue. Les individus chlorotiques, anémiques, ceux dont le système artériel a été vidé par des hémorrhagics abondantes, ont souvent des palpitations ; leur cœur se contracte fréquemment parce que la résistance est diminuée au-devant de lui ; ajoutez que le système nerveuxdes anémiques, souvent plus impressionnable, traduit au sensorium des impressions qu'il ne perçoit pas à l'état normal; l'anémique grossit les impressions reçues; il sent battre son cœur comme il sent digérer son estomac, sous Tinfluence de cet état, dit faiblesse irritable, des centres nerveux. D'autre part, vous trouverez des sujets cyanoses, œdématiés, ayant toutes les apparences et tous les symptômes de l'insuffisance cardiaque; et ils ont des battements violents subjectifs et objectifs du cœur. Souvent la palpitation se combine avec l'irrégularité du rhythme et l'inégalité des contractions ; à côté de battements forts et frappés comme des coups de marteau, vous avez des battements petits et avortés, de sorte que vous ne pouvez conclure de cet ensemble irrégulier, si la résultante est une augmentation ou une diminution de la quantité de travail cardiaque. Le malade traduit ce
qu'il seul par le mot batlements de cœur. Mais vous, médecin, gardez-vous de traduire palpitations par exagé* ration de la fonction cardiaque.
Le pouls n exprime pas davantage le travail du cœur ; le tracé sphygmographique n'inscrit pas la tension artérielle. Sans doute un pouls faible, petit, inégal, irrégulier, indique des ondées sanguines faibles, une petite tension artérielle, une systole aiïaiblie. Mais un pouls ample n'indique pas toujours une tension forte; car le pouls ne figure que l'excursion de la paroi artérielle entre la systole et la diastole, c'est-à-dire la dilïërence de tension existant entre ces deux temps, mais il ne mesure pas la tension moyenne. Celle-ci peut être très-faible, bien que les excursions de la paroi soient assez considérables. Chez les anémiques, à la suite des hémorrliagies, l'artère contient peu de sang; le cœur, trouvant peu d'obstacles, chasse rapidement l'ondée sanguine qui, malgré sa petitesse, trouvant une artère très- relâchée, la distend assez fortement et fait un pouls ample. Dans l'insuffisance aortique, la tension moyenne est souvent très-faible, parce que le sang reflue pendant la diastole artérielle vers le cœur et annihile ainsi une partie du travail de cet organe ; mais les différences de tension maxima et minima diastolique et systolique sont très-grandes; car pendant sa systole l'artère se vide dans les deux sens, la tension est fortement abaissée; pendant la diastole suivante, l'artère relâchée reçoit, grâce à l'hypertrophie du cœur, une forte ondée qui la distend. De là résultent des excursions considérables de la paroi artérielle, c'est-à-dire un pouls très-ample, bien que la tension moyenne puisse être faible. 11 est vrai que ce pouls ample est en même temps dépres-