INDICATIONS FOURNIES PAR LE POULS
sible, mais si l'artère est athéromateuse, elle revient plus lentement sur elle et peut présenter une certaine apparence de dureté. Enfin, de même que les battements du cœur, le pouls est irrégulier, inégal, et offre un mélange de pulsations fortes et faibles dont la résultante finale vous échappe.
Pour fixer vos idées sur l'interprétation des tracés sphygmographiqucs, voici le pouls dans un cas d'hypertrophie du cœur avec asystolie. La tension artérielle est très-faible; les ondées arrivent petites, soulevant peu la paroi artérielle; elles sont inégales.
Voici le pouls du même individu modifié par la digitale; la tension artérielle est relevée, les ondées sanguines arrivent plus fortes et soulèvent davantage la paroi artérielle.
Voici un autre tracé pris dans une fièvre typhoïde ; il représente aussi une tension artérielle faible ; mais la tunique musculeuse de l'artère étant relâchée par la fièvre, l'artcre étant moins serrée et n'ayant plus que son élasticité physique, il en résulte qu'une ondée sanguine faible distend l'artère rapidement, puis elle revient rapidement sur elle-même et fait, en raison de son élasticité,
une seconde excursion plus petite qui constitue le dicrotisme. C'est, je le répète, la faiblesse de la tonicité musculaire qui, diminuant la contractilité vitale de l'artère, explique celte ascension et cette descente brusque suivie de dicrotisme.
Voici ce même pouls modifié par la digitale et représentant une tension artérielle plus forte. L'amplitude est plus faible ; la ligne d'ascension est plus courte et plus oblique; le dicrotisme est reporté plus haut sur la ligne de descente et tend à s'effacer; la ligne de descente est plus longue, oblique, et tend à devenir convexe. Si le pouls est devenu moins ample qu'avant la digitale, c'est que la tension moyenne de l'artère étant plus forte, l'artère contenant plus de sang, la différence de tension systolique et diastolique est devenue moindre, et par conséquent les excursions de la paroi sont moins étendues. L'augmentation de tension artérielle s'accuse donc par un pouls moins ample, mais plus dur et plus serré.
Donc, vous le voyez, dans le premier cas la digitale, relevant la tension artérielle, a augmenté l'amplitude du pouls, tandis que dans le second elle a diminué cette am-
EFFETS DE l'iNSUFFISANCE CARDIAQUE. 'iîO.S
plitiide. Car cette ampleur ne dépend pas seulement de la quantité de sang lancée dans l'aorte à chaque systole, mais aussi de l'état de réplétion moyenne du système artériel, et aussi des conditions d'élasticité physique et de tonicité musculaire de la paroi. Le pouls ne donne pas, je le répète, la tension moyenne du sang ; le sphygmographe ne donne que des indications qui doivent pour chaque tracé être interprétés spécialement.
Si le cœur ne traduit pas directement à la main ou à l'oreille la quantité de son travail, si le pouls ne la mesure pas davantage, comment reconnaître que ce travail est affaibli? C'est par les effets qui en résultent. La tâche du cœur est de faire traverser au sang tout le cercle vasculaire depuis le sommet du cône artériel à travers le lac capillaire jusqu'au sommet du cône veineux. Si le cœur est affaibli, la circulation devient languissante et le sang stagne dans les parties les plus éloignées du centre d'impulsion, c'est-à-dire dans les capillaires et dans les veines dilatables. De là résultent, dans le système de la petite circulation, la congestion et l'œdème pulmonaire ; dans la grande, l'anasarque et les hydropisies ; de là cyanose, oppression, etc. Tels sont les effets bien connus de l'abaissement de tension artérielle, lorsqu'elle se prolonge. Ces symptômes se dissipent avec le rétablissement de la circulation régulière. Mais lorsque ces stases passives se prolongent ou se répètent souvent, elles donnent lieu à des altérations de texture des viscères, du poumon, des reins, du foie, etc. Ces altérations peuvent persister et déterminer, pour leur propre compte, de l'œdème, de l'oppression, de la cyanose, et tout cet ensemble de symptômes que vous connaissez, qui peuvent bien s'amender en
partie lorsque le cœur a repris sa vigueur, mais qui peuvent ne pas se dissiper complètement. Vous concevez que dans ces cas, ordinaires dans la pratique, lorsque vous êtes en face d'une maladie chronique du cœur, vous n'êtes pas en mesure de discerner facilement ce qui dans ces troubles fonctionnels revient au cœur, ce qui revient aux lésions concomitantes des autres organes. Aussi faut-il, par un travail d'analyse clinique, établir la coordination et la subordination relative des symptômes, tenir compte de tous les éléments du problème, interroger les diverses tbnctions. Or parmi elles, il en est une qu'il ne faut jamais négliger; c'est la sécrétion urinaire. Chaque fois que vous êtes appelé à traiter une maladie du cœur, faites conserver et examinez l'urine des 24 heures. Sans cette précaution, vous agissez dans le vide. L'examen des urines jour par jour est aussi indispensable, dans les affections cardiaques, que la thermométrie dans les maladies fébriles.
La sécrétion urinaire est en effet subordonnée avant tout à la pression artérielle. Kûss appelait le rein un filtrepresse. Quel que soit d'ailleurs le mécanisme de la sécrétion, quel que soit d'ailleurs le rôle du rein dans la fabrication ou l'extraction du sang des principes constituants de l'urine, ce qui est certain, c'est que le sérum du sang filtre à travers le rein en quantité d'autant plus grande que la pression artérielle moyenne sur le filtre rénal est plus forte ou que la quantité de sang qui traverse le rein en un temps donné est plus considérable; en d'autres termes elle est, toutes choses égales d'ailleurs, proportionnelle au travail du cœur. Si un malade affecté du cœur urine abondamment, si son urine est claire, peu colorée, peu