‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 50 sur 105 · EFFETS OBTENUS PAR LA DIGITALE · texte numérisé non relu

EFFETS OBTENUS PAR LA DIGITALE

médicament on infusion, à la doso do O^^Tô de poudre de feuilles d'herbes infusée jusqu'à réduction de 100 grammes ; ajoutez 30 grammes de sirop d'écorces d'oranges; répétez cette potion pendant trois jours. Qu'arrivera-t-il dans le plus grand nombre des cas? Le pouls se ralentira, deviendra plus ample, plus régulier; les bruits du cœur, qui étaient tumultueux et précipités, seront plus nets, mieux frappés, moins irréguliers; et l'urine, devenue claire et abondante, accusera une augmentation de tension artérielle. La diurèse rétablie avec l'équilibre du cours sanguin, l'œdème se résorbera dans le domaine de la grande et de la petite circulation ; l'oppression, l'anxiété précordiale, se dissiperont, et le malade pourra être guéri ou soulagé comme par enchantement. La digitale aura fait merveille.

Toutes les observations que nous avons publiées dans nos leçons précédentes sur les troubles fonctionnels du cœur, peuvent servir de démonstration à ce que j'avance. On a vu, chaque fois, que les cardiaques avaient de l'asystoHe traduite par de l'oppression, de l'œdème et de l'oligurie, deux ou trois potions de digitale ralentir et fortifier le pouls, rétablir la diurèse ; les malades sujets à l'asystolie intermittente, que nous traitons ainsi, viennent réclamer la digitale; ils en connaissent les bienfaits, ils sentent quand elle est devenue nécessaire, et se font remonter le cœur par elle.

La régularisation obtenue dure plus ou moins longtemps, de quelques jours à quelques mois ; cela dépend de la cause qui engendre l'asystolie. Lorsque c'est une cause persistante, une lésion organique du cœur, un obstacle matériel à la circulation, l'équilibre obtenu artificielle-

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ment par ce médicament ne se maintient pas ; l'action pharmacodynamique de la digitale est passagère; la cause du trouble persiste et reproduit plus tôt ou plus tard les accidents de Tasystolie. Alors il faut redonner la digitale. Mais il arrive un moment où celle-ci n'agit plus d'une façon aussi complète : c'est lorsque des lésions secondaires cardiaques qui entretiennent les accidents se sont constituées : la congestion chronique du poumon, qui fait de l'oppression ; le foie et les reins granuleux, qui font pour leur compte de l'ascite et de l'anasarque, contre lesquelles la digitale peut rester inefficace. Aussi vous avez vu, dans beaucoup de nos observations, les malades, après avoir obéi un certain nombre de fois à la digitale, devenir de plus en plus réfractaires à son action. Quand la digitale, administrée consciencieusement pendant trois jours à la dose de 0^',75 à 1 gramme, n'a pas répondu à sa destination, il est inutile de continuer à la prescrire; elle n'agit plus. Ce n'est pas en effet un médicament infaillible : il est des circonstances dans lesquelles elle manque à sa mission.

Une de ces circonstances est celle que nous venons de mentionner: lorsque les désordres de la circulation ne tiennent pas seulement à l'état du cœur, mais à l'état des viscères, du poumon, des reins, du foie, etc., l'obstacle à la circulation peut être tel que la digitale ne peut lutter contre lui, ou que le cœur, même renforcé dans son action, ne peut parer aux désordres fonctionnels résultant des complications viscérales. C'est ce que vous avez pu constater dans beaucoup de nos observations. Tant que la stase veineuse n'a établi que des altérations susceptibles de se résoudre, la digitale agit ; à mesure que ces altéra-

CAS OU LA DIGITALE n'aGIT PAS. 599

lions se constituent à l'état chronique et deviennent irrémédiables, la digitale devient de moins en moins efficace et finit par ne plus l'être. (Voir Obs. VI, VIII, X.) Rappelezvous, entre autres, l'histoire de ce vieillard de 77 ans, vigneron, grand buveur, atteint de cirrhose alcoolique, d'hydrothorax, d'œdème, d'hypertrophie du cœur liée à de l'athérome. Une première fois la digitale le remit pour ainsi dire à neuf, si bien qu'il put se lever et se croire guéri; mais trois semaines après, les symptômes d'asystolie reparurent; de nouveaux épanchements se firent dans la plèvre et dans le péricarde; la digitale resta inefficace, (Voir Obs. XV.)

Une seconde cause qui empêche la digitale d'agir, c'est l'anasarque trop considérable. Quand il y a dans le tissu cellulaire et dans les séreuses une trop grande quantité de liquide épanché, ce liquide, comprimant les capillaires et les petits vaisseaux, peut les rendre imperméables et créer ainsi un obstacle mécanique insurmontable au cœur. Dans ce cas, vous réussirez quelquefois, comme cela nous est arrivé plusieurs fois (voir Obs. X), en évacuant, par de petites ponctions capillaires dans le tissu cellulaire sous-cutané, par la thoracentèse et la paracentèse, le trop-plein de sérosité, et dégageant ainsi les capillaires du poids du liquide qui en effaçait le calibre. En même temps, des purgatifs salins répétés, du sulfate de soude, ou de l'eaude-vie allemande, produisant des évacuations séreuses abondantes, concouraient utilement à ce but ; et, ce premier effet obtenu, la digitale devenait capable d'activer la circulation et de rétablir l'équilibre.

Une troisième cause qui rend compte de l'inefficacité de la digitale, est l'existence d'un obstacle mécanique à

Tun des orifices du cœur, tel que le cœur se contracte en

vain; de petites ondées sanguines peuvent seules passer.

L'observation suivante démontre un fait de ce genre :

Observation. — Rétrécissement mitral avec insuffisance. — Phétwmènes (Tasijstolie consécutifs. — Inefficacité de la digitale.

iMarie-Eve Kniss, âgée de 55 ans, entre à la salle Sainte-Anne, n° 11 , le 17 décembre 1874-. Elle a eu, il y a 22 ans, un rhumatisme articulaire aigu qui la tint pendant quatre semaines à l'hôpital ; G ans après, elle a eu une seconde attaque de rhumatisme poly-articulaire qui la tint alitée trois semaines. Cependant la malade n'accuse de battements de cœur et de l'oppression que depuis deux ans. Elle ne tousse et ne crache que depuis trois semaines. Elle a eu, pour la première fois, de l'œdème des extrémités inférieures l'été dernier.

Etat actuel, 18 décembre : Face amaigrie , yeux excavés, lèvres cyanosées, ailes du nez bleuâtres, pommettes colorées, extrémités chaudes. Œdème des extrémités inférieures assez considérable, œdème des parois abdominales et des extrémités supérieures ; ascite légère. Le thorax, bombé en avant, présente le chapelet rachitique; scoliose, voussure précordiale légère. Choc du cœur vif; la pointe bat au 6* espace intercostal, à trois travers de doigt en dehors du mamelon. A l'auscultation , souflle doux, assez prolongé au premier temps et à la pointe. Bruits du cœur irréguliers. Veines du cou dilatées, variqueuses ; pas de pouls veineux. Pouls, petit, irrégulier, 80; T., 3G»8. ; R., 24. Depuis le 17 à midi, la malade a eu 100 grammes d'urines colorées et jumenteuses, légèrement albumineuses. A l'examen du thorax, submatité aux deux bases, râles sous-crépitants, expiration soufllée dans les deux sommets, respiration un peu obscure en avant. Foie un peu hyperémié. La malade est assoupie, somnolente. Prescription: 30 ventouses sèches. Lavement purgatif avec 40 grammes de sulfate de soude. Infusion d'herbe de digitale, Os^GO. Thé vert, 1 demi-litre, avec rhum, 50 grammes.

La digitale et le thé au rhum sont continués les jours suivants; le 20 et le 21 décembre, la dose de la digitale est portée à 0,75. Les mt^mes symptômes persistent et s'aggravent.

Le 22 ^décembre, le pouls est ralenti, Gi le matin; T., 36°2 ;

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