CAS OU ELLE N AGIT PAS
muscle graisseux qui n'est plus contractile. Le ralentissement du cœur est produit en pure perte; le cœur ne gagne pas en force ce qu'il perd en vitesse ; de sorte que le médicament, n'ayant prise que sur le seul système modérateur du cœur, devient dangereux dans ces cas, et aggrave les symptômes d'asystolie. C'est ce que vous avez pu voir chez la femme Godart (Obs. XIV), affectée d'une hypertrophie du cœur compliquée de dégénérescence graisseuse. Le pouls était inégal, irrégulier, à 100; la malade n'urinait que 500 grammes d'urines par jour, La digitale amena le pouls à 60, à 44; mais ce pouls resta faible, petit, irrégulier; le chiffre des urines, descendu à 50 grammes, montra bien que, si le cœur était ralenti, il n'était pas renforcé; la malade mourut subitement.
La digitale peut servir, dans des cas de ce genre, à constater l'intégrité plus ou moins parfaite de la musculature cardiaque. Voici une femme (Obs. XVI) de 66 ans qui entre à l'hôpital avec de l'asystolie, de la cyanose, de l'anasarque, et les bruits du cœur faibles, sourds, irréguliers. C'est une vieille femme, détériorée ; il est permis de songer à une dégénérescence graisseuse du cœur. Elle prend de la digitale pendant trois jours : le pouls se ralentit, se relève ; elle urine 3 à 4 litres d'urine ; les épanchements se résorbent. Il est évident que le cœur n'est pas gras. C'est la digitale qui a fait le diagnostic.
Mais ce n'est qu'avec une extrême prudence et à petites doses que vous devez administrer, dans des cas de ce genre, le médicament chargé de relever le cœur: car vous agissez dans l'incertitude, vous frappez dans l'obscurité avec une arme à deux tranchants; si la digitale
rencontre un cœur qu elle puisse renforcer et qui n'ait pas à lutter contre un obstacle insurmontable, elle opère presque des merveilles. Si elle rencontre un cœur qu'elle peut ralentir, mais qu'elle ne peut renforcer, soit parce qu'il est gras, soit parce que la résistance est trop grande, alors elle peut devenir périlleuse, alors elle peut précipiter la paralysie ultime du cœur.
En un mot, la digitale est indiquée dans l'insuffisance cardiaque, quand il y a lieu de penser que le cœur n'est pas dégénéré, et que l'obstacle qui commande l'asystolie n'est pas insurmontable; elle est contre-indiquée si ces deux conditions n'existent pas.
Elle est contre-indiquée aussi dans les palpitations actives du cœur, lorsqu'il y a suractivité cardiaque traduite par la force, l'ampleur du pouls, la pléthore artérielle, l'abondance des urines. Il importe alors de donner les médicaments qui diminuent le travail du cœur; telles sont la muscarine, Taconitine, qui agissent exclusivement sur le système modérateur du cœur, c'est-à-dire ralentissent les battements et diminuent la tension artérielle. Malheureusement la thérapeutique n'a pas encore tiré de ces médicaments cardiaques le parti qu'elle est appelée à en tirer; ni les doses ni leur mode d'administration ne me semblent encore fixés d'une manière précise.
Traube insiste encore sur les cas dans lesquels, une affection cardiaque n'étant pas compensée et donnant lieu à des troubles fonctionnels, il y a cependant augmentation de tension artérielle. Dans le cours d'une néphrite interstitielle, par exemple, des ' symptômes pulmonaires et des troubles de compensation pourraient survenir, avec l'hypertrophie du cœur, alors cependant que le système