EXTRAIT DES OBSERVATIONS
1" Cas. (Voir tracé, pi. III, n" 2.) — Daul (Caroline), 17 ans, entrée le 28 janvier à riiôpilal Saint-Charles, à Nancy. Fièvre typhoïde grave, avec adynamie et hroncho-pneumonie, traitée par la digitale. Défervescence complète le 35^ jour. Elle se maintient complète, la température étant hyponormale le matin, pendant onze jours. La malade est levée, mange; alors survient de la fièvre le soir seulement, la température restant normale le matin; cette fièvre du soir s'élève progressivement à 39°; elle a duré pendant huit jours, sans aucun autre symptôme, lorsqu'elle est coupée par trois doses de O'^ôO de quinine. (Cette observation sera rapportée plus loin en détail.)
2" Cas. — Metzchall, 18 ans, entré le 27 décembre 1872 à l'hôpital Saint-Charles, k Nancy. Fièvre lyphoïde d'intensité moyenne, traitée par la digitale. Âpyrexie complète le 27" jour, température hyponormale. Celle apyrexie dure sept jours; alors le 35" soir, élévation brusque à 39''G ; fièvre matin et soir pendant dix jours; elle cède à deux prises, en deux jours, de 0*'''',GÔ de quinine.
3* Cas. — Damas (Philomène), 20 ans, entrée le 10 avril 1873 à l'hôpital Saint-Charles, Fièvre typhoïde adynamiriue grave. Défervescence complète le 33° jour; la température hyponormale s'est maintenue sept jours ; alors le 40" soir, exacerbation brusque a 39"2 ; la température reste élevée matin et soir pendant six jours, puis continue à rester élevée le soir seulement.
4" Cas. — Antoine Camp, 21 ans, entré à l'hôpital le 24 décembre 1873. Fièvre typhoïde d'intensité moyenne. Dél'ervescence complète le 21® jour; ellQ dure trois jours; alors la température remonte len-
tement en escalier et arrive le 27^ soir à près de iO"; température fébrile matin et soir (sans autre symptôme) ; celte fièvre a persisté dix jours, lorsque le 33'^ soir on donne O'^GO de quinine; le lendemain malin, température hyponormale; elle redevient fébrile le soir; le 37'-' jour, nouvelle dose de O^^GO; la température tombe à 3G''2 et reste dès lors normale.
5' Cas. — Schilling (Marguerite), 21 ans, entrée le 1«' novembre 1871 à l'hôpital de Strasbourg. Fièvre typhoïde grave, traitée par la digitale; défervescence le 24" jour; elle persiste complète deux jours et demi ; puis, le 'lu" soir, élévation brusque, qui persiste matin et soir pendant sept jours, le soir à iO"; dans les derniers jours, la fièvre est seulement vespertine, lorsque la malade quitte l'hôpital.
G' Cas. — Jœssel (iVntoine), 21 ans, entré à Saint-Charles de Nancy, le 1" février 1874. Fièvre typhoïde d'intensité moyenne. Défervescence complète le li" jour (le malade se lève et mange) ; l'apyrexie (température hyponormale) dure onze jours; le 12* soir, ascension à 38°; puis continuation de l'ascension en escalier; le 39* soir, température 40''2 ; le malade commence à languir et perd l'appétit, mais n'a aucun symptôme spécial ; le 40* soir, il prend 1 gramme de quinine; le lendemain matin, lempératurè, 37°3; le soir, nouvelle réascension; défervescence à peu près définitive le lendemain.
7* Cas. — Wesner (Charles), entré le 23 novembre 1873 à Saint- Charles. Fièvre typhoïde d'intensité moyenne; lel9* jour, le malade a de l'appétit, la diarrhée n'existe plus : la fièvre persiste seule, de 38° à 39° le matin, de 40" le soir. Le 24* soir, 0''',75 sul(;\te de quinine: la température tombe de 2 degrés du soir au matin, remonte le lendemain; 48 heures après la première dose, le 26* soir, on donne 1«%20 : abaissement de 2 degrés ; nouvelle réascension plus faible que la première fois le lendemain; 48 heures après cette seconde dose, le 28* soir, on donne l^^SO de sulfate de quinine ; chute de 2 degrés et demi. La température reste abaissée, mais remonte peu à peu en escalier jusqu'au. 42* soir ; alors une nouvelle dose de 0''",60 l'abat définitivement.
8* Cas. — Liégey (Célestine), âgée de 22 ans, nourrice, entre à l'hôpital Saint-Charles le 20 septembre 1875, le 4* jour d'une fièvre continue d'intensité moyenne, compliquée d'anémie et de fréquence du pouls. La température, abaissée par la digitale, remonte à un niveau moins élevé ; la défervescence définitive commence le 12*
jour et est compléleinenl iichevée le l'J'jour. Depuis le iô'^ jour déjii, la malade a la langue humide, les selles moulées, le ventre souple et intiolore ; elle se lève le 20 jour, peut même sortir un peu. dans la cour le "li" jour. La température reste pendant sept jours entre 30" le matin et 38" le soir; puis, le ^lô" jour, elle s'élève brusquement du matin au soir de yO^-i à 3U°; le lendemain soir, elle est à 40", et elle continue ainsi les jours suivants à être, le matin, de 37"5 à 38", le soir vers -iO". La malade s'est encore levée le 26* jour; l'appétit se perd le 27" jour : constipation, ventre indolore, sans taches; respiration nette; souffle carotidien avec renforcement. La malade rei^oit, le 23*-" jour au soir, 1 gramme de sulfate de quinine; le lendemain matin, température, 37"; le soir elle est remontée à iO°. Le 34*^ soir, nouvelle administration de 1°'',50 de sulfate de quinine ; le lendemain , température, 38"6 ; le soir, 40"; elle reste les jours suivants entre 3'J" le matin et 40° le soir. Le 37*^ jour, la malade commence à prendre la digitale à la dose de 0s'',75 par jour, qui est continuée pendant 3 jours. La défervescence se produit; la température descend jusqu'à 36° le 40^ jour; puis elle remonte en terrasse, oscille entre 38° le matin et 30"5 le soir, jusqu'au 45" jour; puis, les jours suivants, entre 37" le matin et 39" le soir. On ne constate pas d'aulres symptômes que de l'inappétence, de l'accablement et une certaine inertie morale qui peut aussi se rattacher à la chlorose. On donne à la malade du thé, avec 40 grammes de rhum par jour, et 100 grammes de vin de quinquina; on la force à prendre 2 litres de lait par jour. Dans les premiers jours de novembre, A7f jour, elle se trouve mieux, retrouve de l'appétit, se lève dans la journée; elle continue à manger et à se bien porter, bien que la température oscille toujours entre 38" et3'J". Le 54" jour au malin, la malade reçoit de nouveau i gramme de sulfate de quinine; l'exacerbation du soir est réduite à 37°, et ce degré n'est plus dépassé les jours suivants. 11 semble que la température va enfin se régulariser à la normale. Illusion! A partir du &4" jour, ces exacerbations s'élèvent de nouveau à 39", 39"5 et même 40", la tenipérature restant à peu près normale le matin. Malgré ces cxacerbalions fébriles, la malade continue à bien aller et se nourrit suffisamment; elle quitte l'hOpilal le 27 novembre; nous la renvoyons dans son pays, pensant que Tinlluence nosoconiiale et une certaine nostalgie ne sont peut-être pas étrangères à la persistance opiniâtre de ces poussées fébriles.
Ainsi, bien que Vévolution typhoïde modérée et sans symptômes graves n'eût duré que 10 jours bien comptés, la fièvre de convalescence a persisté et persistait encore plus de deux mois après, le îi" jour de la maladie; elle n'avait cédé que passagèrement à la quinine et à la digitale.
0^ Cas. — Boulanger (Marie), 23 ans, entre à l'hôpital le 26 novembre 1874, le Séjour d'une fièvre typhoïde d'intensité moyenne. La température oscille à un demi-degré au-dessus et au-dessous de 40"; elledescend le 13" jour et continue à osciller entre o8"5 et 39"5; le 18*^ jour, il y a une défervesccnce passagère à 36''8 ; mais le soir la température est remontée à 40"; puis elle continue les jours suivants à osciller entre 38° et 39" jusqu'au 30'-" jour, date de la sortie de la malade. Cependant, à partir du 20** jour, elle paraît convalescente, n'a plus de diarrhée, a des selles moulées et de l'appétit; le 21'' jour, elle demande à se lever et mange delà viande; à partir du 20" jour, elle se lève tous les jours ; le 28*, on découvre un petit abcès au niveau du coccyx, qu'on pense pouvoir être la cause de la température élevée persistante. Cet abcès est ouvert et guérit rapidement; la tempéralure continue, nonobstant, les jours suivants à se maintenir entre 38° et 39" ; Ta malade se lève cependant tous les jours et se trouve si bien qu'elle quitte l'hôpital le 28 décembre.
Ainsi , bien que tous les signes de la convalescence fussent là depuis le 20" jour, la température n^ était pas encore revenue à la normale le 40" jour.
10" Cas. — Plus (Adolphe), 24 ans, entre le 13 juin 1874, 14«jour d'une fièvre typhoïde d'intensité moyenne. La défervesccnce commence le i 7'' jour et est complètement terminée le28" jour. Le malade a des selles moulées depuis le 24* jour et se lève le 32* jour. La température reste normale pendant cinq jours; puis, le 39* jour, elle se relève le soirà38", le lendemain soir à 40"6; les jours suivants, elle est normale le malin, tandis que le soir elle s'élève à 38% SS-'S, 39»et39"5; le malade ne se plaint de rien, si ce n'est de douleurs musculaires dans les parois de l'abdomen. Sous l'inlluence d'un vésicatoire placé sur l'abdomen, la température monte le 42* jour à 40" et y reste pendant un jour. Enfin le 45« jour, la température descend spontanément au-dessous de 37" et y persiste indéfiniment.
11* Cas. (Voir tracé, pi. V, n" 1.) — Tanty (Christophe), 24 ans,
maçon, entre le 25 juin 1875, 17' jour d'une fièvre typhoïde grave; température très-rlevée, au-dessus de U)". Traitement |)ar les bains froids jusqu'au oO' jour; il prend 50 hains en 16 jours. A partir du 33% la température oscille entre SS"'! el39°4; les bains ne sont plus nécessaires; la diarrhée est arrêtée depuis le 33^ jour; selles moulées depuis le 37'' jour; l'appétit est revenu; la langue est humide. Le 40" jour au soir, malgré tous ces signes de convalescence, la température monte à 40"4, et elle continue les jours suivants à rester autour île 40°; le ventre est souple, indolore, sans taches; il n'y a plus aucun symptôme d'évolution typhoïde. Le 43^ jour, le malade prend, le soir, l-'%20 de sulfate de quinine; le lendemain, 44'' jour, température abaissée à 37''5; mais elle remonte, le soir, à 40"8. Le malade se sent accablé et faible (sans autres symptômes). Une nouvelle dose de sulfate de quinine, prise le 46" jour, le matin de bonne heure, amène la température, à midi, à 37''5, mais le soir, elle est remontée à 3'>5. Administration de la digitale le 48% le 4'J" et le 50" jour. La température descend progressivement et arrive le 52" matin à 36"8 ; le soir elle remonte (52" et 53" jour) encore vers 38"5. Pour empêcher ces réascensions vespertines, le maVide reçoit, le 54" matin et le 56", 1 gramme de sulfate de quinine, à la suite desquels la température reste déflnitivement abaissée entre 36" et 37" du 55" au 68" jour, c'est-à-dire pendant treize jours.
On pouvait croire tout terminé lorsque, le 68" jour, elle remonte et continue de nouveau à rester entre 37°5 le matin et 38° le soir, et cela jusqu'à la sortie du malade, le 77" jour.
Ainsi , malgré la convalescence déclarée depuis le 35^ jour environ, la température s'obstinait à rester élevée; elle cède enfin à la digitale et au sulfate de quinine. Mais au bout de 18 jours d'apyrexie, elle subit une nouvelle rcascension plus faible.
Ce cas fut remarquable aussi par la lenteur du pouls, qui resta pendant toute la maladie entre 60 et 80, mais ne dépassa pas ce chiffre, même lorsque la température était au-dessus de 40".
12" Cas. — Adèle Giraud, entre le 25 mai 1874 à notre service, le 14" jour d'une fièvre typhoïde d'intensité moyenne. La défervcsccnce, commencée le 20" jour, est achevée le 30". La température reste normale matin et soir pendant trois jours; puis elle remonte rapidement en terrasse, arrive à 40" le 34" jour, et reste entre 39° et 40" matin et soir, monte même le 38" jour à 40"5 ; malgré deux doses, de 0-'",80 et l gramme de quinine, la température reste
élevée sans autres symptômes jusqu'au -48* jour; alors elle recommence à descendre et se fixe enfin ;i la normale et même au-dessous, le matin, à partir du 50* jour.
13^ Cas. (Voir tracé, pi. III, n» 3.) — Grosmangin (Joseph), 28 ans, terrassier, entre à notre service le 13 juin 1874, 10* jour d'une fièvre typhoïde d'intensité moyenne. La défervescence commence le 23° jour, est terminée le 31*. La température reste six jours entre 37" le matin et 37'51c soir environ, puis remonte en terrasse et arrive à être de nouveau élevée, matin et soir, entre 38° et 40". Trois doses de \^\^0 de quinine, prises les 43% 46<= et 48* jours, amènent enfin la défervescence ; mais la température continue encore à osciller, jusqu'au 60* jour, entre 37° et 38*5.
14* Cas. (Voir tracé, pi. IV, n° 3.) — Midot (Marguerite), 54 ans, entre à notre service le 1*'' février 1875, 15* jour d'une fièvre typhoïde d'intensité moyenne. La digitale abaisse la fièvre, qui continue à un niveau moins élevé, entre 38° et 39°. Le 25* jour, les symptômes de la maladie ont disparu ; langue humide, selles moulées, ventre indolore, appétit. La température continue à être de 37"8 à 38° le matin, 38"2 à 39" le soir. Pour abaisser cette température, qui survit à tous les autres symptômes, la malade reçoit, le 32" jour, 0^,80 de sulfate de quinine, qui reste sans effet; le 30* jour, 1"%20 de quinine, qui abaisse la température, le lendemain matin, à 36°2; elle se relève le soir à 37°5 et reste pendant cinq jours, jusqu'au 43* de la maladie, entre 37° et 37°4 le malin et 38*5 le soir. Une nouvelle dose de sulfate de quinine, donnée le 43* jour, rabaisse la température à 3G°4; mais elle se relève de nouveau et arrive le lendemain soir, 45* jour, à 39*7. La malade reçoit, pendant trois jours, 1 gramme de digitale les 46*, 47* et 48* jours; la température baisse progressivement, continuant môme à baisser du matin au soir à partir du 47* jour, et arrive le 49* soir à 37°, sans que le pouls soit influencé.
Pendant seize jours, la température reste normale matin et soir; puis, le 66* jour, elle remonte peu à peu en terrasse, arrive le 69* soir à 40°4; puis redescend , mais continue à osciller entre 37* à 37°5 le matin, 38" à 39" le soir; elle semblait se régulariser à la norme vers le 82* jour lorsque la malade, déjà convalescente depuis deux mois, quitte l'hôpital.
A'tm , le 25' Jour, la malade était convalescente ; lu fièvre sxir^
vivait, ne cédait que momentanément à la quinine, était abattue par la digitale, restait 10 jours normale, puis remontait et restait de nouveau élevée jusqu'au 82" jour.
lô^Cas. — Isscnhauss (Louis), âgé de 21 ans, entre le 8 décembre 1875, 10" jour d'une fièvre typhoïde grave. On le traite par les bains froids; il en prend 8. Rémission spontanée jusqu'à 37" le 14" malin; puis réascension à 40" et 41° le soir. La défervcscence commence le 10* jour; elle semble terminée le 22" jour. Selles moulées depuis le 19" jour; appétit, ventre indolore. La température remonte en terrasse à partir du 23" jour et arrive le 20" et le 27' soir à i0"8 et à 4r4; cette grande température ne s'accompagne d'aucun symptôme grave ; le malade a même encore de l'appétit. Le 28" jour, la température reste toute la journée à 30«8; le 29' matin, elle retombe à 37" ; puis continue, les jours suivants, à osciller entre 38"2 le malin et 40" le soir; puis, depuis le 3G" jour, elle baisse spontanément, oscille encore entre 38° et 39°, pour se fixer enfin à la norme le 42" jour.
10* Cas. — Helte (Alphonse), 28 ans, teinturier, entre h l'hôpital le 20 octobre 1874, le 9" jour d'une fièvre typhoïde, avec une température qui marquait 40o4 ; elle continue jusqu'au 13" jour entre 40° et 41°. La défervcscence commence le 13" jour, à la suite de deux doses de quinine ; elle est achevée le 19" jour; le malade se lève, mange, est considéré comme convalescent. Le 31" jour, on s'aperçoit qu'il a de nouveau la fièvre, et on reprend la température qui reste élevée jusqu'à la sortie du malade, le 48" jour; d'abord elle monte seulement, le soir, à 39° et 40°; à partir du 38" jour, elle ne dépasse plus 38°4 le soir; du 43" au 45" jour, elle reste trois jours, matin et soir, à ce degré. Abattue par la quinine, elle redevient normale le mntin, mais marquait encore 38°, 38«4 le soir, lorsque le malade quitta l'hôpital.
Ces observations, auxquelles je pourrais en ajouter beaucoup d'autres, m'autorisent à affirmer les faits suivants : Lorsque la convalescence d'une fièvre typhoïde est déjà établie, que la température est devenue normale ou liyponormale, que l'appétit est revenu, que la diarrhée a cessé, que le malade est levé, que les m'ines sont redevenues de
quantité normale, que les chlorures, supprimés pendant la fièvre, y ont fait leur réapparition, le convalescent peut, sans cause connue, sans lésion organique, alors qu'il n'y a ni rechute ni récidive, être repris de fièvre, et de fièvre qui se prolonge pendant un certain temps; je ne parle pas de la fièvre due à des causes palpables, eschares, éruption • furonculeuse, etc., ni de la fièvre passagère, dite febris carnis, qui peut résulter de la première alimentation, ou de celle qui peut se manifester lorsque les malades se lèvent pour la première fois, mais d'une fièvre qui se prolonge et que rien n'explique. D'ordinaire elle provoque peu de troubles fonctionnels; les malades peuvent même, les premiers jours de cette fièvre de convalescence, rester levés, conserver leur appétit; elle passe longtemps inaperçue. Souvent le thermomètre seul révèle, au grand étonnement du médecin, 39 degrés et même 40 degrés de température et plus. Jamais je n'ai observé ni délire, ni état typhoïde, provoqués par cette fièvre, qui entraîne cependant, si elle se prolonge, de l'anémie et de la débilitation, qui ajournent la convalescence. Il est probable, je n'ai pas encore de faits à l'appui, que, à la longue, si cette fièvre n'est pas arrêtée, il en résulte un état de cachexie et d'hydrémie, analogue à la cachexie palustre.
Cette réascension thermométrique peut se faire après 1 à 16 jours d'apyrexie. Tantôt elle se fait brusquement, c'est-à-dire que d'une observation thermométrique à l'autre, du soir au matin, ou du matin au soir, la température s'élève de 3 degrés. Tantôt, au contraire, elle remonte lentement en escalier, mettant 4 jours à remonter à 40 degrés et au-dessus. Cette fièvre est ordinairement irrégulière; elle est continue avec exacerba-
lions vespertines, ou bien elle est intermittente et ne se manifeste que le soir.
Elle dure ordinairement longtemps ; nous l'avons observée pendant 0 jours ; c'est la durée la moins longue; nous Tavons suivie pendant deux mois après la convalescence. Une fièvre typhoïde relativement courte peut être suivie d'une fièvi^e de convalescence très-longue (8« et 14'' cas), trois fois plus longue que la maladie proprement dite.
La fièvre de convalescence peut succéder à la fièvre de l'évolution typhoïde, sans période d'apyrexie intermédiaire. Eu d'autres termes, tous les symptômes de la convalescence sont là : l'appétit, les selles moulées, la souplesse du ventre, la langue humide; la fièvre seule persiste, et survit à l'évolution terminée. On dirait qu'elle oublie de descendre, alors qu'elle n'a pas de raison d'être (7®, 9", 11% 14' cas). Tous ceux qui voudront suivre l'évolution thermométrique de la fièvre typhoïde, et continuer à prendre la température lorsque le malade paraît convalescent, seront bien vite assurés de la réalité de ces faits.
Wunderlich a dit, et cette proposition a été répétée par la plupart des pathologistes:
(( La pleine et entière convalescence, dans la fièvre typhoïde, n'est admissible que quand la température présente le soir une apyrexie complète. Le début de la convalescence ne peut donc être constaté qu'au moyen de la thermométrie, et l'on ne peut la considérer comme définitive que si les températures basses se sont maintenues pendant au moins deux jours de suite.» Cette proposition est certainement inexacte.
La fièvre de convalescence peut tomber spontanément ou céder à un traitement approprié; mais la température,
330 riÈvur; typhoïde et antipyrétiques.
redevenue normale et restée normale pendant un certain nombre de jours (13 jours dans le W" cas, 16 jours dans le 14® cas), peut subir une nouvelle réascension, ordinairement à un niveau moins élevé.
Nous avons cherché à abaisser la température élevée de la convalescence par le sulfate de quinine et la digitale. Nous donnons la quinine à la dose de 0^'',80 à 1^'',50 prise en deux fois à une demi-heure d'intervalle, soit dans la matinée, lorsque les exacerbations sont seulement vespertines, soit le soir de 8 à 9 heures, lorsque la fièvre est matinale et vespertine. Cette dose est répétée deux ou trois fois, à 48 heures d'intervalle, augmentée ou diminuée, suivant l'effet produit, k dose suffisante variable de 0^'',60 à 2 grammes, suivant les individus, la quinine produit toujours un abaissement de température de 2 degrés et même plus. Mais cet abaissement, qui se manifeste au bout de quelques heures, est d'ordinaire passager, et souvent, déjà au bout de 12 heures, presque toujours au bout de 24 heures, la température est remontée au niveau primitif. Dans un certain nombre de cas, la température, après avoir été abaissée deux ou trois fois par la quinine, est restée définitivement abaissée, la fièvre de convalescence est restée éteinte (1", 2% 3®, 6", 7« cas). Ajoutons que des doses même très-considérables de quinine sont habituellement bien supportées, déterminent de la surdité, quelquefois du vertige, de l'ivresse passagère, mais nous n'avons jamais vu de troubles graves en résulter. D'autres fois la quinine, ne produisant qu'une action passagère, ne suffît pas à faire justice de la fièvre dont nous parlons (8% 11% 12", 14" cas). Nous avons administré dans ces cas rôfractaires la digitale en infusion à la dose de
0»',75 à I gramme, pendant trois jours ; la température baisse du 3' au 4" jour; elle peut rester abaissée (14" cas); ou bien encore, l'action peut être passagère {S% 11" cas) et la température résister au sulfate de quinine et résister à la digitale; elle a été déprimée, elle tend sans cesse à remonter de nouveau. Il nous a semblé toutefois que ces réascensions consécutives à l'abaissement passager obtenu par les antipyrétiques se font d'ordinaire à un niveau moins élevé; et nous croyons qu'en continuant l'usage alternatif de la quinine et de la digitale, on arrive, dans les cas les plus opiniâtres, à maîtriser peu à peu cette fièvre sans cesse renaissante.
Il importe donc au plus haut degré que les médecins surveillent la température des convalescents de fièvre typhoïde, et luttent contre les températures élevées persistantes qui peuvent, non-seulement ajourner indéfiniment la convalescence, mais sans doute entraîner des complications désastreuses; car une fièvre qui se prolonge longtemps use progressivement les tissus et les éléments histologiques constituants de l'organisme.
De tous temps les médecins ont remarqué, sans se rendre compte pourquoi, que des sujets qui n'ont eu qu'une fièvre typhoïde courte et bénigne n'ont pas toujours une convalescence franche, mais restent longtemps avant de retrouver leur force et leur santé antérieures. Il me semble que la fièvre de convalescence rend suffisamment compte de ce fait. « La fièvre typhoïde, dit Grisolle, est une des maladies dans lesquelles la convalescence est la plus longue. Môme lorsque ralTcclion a été des plus bénignes et qu'elle n'a duré que deux septénaires, on remarque que la faiblesse, l'amaigrissement et la lenteur avec laquelle
33^ FIÈVRE TYPEIOÏDE ET ANTIPYRÉTIQUES.
les fonctions se rétablissent sont sans proportion avec la maladie. »
«Dans certains cas, dit Murchison, la diminution des forces persiste, le malade reste maigre, conserve du dégoût pour les aliments, ou, s'il mange, sa nourriture ne peut être assimilée. Malgré cela, on ne découvre pas de lésion locale. »
Griesinger parle des maladies consécutives à la fièvre typhoïde: «r Le plus souvent, dit-il, elles intéressent le système nerveux et amènent les états morbides déjà signalés, ou au moins une faiblesse de l'innervation générale et de longue durée. Très-rarement, l'on observe à une période ultérieure, comme maladie consécutive de la fièvre typhoïde, une cachexie progressive, secondaire, et qu'on ne doit pas confondre avec la marche languissante de la maladie; elle se forme après la guérison des ulcères de l'intestin, et le diagnostic peut en être difficile lorsqu'il y a doute sur la maladie antérieure ; une anémie extrême s'accompagne bientôt d'un amaigrissement squelettique général; le tissu adipeux se conserve en assez grande quantité, mais il y a usure complète du sang et du tissu musculaire; il y a de l'œdème, de la diarrhée, des vomissements temporaires, une faiblesse toujours croissante, quelquefois un état scorbutique : tels sont les caractères généraux de cette cachexie; elle tient évidemment à un défaut de formation du sang ; elle a été souvent attribuée à l'incapacité fonctionnelle et à l'atrophie des glandes mésentériques malades, mais l'anatomie pathologique n'a pas confirmé, du moins constamment, cette manière de voir.»
N'est-il pas vraisemblable, d'après tout ce qui précède, que la persistance ou le retour de la fièvre pendant la con-
valescence joue un rôle important dans la production de ces troubles organiques, de celte usure des globules sanguins, de cette anémie, de cette cachexie souvent disproportionnée à la gravité de la maladie typhoïde?
Reste à déterminer la cause de cette fièvre. Cette cause ne réside, je le répète, dans aucune lésion organique. Dans tous les cas que j'ai mentionnés, j'ai examiné avec soin, jour par jour, tous les organes et toutes les fonctions, et je n'ai découvert nul trouble organique ni fonctionnel qui pût être incriminé comme auteur de la fièvre; j'ai fait abstraction des cas où ces troubles pouvaient exister; je ne saurais partager l'opinion de Liebermeister, lorsqu'il dit que les cas de marasme à la suite d'une fièvre typhoïde sont excessivement rares, sans lésion locale qui le détermine. D'après cet éminent observateur, un état fébrile persistant })endant la convalescence indiquerait toujours quelque maladie locale en un point de l'organisme. M'accusera-t-on d'avoir méconnu des récidives? J'ai observé des cas de récidive; quelquefois la fièvre que je croyais une fièvre essentielle de convalescence, pendant deux ou trois jours, apparaissait bientôt ce qu'elle était, liée à un nouveau processus typhoïde ; je citerai, comme exemple, l'observation suivante, dans laquelle la chaleur fébrile a repris l'évolution cyclique caractéristique, et à laquelle s'associaient d'ailleurs tous les symptômes de la maladie récidivée.
ÛBSEnvATiON de fié or e typhoïde avec récidive. (Voir tracé, pi. V, n" 2.)
Wirlli (Louis), ài,^é de 2i tins, entre le 30 novembre 1875 à la clinique, le 12" jour d'une lièvre typhoïde d'intensité moyenne. C'est un garfjon d'une bonne conslilution. La maladie évolue régu-
3rî4 FIÈVRE TYPHOÏDE ET ANTIPYRÉTIQUES.
lièremeiil, hiL'ii caractérisée par la langue sèche et rouge, les taches rosées, le gargouillement et les selles diarrhéiques peu abondantes, les râles sonores et sibilants disséminés, les n'des sous-crépilanls avec matité dans les deux bases, la prostration sans délire. La température, entre S9" le matin et 40" le soir, commence à baisser le 16^ jour; la défervescence continue en (errasse. Le 13 décembre, 25* jour, la température, hyponormale le malin à dG%, est à 38° le soir; le malade a des selles moulées, mange avec appétit, est convalescent. Le :28* jour il commence à se lever.
A partir du 18 décembre, 30* jour de la maladie, la température se relève en terrasse et arrive, le 21 décembre, 33* jour de la maladie, 4* jour de la récidive, à 4i°. Le malade, qui se levait depuis quatre jours, a de la céphalalgie et est obligé de garder le lit à [)artir du 32* jour.
Le 21 décembre, 33* jour, 4* de la récidive, la céphalalgie persiste; langue blanche et sèche; le malade a eu une selle moulée ; le ventre n'est pas douloureux, l'appétit n'était pas perdu la veille. Je crois à une fièvre de convalescence simple. Soir: T., 41°. Le malade prend i8'",20 de sulfate de quinine.
22 décembre, 34* jour, 5* de la récidive: T., 40° le matin, 41° le soir. Le malade a eu des symptômes quiniques, ivresse, vertiges, etc.; mais la température n'est pas abaissée. N'a pas déliré. Prostration ; a eu deux selles moulées hier. Respiration nette. (Infusion de digitale, 0-^75.)
23 décembre, 6* jour de la récidive : T., 40°5 le matin, 41° le soir. Le malade a déliré dans la nuit et ce matin. Langue un peu sèche. Selles moulées hier. Quelques taches rosées sur l'abdomen. Quelques rhonchus et sibilances disséminés. Inappétence depuis hier; n'a pris que du lait et du bouillon. Traitement : continuation de la digitale. Bains froids répétés quand la température monte à 40°. Le malade prend six bains dans les 24 heures.
24 décembre, 7* jour de la récidive : T., 40" le matin, 41" le soir. Langue blanche au milieu et rouge sur les bords. Taches rosées nouvelles; pas de diarrhée. A eu hier des urines involontaires; rinlelligence est nette ce matin. Continuation de la digitale et des bains froids (trois bains dans la journée).
2.') décembre, 8* jour de la récidive: T., 30° le malin, 40°2 le soir; P., 80. A déliré dans la nuit; a eu une selle moulée. Intelligence nette ce matin, langue un peu moins chargée. Continuation