‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 58 sur 105 · POULS DANS LA FIÈVRE TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

POULS DANS LA FIÈVRE TYPHOÏDE

Moins serré par son sphincter, le vaisseau obéit mieux aux lois de l'élasticité physique ; il est distendu plus rapidement par l'ondée sanguine, il revient plus rapidement sur lui quand l'ondée a passé, ce qui donne lieu à une ligne d'ascension et à une ligne de descente moins obliques qu'à l'état normal; de plus, la paroi élastique oscille une seconde fois et fait une seconde excursion moins étendue, de la dicrotisme.

Quand la fièvre devient grave, que le cœur faibht et n'envoie plus que de faibles ondées, le pouls perd son ampleur; il devient petit, vide, quelquefois irrégulier, comme le pouls de l'asystohe.

C'est surtout de la fréquence du pouls que je veux vous parler. Dans les maladies fébriles en général, le pouls est d'autant plus fréquent que la température est plus élevée; et le tracé du pouls est ordinairement parallèle à celui de la température. Une température de 39 à 40 degrés s'accompagne de 100 pulsations; une température de 40 à 41 degrés s'accompagne de 120 pulsations; nous verrons plus loin que c'est l'augmentation de la chaleur du corps qui commande l'accélération du pouls.

Or, dans la fièvre typhoïde, vous remarquez très-souvent ce fait, que je vous fais constater journellement au lit du malade, que le pouls n'est pas proportionnel à la température, que celle-ci peut être très-élevée sans que le pouls dépasse la normale. Des fièvres typhoïdes trèsgraves, et avec 40 et 41 degrés de température, peuvent parcourir leur évolution sans que le pouls arrive à 100. Je rapporterai ci-après une observation dans laquelle la température s'est élevée à 41 "5 alors que le pouls marquait 72, une autre dans laquelle la température s'est élevée à

4i degrés alors que le pouls marquait 68. Ce fait remarquable a été noté par Griesinger. « Il y a des cas, dit cet auteur, où, pendant toute la maladie, le pouls était peu fréquent, 60 à 80, malgré une élévation considérable de température ('). » Mais c'est surtout à Liebermeister qu'on doit d'avoir appelé l'attention sur cette circonstance, qui n'a pas été suffisamment relevée par la plupart des auteurs.

(( Cette fréquence relativement faible du pouls, dit Liebermeister, tient-elle à ce que, dans le typhus abdominal, l'ascension thermométrique est plus lente à se faire que dans la plupart des autres maladies fébriles? ou faut-il admettre que l'infection typhique a une action déprimante sur le pouls? C'est ce qu'on ne peut encore décider d'une façon certaine. Cette dernière opinion trouve un argument dans ce fait que, dans les formes apyrétiques ou à fièvre modérée, la fréquence du pouls reste souvent longtemps au-dessous de la normale f). »

Je pense aussi que le poison typhique a une action ralentissante sur le pouls ; on conçoit qu'il puisse agir à la façon de la digitale, des acides bihaires, qui ralentissent le cœur par irritation de son centre modérateur; le pouls serait ainsi, dans la fièvre typhoïde, soumis à deux influences: celle de l'agent typhique, qui tend à le ralentir, celle de la fièvre, qui tend à l'accélérer, de sorte que sa fréquence réelle, moins grande que ne le comporte l'état fébrile, est la résultante de ces deux inlluences opposées. Aussi observe-t-on souvent, à la suite des fièvres typhoïdes

(M Griesimcer, Traité des maladies infectieuses. Traduction française. Page 226.

1*1 Ziemssen's Handbuch der specicllen Pathologie und Thérapie. Zweiter Band. 1. Theil, S, 88.

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