‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 64 sur 105 · FIÈVRE SANS FIŒQUENCE DU POULS · texte numérisé non relu

FIÈVRE SANS FIŒQUENCE DU POULS

lait, siii' lequel il est nécessaire d'insister, découlent des conclusions importantes et sur la nature de la fièvre et sur le mode d'action de la digitale.

Il peut paraître étrange que les anciens, si bons observateurs, aient attribué souvent à l'accélération du cours sanguin, l'excès de chaleur morbide ; à chaque instant cependant la clinique montre que le pouls peut s'accélérer sans chaleur. Dans les affections du cœur, par les émotions morales, par la section du nerf vague, par les maladies des centres cérébro-spinaux qui paralysent les origines du nerf vague, par les causes qui, diminuant la pression sanguine, rendent la circulation plus facile, par l'anémie des convalescences, par mille névroses, pour ne citer que la cachexie exophthalmique, etc., le cœur peut longtemps et d'une façon continue battre plus vite sans que la température s'élève. Nous avons vu d'autre part la température s'élever sans que le cœur batte plus vite. Les inflammations de la base du cerveau qui portent sur le centre du nerf vague, modérateur du cœur, l'ictère compliquant une phlegmasie (les acides biliaires agissent sur le vague comme la digitale), des névroses diverses, réalisent aussi la fièvre avec ralentissement du pouls ; nous avons vu dans la fièvre typhoïde, môme non digitalisée, le pouls rester lent pendant toute l'évolution fébrile. Mais, il faut le dire, ce sont là des circonstances exceptionnelles propres à montrer que la chaleur peut exister sans fréquence augmentée du pouls ; il n'en est pas moins vrai que les deux phénomènes coexistent dans la règle et qu'il existe une certaine relation entre le pouls et la chaleur. Quelle est cette relation? Est-ce que l'agent fébrile, la cause pyrétogène influerait à la fois (actions distinctes

ducs à une cause commune) et sur l'appareil nerveux du eœur, et sur l'appareil si peu connu encore de la calorie fication? Il nous semble plus conforme aux faits d'admettre que la fréquence du pouls, phénomène secondaire dans la fièvre, est seulement subordonnée à la chaleur. L'expérience apprend que la chaleur accélère, que le froid ralentit le pouls ; et ce fait ne trouve pas son explication dans les modifications de la pression sanguine, car le frisson de la fièvre, bien que contractant les petits vaisseaux et augmentant la tension vasculaire, s'accompagne d'accélération du pouls, contrairement à la théorie de Marey, qui veut que la fréquence du cœur aille en raison inverse de la tension. Pourquoi ? Sans doute parce que dans le stade de frisson la chaleur du corps augmentée accélère le cœur, et celte influence contre-balance l'inlluence produite sur le cœur par le spasme des petits vaisseaux de la périphérie. On sait d'ailleurs que le cœur isolé du corps bat plus vite par la chaleur artificielle, plus lentement par le froid. La température agit-elle sur le système nerveux uu musculaire du cœur directement ou par action réflexe? Claude Bernard conclut de ses expériences que le sang échaulTé agit directement sur la face interne du cœur, excite ses fibres musculaires et accélère le cœur {').

L'observation clinique montre aussi que le pouls ne vient qu'en seconde ligne dans la fièvre. Le premier phénomène qui la signale est l'augmentation d'urée dans les urines; puis vient l'augmentation de chaleur qui précède, qui provoque même le frisson. Le pouls ne commence à s'accélérer que lorsque la température du corps est déjà (') Claude Bernard. Leçons sur la chaleur animale, 1S76, page 368.

l'accélération du pouls est secondaire. 371 devenue plus chaude. C'est ce qui ressort des tracés et tableaux suivants recueillis, il y a huit ans, à la clinique de M. le professeur Hirtz, à Strasbourg, sur des malades ayant des accès de fièvre intermittente. La température et le pouls ont été mesurés avant et pendant les accès (PI. V, n" 3.)

1" Cas.

Pouls.

Température.

Heures.

.«sensation de froid

loO

Cas

Pouls.

Température.

Heures.

frisson.

8 'li

Cas

Pouls.

Teiupéralure

Heures.

matin.

frisson.

372 fièvre typhoïde et antipyrétiques.

4*" Cas.

Pouls.

Terafiérature.

Heures.

se^s

frisson.

Ces faits militent en faveur de l'opinion que le pouls bat plus vite parce que le sang est plus chaud. De là, la relation ordinaire et non constante qui existe entre le degré thermométrique et le pouls ; de là, l'évolution souvent parallèle entre les deux tracés. Relation non constante, car elle est troublée par les mille causes qui influent en même temps que la chaleur sur le pouls : causes mécaniques, pression sanguine, obstacles à la circulation; causes nerveuses, action de la maladie sur les centres nerveux excitateurs ou modérateurs du cœur ou de la contractilité vasculaire; causes directes, action de la maladie sur le cœur lui-même.

Parmi les causes qui viennent modifier ainsi cette subordination du pouls à la chaleur, la plus puissante est sans contredit la digitale. Ceci m'amène à examiner la raison d'agir de la digitale, le mécanisme dynamique de son action. Pourquoi la digitale ralentit-elle le pouls? Pourquoi diminue - 1 - elle la température ? On pourrait penser que, puisque le pouls est subordonné à la température, la chute de celle-ci est nécessairement suivie de l'abaissement du pouls. Un simple coup d'œil jeté sur les

Page 1