‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 66 sur 105 · LA COMBUSTION FÉBRILE NE PEUT ÊTRE MESURÉE · texte numérisé non relu

LA COMBUSTION FÉBRILE NE PEUT ÊTRE MESURÉE

les fièvres prolongées, tous les tissus du corps sont altérés; les muscles, les parenchymes, les cellules, modifiés dans leur structure, contiennent des produits de régression et de transformation chimique qui , s'éliminant graduellement et très -lentement, peuvent échapper à l'analyse. Il n'est donc pas certain, je le répète, que la supputation des produits excrétés, expirés, évaporés à la surface de notre corps pendant la fièvre, donne la mesure exacte do la combustion fébrile. Rappelez- vous ce fait que nous venons de mentionner, à savoir : Quelquefois après la crise digitalienne, comme après la crise naturelle, l'excrétion des produits azotés est accrue, la quantité d'acide carbonique exhalée augmente, et le poids du corps continue à diminuer plus que pendant la température élevée. Si l'alimentation, redevenue possible pendant la convalescence, suffit peut-être à expliquer Taugmentation des produits excrétés, cela n'explique pas pourquoi le poids du corps continue à diminuer. Je pense que cela tient à ce que les excrétions étant diminuées par le fait de la fièvre, les produits créés pendant la fièvre, les scories de la combustion fébrile, peuvent rester accumulés dans l'organisme jusqu'au moment où, la fièvre tombée, les fonctions organiques reprenant leur libre jeu, l'élimination peut se faire.

S'il était même démontré que la digitale, en abaissant la température, diminue les combustions organiques, il resterait encore à démontrer la subordination de ces deux faits : La fièvre tombe-t-elle parce que les procès nutritifs sont ralentis, ou ceux-ci se ralentissent-ils naturellement parce que la fièvre qui les activait est tombée ? Dans cette dernière hypothèse, la digitale agirait sur le mécanisme de

la fièvre; cello-ci tombe et naturellement les oxydations qu'elle entretenait diminuent.

A cette question se rattache celle-ci : La combustion accrue est-elle la fièvre ? Il est vrai que la fièvre s'accompagne d'une augmentation de combustions, car l'élévation de la température tient à une production accrue de calorique; la déperdition diminuée ne suffît pas à la produire. Les théories de Traube et de Marey n'ont plus guère de partisans depuis que les recherches de Liebermeister et d'Immermann ont montré que la quantité de calorique produite pendant le frisson est plus grande que toute celle qui s'accumulerait normalement, en admettant que rien ne se perdit. De plus, Leyden et Liebermeister ont fait voir qu'un fébricitant abandonne plus de calorique à l'eau d'un bain qu'un individu non fébricitant ; et comme malgré cet abandon de chaleur plus considérable, sa température reste élevée, il faut admettre de toute nécessité une quantité absolue plus grande de chaleur produite par la fièvre (').

Cette production exagérée de chaleur s'accompagne d'une augmentation des produits de combustion. Nous venons de voir que le chiffre de ces produits est difficile à mesurer. On a voulu d'abord prendre comme critérium de la désassiinilation organique la quantité durée éliminée par les urines. On a trouvé, en effet, cette excrétion d'urée augmentée d'environ 1,5 fois la quantité normale ; beaucoup d'auteurs, Unruh, Schultzen, Naunyn, Rosenstein, Liebermeister et notre maître M. Ilirtz, sont arrivés

(') Voir Liebermeister. Klin. l'ntersuchungen ùber da.i Fieber (Prager Viertelj. Band 8ô, S. 39, 1.S65). — Uandbuch der Pathologie xind Thérapie des Ficbers. Leipzig, IS7J. — Levden. Dcutsch. Arch., t. V, 3, I8G9.

DE l'urée dans L.V FIÈVRE. 385

tous à cette conclusion que la fièvre accroît l'excrétion d'urée. Ici je me permets de faire quelques réserves. Depuis que je suis chargé de renseignement clinique à la Faculté de Nancy, j'ai fait analyser très-souvent les urines desfébricitants, et toutes ces analyses ont été faites au laboratoire des cliniques par notre très-distingué collègue en chimie, M. Pulter. Or, il s'est trouvé que très-souvent l'accroissement d'urée cherché faisait défaut. S'étant appliqué à contrôler ce résultat par les dilférents procédés d'analyse, M, Ritter est arrivé à cette conclusion singulière que le procédé de Liebig, qui a généralement servi à fournir les résultats susdits, donne pour les urines fébriles une proportion d'urée beaucoup plus grande que les procédés d'Yvon et de Millon; les urines normales, analysées par les trois procédés, fournissent à peu près des résultats concordants quant au chilfre de l'urée; mais les urines fébriles fournissent des résultats grandement discordants; dans ces conditions, le chiffre de Turée, par le procédé de Liebig, a été trouvé quelquefois près du double de celui dû aux autres procédés ; cela tient à ce que, dans ce procédé, d'autres principes extractifs azotés sont également précipités par l'azotate mercurique et dosés comme urée.

Ce fait, sur lequel M. Ritter se propose d'appeler l'attention, infirme les résultats des analyses d'urines publiées jusqu'ici et montre que tout est à refaire dans cette voie.

D'ailleurs l'accroissement de l'urée ne démontre que la décomposition plus active des matières albuniinoïdes du protoplasma ; mais d'autres produits de cette décomposition, tels que la graisse, peuvent rester longtemps, sans s'oxyder, dans l'organisme; l'urée n'indique donc

pas d'une manière absolue, et surtout ne mesure pas la quantité des procès d'oxydations dans l'organisme.

On a pensé que sous ce rapport l'exhalation de l'acide carbonique a une importance plus grande. Il dépasse, comme quantité, tous les autres produits d'oxydation réunis. Chez l'homme sain, le poids d'acide carbonique expiré est plus de 20 fois celui de l'urée excrétée. La quantité d'acide carbonique pourrait donc plutôt servir de mesure à la combustion totale, à laquelle, d'après Liebermeister, elle serait proportionnelle.

Or, il résulterait des recherches de cet ingénieux observateur qjLie pendant la fièvre la production d'acide carbonique est plus grande que pendant l'apyrexie; de plus, c'est surtout pendant le stade de frisson, quand la température s'élève rapidement, quand la production de chaleur est la plus active, c'est alors que la quantité d'acide carbonique augmente jusque dans la proportion de 447 p. 100. Cette quantité ne dépend donc pas de la hauteur absolue de la température, mais de la rapidité de son accroissement; d'après les calculs de Liebermeister elle serait proportionnelle à la quantité de chaleur produite (').

Quoi qu'il en soit de ces faits que nous ne faisons que mentionner, s'ils prouvent que dans la fièvre il y a combustion accrue, ils ne prouvent pas que la combustion accrue soit la fièvre. La combustion n'est qu un phénomène secondaire de la fièvre ; la fièvre la fait ; elle ne suffit pas à fairela fièvre. En élevant artificiellement la température du corps, on détermine une augmentation dans l'excrétion

(') Voir Liebermeister. Bandbuch der Pathologie und Thérapie des Fiebers, IST.J,

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