‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 67 sur 105 · LA FIÈVRE FAIT LA COMBUSTION · texte numérisé non relu

LA FIÈVRE FAIT LA COMBUSTION

d'urée; c'est ce que Bartels (') avait observé chez un homme qui prenait des bains de vapeur: le chiffre de l'urée, qui était chez lui en moyenne de 22 grammes, montait à 25^',8 les jours où sa température était élevée par les bains de vapeur. Naunyn (-), plaçant des chiens dans un espace chauffé, constata le même résultat ; enfin Schleich, assistant de Liebermeister, vit chez des sujets bien portants des bains chauds produire le même phénomène. Il est donc possible que dans la fièvre l'accroissement des procès d'oxydation soit la conséquence et non la cause de l'élévation de température.

Il ne suffit pas, en effet, d'augmenter les combustions du corps pour créer la fièvre; il ne suffit pas peut-être d'enrayer ces combustions pour l'abattre. Par l'exercice musculaire répété nous multiplions jusqu'à 6 ou 8 fois notre production de calorique, et la température du corps ne s'élève pas. J'ai vu dans un cas de tétanos généralisé la température du corps rester normale, malgré l'immense quantité de chaleur qu'engendre la contraction statique des muscles, celle qui ne se transforme pas en mouvement. Que devenait cet excès de chaleur produite? Il se perdait par les surfaces, le malade était couvert de sueur; c'était une des voies de déperdition du calorique. Chose remarquable ! Lorsque ce malade chloralisé fut en état de résolution, la sueur cessa de l'inonder, témoignant ainsi qu'elle jouait un véritable rôle régulateur, laissant écouler le trop-plein de calorique produit. Par une copieuse alimentation tous les jours répétée, nous entretenons dans

i') BiRTELS. Pathologische Untersuc/tungen (Greifswalder medtcinische Beitrûrje. Band III, ISfiS).

(*) ^AU.\Y>". Berliner KUnische Wochenschrijl. ItiC'.i, n" 4. — Reichert's und Dubois-ReymoniCs Arcftiv. ISTO, p. lo9.

notre corps une combustion permanente supérieure à celle de la fièvre, et cependant notre température reste la même. La fièvre ne dépend donc pas uniquement de la production de chaleur dans le corps. Uappelons que nous avons vu, la fièvre tombée, les oxydations continuer, les urines devenir encore plus riches en urée et acide urique ; Leyden a vu même l'exhalation d'acide carbonique augmenter. Que cette augmentation de déchets soit due à l'alimentation de la convalescence, soit! Ce n'en est pas moins un procès combustif qui se fait dans l'organisme et qui développe dans l'apyrexie autant ou plus de calories qu'il ne s'en forme pendant la fièvre. Redtenbacher et SiduQy Ringer (') auraient constaté que quand une fièvre intermittente a été coupée par de fortes doses de quinine, on observe encore à l'heure où l'accès devait venir, sans la moindre augmentation de température, un accroissement d'urée procédant de la même manière, et, selon Ringer, dans les mêmes proportions que pendant les accès. Ce fait concorde avec cet autre que mentionne aussi Bartels : quand un homme a pris des bains de vapeur et qu'il a eu, par suite, plus d'urée excrétée, si on suspend les bains, il continue encore, les jours suivants, à présenter un chiUrc d'urée un peu supérieur à son chiflre normal. Ces faits méritent d'être vérifiés avant de passer dans la science.

De ces considérations nous pouvons conclure que pour qu'il y ait fièvre, il ne suffît pas que la production de chaleur soit augmentée, il faut de plus que l'excès de calorique produit soit retenu. C'est du rapport entre la déperdition et la production que dépend la température. A

(') Cité par Waciismuth, loco citulo.

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