LE FIÉVREUX CONSERVE SA CHALEUR
l'état normal, la température moyenne du corps se maintient constante; Texcès de chaleur produite est évacué par une augmentation dans la dépense ; les sécrétions, Tévaporation, Texlialation pulmonaire, le rayonnement cutané régularisent la température. Le corps normal ne conserve pas la chaleur qui lui est artificiellement donnée ou qu'il produit; le corps fêbricilant se dislingiie spécialement par cela quil a l'aptitude de conserver l'excès de chaleur quil produit.
C'est par l'intermédiaire de son système nerveux que le corps acquiert cette aptitude, qu'il équilibre à un degré plus élevé son budget des dépenses et des recettes de chaleur. Nous avons mx que le système nerveux joue un rôle essentiel dans les phénomènes de caloricité animale. Régulateur de la dépense de calorique, il modifie celle-ci, suivant sa production, de manière à maintenir un degré constant ; nous avons insisté sur l'une des voies connues par lesquelles s'opère cette régularisation : la voie vasomotrice. En modifiant parles vaso-moteurs la lumière des vaisseaux périphériques qui mesurent ainsi la quantité de sang qui va, dans un temps donné, se rafraîchir à la périphérie, le système nerveux commande la dépense du calorique. A l'état normal, cette dépense est proportionnée à la production. Supposez que la production augmente, et l'expérience prouve qu'elle est augmentée dans la fièvre, sans que la dépense augmente dans la même proportion, le résultat sera l'élévation de la température du corps.
Pour abaisser cette température il n'est pas nécessaire d'abaisser la production , il sulllt d'augmenter la dépense de calorique par modification du calibre des vaisseaux périphériques; l'excès de chaleur formée s'élimine au-des-
SUS du degré commande par le jeu modifié des vaso-moteurs. Un médicament antipyrétique peut donc se concevoir par cela qu'il diminue la contractilité des» vaisseaux de la surface. Est-ce dans une diminution de Taction vaso-motrice qu'il Aiut chercher le mécanisme de l'action de la digitale? Nous avons déjà répondu négativement à cette question.
Mais le système nerveux ne règle pas seulement la déperdition de chaleur, il règle aussi sa production. Le système vaso-moteur, outre le rôle de régulateur de la dépense que nous lui avons assigné, peut encore intervenir directement dans le travail même de calorification ; suivant que dilatant ou rétrécissant les vaisseaux dans les difierents organes et tissus, il laisse plus ou moins de sang venir nourrir et oxyder les éléments constituants, il active ou ralentit le travail des combustions organiques, sources de la chaleur. Indépendamment des fibres vaso-motrices, la plupart des physiologistes admettent que les centres nerveux peuvent agir par fintermôdiaire de fibres nerveuses différentes sur la substance organisée vivante pour y exalter ou diminuer le travail thermogène. Claude Bernard (') pense que le grand sympathiqiie contient des nerfs dont l'excitation modère les combustions organiques; Ileidenhain f) est arrivé par des expériences différentes à la même conclusion ; il admet aussi des nerfs modérateurs de la chaleur; leur section produirait une augmentation des oxydations nutritives, comme la section des vaso-moteurs produit une augmentation de la circulation périphérique.
(') Cl. Bi'RXARD. Leçons sur la chaleur animale, p. i30. — Comptes rendus de V Académie des sciences, août 1802. (■-) IIeide.mUI.x. PJluger's Archiv, 1870.