CENTRE MODÉRATEUR THERMIQUE
Les physiologistes sont allés plus loin. On a cru découvrir le siège central des nerfs modérateurs du calorique, c'est-à-dire le centre qui commande la production de chaleur. Claude Bernard (') avait déjà montré que la section de la moelle à l'union de la région cervicale et dorsale produit un abaissement de température. Ce fait a été confirmé depuis par tous les expérimentateurs et expliqué, comme nous l'avons dit plus haut, par la section des fdets vaso-moteurs et la paralysie vasculaire qui en résulte. Mais Tscheschichin f ) a établi que lorsqu'on coupe la protubérance en avant de sa jonction avec la moelle allongée, il se produit au contraire une élévation progressive de température qui continue jusqu'à la mort; la section faite plus bas dans le bulbe et la moelle cervicale produirait au contraire un abaissement de température. Cet auteur explique ce fait par l'hypothèse d'un centre modérateur des combustions qui existerait en arrière du bulbe, dans la région de l'isthme de l'encéphale. Les expériences deNaunynetdeQuinckef) semblent confirmer cette idée. Nous avons dit que lorsqu'on coupe la moelle cervicale à sa partie inférieure sur des chiens, par exemple, ces animaux se refroidissent. Or, d'après ces expérimentateurs, si on les enferme dans une caisse chauffée de 28 à 30 degrés, leur température, loin de baisser, s'élève comme dans Texpérience de Tscheschichin; car alors les animaux, en raison de l'équilibre de température, ne peuvent plus perdre leur chaleur par le rayonnement de la surface ; les effets de la paralysie vaso-motrice n'existant plus, la cha-
(') Loco cUato.
(') TscHESClliCHix. Deufsches Archiv, II, 18C7, p. 098. — Arch. Reichert et Dubois- Reymond, l.SiiO, p. loi.
('» Nau.vyx ft QurxcKE. ReicherCs und Dubois- Reymond' s Archiv, 1869.
leur s'élève par suite de la section des fibres émanant du centre modérateur thermique. Enfin, comme nouvelle preuve à l'appui de ce centre, on cite les faits bien connus de fracture des vertèbres cervicales et dorsales avec destruction de la moelle, et où la température s'est életée rapidement jusqu'à la mort.
Cependant l'hypothèse de centre modérateur du calorique ne repose pas sur des faits irréfragables. Les expériences de Naunyn et de Quincke n'ont pu être confirmées ni par Riegel, ni par J. Rosenthal {'), ni par Pochoy (-); ces auteurs n'ont jamais vu la température centrale s'élever par la section de la moelle cervicale chez des animaux placés dans un espace chauffé; ils n'ont pu conclure qu'à une déperdition diminuée grâce à l'absence de rayonnement, mais jamais à une production accrue de chaleur.
D'autre part, Bruck et Gûnlher f », en piquant le bulbe ou la protubérance, siège présumé de ce prétendu centre modérateur, ont obtenu non une diminution de température, mais au contraire une élévation ; l'irritation agirait donc comme la section complète ; lïeidenhain, au contraire, en excitant la moelle allongée par une aiguille électrique, obtient un abaissement de température du sang.
Vulpian {^j a confirmé l'expérience de Tscheschichin ; il admet que les lésions de l'isthme de l'encéphale déterminent une suractivité de la thermogenèse, mais il ne pense
(') J. ROSEXTHAL. Zur Kenntniss der Wûrmeregulirung bei den uunnblûtigen Thieren, IlabiNtntioiisschri/t. Erhngan^ 1872.
'-) Pochoy. Thèse de Paris, 187-2.
(') Brick et Guxther. Versuche ùber den Einfluss der Verletzung geu'isser Hirntheile auf die Temperatur des Titierkœrpers ( PJlùger's Archiv, 1S70).
{*) Vdi-PU.v. Leçons sur rappareil vaso-moleur, t. II. p. 2 iS, 1S7.).