‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 70 sur 105 · ACTION DES CENTRES NERVEUX SUR LA CHALEUR · texte numérisé non relu

ACTION DES CENTRES NERVEUX SUR LA CHALEUR

pas que cette expérience prouve l'existence d'un centre modérateur.

« Il me semble, ajoute ce physiologiste, que cet effet doit être expliqué par l'exaltation des propriétés et des fonctions propres de la substance grise de la moelle allongée et de la moelle épinière. C'est pour moi un effet d'irritation nerveuse et non de paralysie. Aussi des lésions portant sur les parties inférieures de la moelle chez l'homme peuvent produire une augmentation de la température centrale tout à fiit comparable à celles que déterminent les lésions du bulbe rachidien ou de la région cervicale de la moelle. Dans un cas où une fracture de la deuxième vertèbre dorsale avait déterminé une contusion de la moelle à ce niveau, la température centrale du blessé, au bout de trois jours, était montée à 44 degrés centigrades. Il y a eu évidemment une suractivité de la thermogenèse dans toutes les parties du corps, et cette suractivité a dû être provoquée, en partie du moins, par l'exaltation des propriétés de la moelle épinière dans toute l'étendue de ce centre nerveux.

« Les centres nerveux, cela est incontestable, agissent sur la thermogenèse : d'une part, par les vaso-moteurs, comme nous Tavons vu ; d'autre part, ils peuvent agir, selon toute vraisemblance, d'une façon directe sur la nutrition interne et sur les divers phénomènes physico-chimiques qui s'effectuent dans la substance organisée des tissus. Cette influence n'est pas conduite probablement dans les tissus par des fibres spéciales, mais bien par les diverses fibres nerveuses qui mettent les centres nerveux en communication d'une façon plus ou moins immédiate avec les éléments de ces tissus. C'est par l'intermédiaire des fibres

nerveuses motrices que les centres nerveux gouvernent, en quelque sorte, la nutrition des faisceaux musculaires primitifs, et sans doute les divers phénomènes physicochimiques qui s'y produisent ; les fibres sensitives jouent un rôle probablement analogue par rapport à la plupart des éléments de la peau; les fibres sympathiques, enfin, exercent vraisemblablement aussi une action du même genre sur les tissus qu'elles innervent ('). »

Telle est l'opinion de Vulpian sur cette question encore obscure. Elle me semble le mieux s'adapter aux faits et expériences connus.

Quelle que soit d'ailleurs la, vérité complète sur ce mécanisme, ce qui est certain c'est que les centres nerveux président d'une part à la production du calorique, de l'autre à sa déperdition. Admettons, pour faciliter la conception grossière de ce qui se passe, la présence dans la moelle de deux appareils adaptés à ces deux faits, production et déperdition; c'est par le jeu combiné de ces deux appareils que s'opère la régularisation de la température animale. SuivantLiebermeister, ces deux fonctions seraient dans un rapport cons.tant, dans l'état de fièvre, comme à l'état normal. Dans la fièvre aussi, la production de calorique se règle sur la dépense, grâce à la solidarité fonctionnelle de ces deux appareils. Lorsqu'un homme sain est plongé dans un bain froid qui lui enlève du calorique, cet homme produit plus de chaleur, sa température centrale s'élève ; il exhale plus d'acide carbonique et fait plus d'urée, de manière à compenser la perte par la production accrue. Lorsqu'un individu fébricitant est plongé dans un bain froid, la même chose se passe : il accroît sa produc-

(") Loco citato, p. 250.

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