‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 74 sur 105 · ALTÉRATION DU SANG · texte numérisé non relu

ALTÉRATION DU SANG

rexagération des procès chimiques et niitritils des tissus, cause de la chaleur fébrile, et qui peut modifier la vitalité des éléments usés par ce travail de décomposition incessant; ajoutons encore l'influence du sang altéré dans la pyrexie, et qui nourrit mal les tissus qui se dénourrissent comme dans toutes les dyscrasies.

Le sang est en eflet altéré dans la fièvre typhoïde ; mais cette altération est peu connue quant à sa nature et quant à sa cause déterminante. En général, dans la première période de la fièvre typhoïde, le sang de la saignée présente une coloration noirâtre, un caillot mou et considérable, avec faible rétraction de la fibrine, et presque jamais de couenne. Plus tard, dans les formes graves de la maladie, le sang est peu coagulé, il a la consistance visqueuse du sirop ou de l'huile ; il est foncé, d'un rouge cerise ou violet; la paroi interne des vaisseaux présente une injection intense, et le sang se décompose très-rapidement après la mort. Souvent un état particulier de diflluence de ce liquide se traduit par une transsudatioii séro-sanguinolente à travers les tissus ; des ecchymoses, des pétéchies, des épistaxis, des hémorrhagies intestinales, ont été attribuées à cette altération mal connue qu'on désigne, faute de mieux, sous le nom de dissolution du sang.

Le microscope permet souvent de constater dans le sang typhoïde une augmentation considérable des globules blancs; les globules rouges, dans les cas graves, sont déformés, diffluents, ne se réunissant pas en pile d'écus comme normalement. Le sang contiendrait moins d'oxygène et plus d'acide carbonique que normalement.

Cette altération du sang est-elle uniquement due à l'élément infectieux, à la bactérie que MM. Goze et Feltz y

ont démontrée? Ou bien la fièvre a-t-clle aussi quelque influence sur les éléments du sang? Déjà Magendie, en 1850, avait démontré que chez les animaux surchauffés le sang ne pouvait plus être défibriné, que la fibrine était molle et sans cohésion, comme chez les animaux saignés coup sur coup. M. Cl. Bernard ('), dès 1842, a trouvé d'ordinaire le caillot plus mou ; le sérum se séparait difficilement et restait rouge; les animaux sacrifiés présentaient des taches de purpura, des hémorrhagies intestinales. Obernier, dans ses expériences, a trouvé le sang des animaux surchauffés fluide comme dans les septicémies et furémie.

Claude Bernard, chez les animaux tués par excès de température, a trouvé un sang de couleur foncée; l'analyse des gaz y montre une très-faible quantité d'oxygène; cela tient à ce que lorsque sa température s'élève, le sang jouit de la propriété de transformer l'oxygène en acide carbonique avec une très-grande facilité et devient rapidement veineux. Mais ce sang n'a rien perdu de ses propriétés ; refroidi et agité avec l'air, il réabsorbe de l'oxygène, reprend sa couleur rutilante et présente de nouveau au spectroscope les raies d'absorption caractéristiques de l'hémoglobine oxygénée. <r La seule modification que nous reconnaissons en lui, dit Claude Bernard, est due à une sorte d'exagération de ses propriétés physiologiques qui se trouve liée à l'élévation de température et amène une consommation trop rapide de foxygène par les globules. Toutefois il y a une limite de température où le sang perd pour toujours ses propriétés physiologiques. Entre 60 et 70 degrés, du sang d'un chien mis à l'abri du contact de l'air, devient noir subitement, se coagule; puis, agité avec

(') Cl. Bernard. Leçons sur lu chaleur animale, 1876, p. 379. *

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