ALTÉRATION DU SANG
l'air, ne reprend plus sa teinte vermeille. La chaleur avait été portée trop loin et le sang avait été altéré, puisqu'il ne pouvait pas reprendre ses propriétés physiologiques. Mais à 45 degrés, chez les mammifères, les globules sanguins ne perdent pas leurs qualités vitales, tandis que les muscles, au contraire (comme nous allons le voir), les perdent d'une manière définitive (*). »
Max Schultze (-), étudiant l'action de la chaleur sur les globules rouges, a vu que c'est à partir de 52 degrés que le corpuscule devient crénelé et se fragmente. Quant aux globules blancs, à 45 degrés leurs mouvements amiboïdes deviennent de plus en plus vifs; à mesure qu'on élève leur température, ces mouvements diminuent; leurs prolongements se raccourcissent et disparaissent; à 50 degrés ils se figent en quelque sorte sous la forme où ils se trouvaient; ils peuvent encore recouvrer leurs mouvements si on leur rend une température plus basse ; mais vers 50 à 60 degrés environ, ils sont irrémédiablement altérés.
Telles sont les notions un peu positives que nous possédons sur l'influence de la chaleur sur le sang. Concluons qu'il est difficile de faire la part de la fièvre et de l'infection sur la dyscrasie sanguine. Cependant la leucocytose et l'altération des globules rouges semblent se rattacher plutôt à rinfection, ainsi que les cas de dissolution du sang avec hémorrhagies consécutives; car les températures les plus élevées que la fièvre produit ne suffisent pas à modifier les hématies ni à produire la diffluence scorbali(iue du sang. Ce sont donc là, sans doute, des lésions infectieuses se rattachant à la présence des bac- Ci Cl. Behnard. Leçons sur la c/ialeur animale, 1876, p. 372 et suiv. C) ArcUivts de Max SdiuUze, I, p. 1-42, 18CÔ.
téries dans le sang. Mais la diminution de la quantité d'oxygène de ce liquide, que MM. Goze et Feltz semblent attribuer à ce qu'elle serait aborbée par la bactérie, dans le but de servir à sa nutrition et à s?, multiplication, peut s'expliquer aussi par le seul fait de la fièvre qui augmente l'activité physiologique du globule rouge et sa propriété de consommer l'oxygène. Ajoutons que cette découverte de Claude Bernard rend compte de l'accélération des mouvements respiratoires par la fièvre ; la diminution de l'oxvgène du sang et l'augmentation relative d'acide carbonique sont des causes d'excitation du centre respiratoire; le nombre des respirations est d'autant plus fréquent que le sang contient plus d'acide carbonique. Aussi, dans la fièvre indépendante de toute lésion pulmonaire, le tracé de la respiration suit en général les oscillations du tracé thermométrique.
L'influence désastreuse des températures élevées sur les organes et les fonctions de notre corps a été démontrée expérimentalement. Les expériences de Delaroche et Berger ('), de Magendie (') et Claude Bernard, celles plus récentes de Weikard (% d'Obernier(*) et de Yallin (*) ont établi que chez les mammifères et les oiseaux la mort survient, et il n'y a pas d'exception à cette règle, sitôt
!') Delaroche. Expériences sur les ejjfets qu'une forte chaleur produit dans l'économie animale. Thèse inaugurale, Paris, 1806.
(-) Magexdie. Levons sur la chaleur animale. (Union médicale, 1850, p. 183.)
(^) Weikahd. Versuche ùber das Maximum der Wûrme in Krankheiten. (Archiv der lleilhunde, 18G3, p. 103.)
(M Obeumer. Der Uitzschlng (insolation, coup de chaleur, etc.) Bonn, 18G7.
(^ Vali.ix. Recherches expérimentales sur l'insolation et les accidents jroduils par la chaleur. {ArLliiccs générales de médecine, 1870, février.) — Du Mécanisme de la mort par la chaleur extérieure. {Archives générales de médecine, 187 1, décembre, et 1872, janvier.i