ACTION DE LA CHALEUR
grenouille), le nerf tombe dans un état de mort apparente.' A ce degré la myéline se liquélle, la fibre nerveuse devient plus large, plus transparente, plus molle.
Harless pense qu'il y a dans chaque espèce animale une relation constante entre ce point de fusion et la température où Textinction de l'irritabilité a lieu, soit 36 à 37",5 chez la grenouille, 52 degrés chez l'homme ; ce point de fusion s'élève d'autant plus que la température moyenne de l'espèce animale est plus haute. Il y a, suivant lui, une relation entre la température du sang et les fonctions du système nerveux chez les animaux à sang chaud.
« Si la température qui dépasse de 6 à 8 degrés la muqueuse normale du corps, coagule et tue le muscle, elle ne détruit pas, dit Valhn, le nerf moteur ; AfanasiefTa montré que la chaleur augmente l'irritabilité des nerfs moteurs, mais l'épuisé rapidement. Ainsi un nerf sciatique chauffé progressivement à 40 degrés, provoque par l'excitation électrique des contractions beaucoup plus fortes, mais de plus courte durée que le nerf chauffé à 30 degrés; il faut môme attendre, pour obtenir une nouvelle secousse, un temps d'autant plus long que la température avait été plus élevée; c'est ce que l'auteur appelle mort apparente du nerf. A partir de 50 degrés centig. l'excitabilité est diminuée ; elle est complètement et subitement anéantie à 65 degrés centig. L'élévation lente et graduelle de la température ne produit jamais de convulsions spontanées, c'est-à-dire indépendantes de l'excitation électrique ; mais une chaleur brusque de 35 à 40 degrés détermine des contractions cloniques; de 40 à 45 degrés, des spasmes tétaniques qui durent parfois une minute. Si le nerf moteur résiste bien mieux
que le muscle ri, il n'eu est pas de même du nerf sensilif. La chaleur suspend ou épuise facilement les propriétés des nerfs sensitifs ; ce phénomène se lie étroitement à la curieuse découverte faite par Claude Bernard, et mentionnée plus liaut. de Fanesthésie par la chaleur. »
Les faits que je viens de mentionner sont de nature à établir Tinlluence que la chaleur fébrile peut exercer sur le système nerveux. Beaucoup de médecins attribuent à l'exagération de la chaleur du corps les accidents foudroyants apoplectiformes qui surviennent sous linfluence de l'insolation, ou chez les ouvriers, tels que les fondeurs, les mécaniciens, les verriers qui pénètrent dans les étuves ou subissent Faction d'un feu intense. M. Yallin cite les faits suivants : (( Le D' Boch observa à bord du Guldcn Fleece, dans la baie d'Annesley, en mai 1868, un grand nombre de cas d'insolation dans la même journée; chez un homme qui venait de tomber foudroyé et qu'on lui apporta immédiatement, la température axillaire marquait 45 degrés centig. — Sur un ouvrier fondeur en cuivre, qui depuis quelque temps était dans le coma à la suite dun coup de chaleur dont il mourut, le D' Casey, aussitôt qu'il arriva près du malade, trouva encore dans l'aisselle 43 degrés centig. »
Voilà donc une série d'expériences et d'observations intéressantes qui établissent l'action de la chaleur sur les organes et les fonctions du corps. Conclurons nous de ce qui précède que c'est la chaleur qui engendre les altérations parenchymateuses et les manifestations nerveuses graves de la fièvre typhoïde?
(') Les expériences de Cl. Bernard établissent plus nettement ce fait. (Voir Leçons sur Taction de la chaleur animale. 1S7G. p. 384.)